Archive pour le 2 février, 2016

Avoir l’air

2 février, 2016

« Je vends des airs. »

« Ah bon ? Par exemple ? »

« Par exemple, j’ai l’air sûr de moi. Regardez : le front haut, le regard lointain, un léger sourire aux lèvres, la démarche altière. »

« Ah oui ! On dirait tout à fait le mec certain de sa force, c’est impressionnant. Et le type rusé, vous avez ? »

« Oui, observez bien. Le cou légèrement rentré dans les épaules, le regard aux aguets, la mine sournoise. Vous le voyez ? »

« Oui, très bien. Vous en avez beaucoup d’aussi affreux ?»

« Je peux faire l’individu romantique. Il me faudrait l’océan et une cigarette. »

« Pourquoi l’océan et une cigarette ? »

« Parce que je m’assieds sur un rocher, les vagues clapotent à mes pieds, je tire sur ma cigarettes en rêvant de grands départs tandis que les mouettes rieuses tournicotent au-dessus de ma tête. »

« C’est pas mal, mettez moi un air romantique de côté. On peut payer à crédit ? »

« Tout à fait, j’ai des formules intéressantes. Mais vous n’avez pas encore vu mon air intéressé. »

« C’est comment ? »

« Le cou tendu vers l’interlocuteur, les yeux éveillés, un léger hochement de la tête pour signifier votre approbation. C’est très efficace dans les discussions d’affaires pour faire croire à votre adversaire que vous partagez son point de vue. »

« C’est combien ? »

« C’est très cher, mais on pratique un système de location-vente. Sinon, pour les petits budgets, j’ai l’air étonné : la bouche bée, les sourcils haussés, les mains sur les hanches. Avec ça, vous pouvez vous étonnez de n’importe quoi. »

« J’aurais besoin d’un air gourmand pour aller déjeuner chez ma belle-mère. »

« Pas de problème, voyez ce très bel article. Les yeux allumés, le visage excité, les lèvres jointes qui font entendre un léger murmure de contentement. C’est un produit qui s’arrache. Moi-même je l’utilise beaucoup. »

« Parfait, j’en prend deux en cas de défaillance du premier. Il y a une garantie ? »

« Absolument, si l’air gourmand parait un peu forcé et que votre belle-doche vous dit qu’il ne faudrait pas se ficher d’elle, on vous fournit l’air de plaisanter. La bouche émet un long éclat et vous dites que c’était pour rire et que vous aimez bien la cuisine de votre belle-mère. »

« Et l’air de rien ? »

« Le voici ! »

« ………………………………… »