Archive pour janvier, 2016

Faire la peau

11 janvier, 2016

Manque de pot !

Je me suis paumé

A Pau.

J’ai rencontré une peau de vache.

Un vrai pot de colle

Qui portait un chapeau

Comme un potentat.

Je lui ai versé un pot-de-vin

Puis j’ai diné d’un pot-au-feu.

La mer et la montagne

10 janvier, 2016

« L’ennui naquit de l’uniformité. Tout ce qui est trop régulier est ennuyeux, donc très intéressant.»

« Vous avez de drôles de goûts. »

« La ligne droite. Par exemple, la ligne où le ciel rejoint la mer. Moi, j’aime l’ennui.  Il faut savoir s’ennuyer et si possible s’ennuyer intelligemment. La ligne d’horizon, ça me permet de réfléchir à un tas de choses puisque rien n’attire mon attention. »

« Pour moi, il faut que ça bouge, que ça vive….Je préfère les paysages tourmentées et déchiquetés des montagnes. »

« Euh… je comprends. Vous voulez avoir continuellement l’esprit occupé par ce que vous voyez. Moi, j’aime bien être préoccupé par ce que j’imagine plutôt par ce que je vois. »

« C’est curieux, vous devez être ennuyeux devant votre ligne d’horizon. Moi, quand j’admire les sommets qui se découpent au loin en émergeant des brumes matinales, je peux dire à mon entourage que c’est beau et les miens peuvent partager mon admiration, tandis que vous … avec votre ligne droite… »

« La ligne droite, ça a quelque chose de rassurant. Aucun accident, aucun évènement imprévu, on peut se laisser aller à la rêverie, rien ne nous dérangera ! »

«Personnellement, je ne suis pas un rêveur. Dès que je vois un sommet, je construis déjà le chemin qui me permettra de l’atteindre. Bref, je suis un winner. Je n’ai encore jamais entendu parler d’un conquérant de la ligne d’horizon. »

« Mais la ligne d’horizon, ce n’est pas fait pour être conquis, ça permet de s’interroger. Par exemple, quel monde existe derrière cette ligne d’horizon ?… Je m’interroge là-dessus, surtout quand le soleil plonge dans l’océan. »

« Oui… enfin, moi, je ne suis pas un poète. Je m’équipe, je me réveille à l’aube et hop ! En avant, le premier au sommet a gagné ! »

« Ce que vous ne comprenez pas, c’est que la ligne d’horizon a quelque chose de sensuel. Puisque vous n’êtes attiré par rien en l’observant, tous vos sens sont en éveil, prêts à s’enflammer. »

« Et la montagne, vous ne trouvez pas ça érotique ? Quand j’arrive au sommet, après avoir beaucoup souffert dans la montée, j’éprouve comme un sentiment de libération ! »

« Je reconnais que vous prenez beaucoup plus de risques que moi pour vous satisfaire. Il y a beaucoup d’accidents en montagne, tandis qu’on parle rarement d’un vacancier qui aurait été blessé après s’être mollement étendu sur la plage. »

« Finalement, vous avez raison. La ligne droite, ça repose. La ligne brisée, ça fatigue. »

« Le mieux, c’est quand la montagne plonge directement dans la mer. Le matin, on peut se remuer et l’après-midi, on se repose en contemplant l’horizon. »

« Je vois ce que c’est : monsieur est un fin politique, partisan du compromis. »

Double jeu

9 janvier, 2016

La courtisane boit une tisane.

A titre individuel, Jean se bat en duel.

La grenouille mange des nouilles.

Le notable se met à table.

Louis va jouer une scène obscène.

Pierrette susurre une chansonnette en tirant la sonnette.

Jeannine exécute une danse tendance.

Raymond riposte à la poste.

Souffler le chaud et le froid

8 janvier, 2016

Jean n’a pas inventé l’eau chaude.

Il a le sang chaud.

C’est un chaud lapin.

Les gens en font des gorges chaudes.

Au contraire, Louis a du sang-froid

Et la tête froide.

Les histoires de Jean le laisse froid.

Elles ne lui donne pas de sueurs froides.

Fast food intellectuel

7 janvier, 2016

« Vous ne finissez jamais vos phrases, c’est une vraie maladie. »

« C’est déjà fatigant de formuler le début, alors parfois je vous laisse terminer lorsque vous avez compris le sens général de ce que je veux dire. »

« Comment voulez-vous que je le comprenne si vous ne le dites pas à haute voix ? »

« Parce que je dis des choses tellement banales que vous les avez forcément entendues ailleurs, donc ce n’est pas très compliqué pour vous de terminer. »

« Vous avez un exemple ? »

« Bien sûr que j’ai un exemple. Je vous dis d’un air abattu : ‘je viens de payer ma taxe d’habitation, c’est un vrai… »

« …Matraquage fiscal. »

« Et voilà vous avez tout compris. Je ne vais tout de même pas dire que c’est une vraie chance ! »

« Vous vous rendez compte de ce qui se passerait si tout le monde faisait comme vous. Si vous dites au maître d’hôtel : en entrée, je prendrai…. Comment se débrouille-t-il ? »

« Si je viens souvent dans son restaurant, il prendra une mine entendue pour me répondre : euh… je vois…. Comme d’habitude, monsieur. J’aurais économisé un petit peu de salive et en plus, je penserai que je suis quelqu’un d’important dont on retient les habitudes gastronomiques. »

« Vous êtes un paresseux. »

« Pas du tout ! Je suis un homme d’action, je n’ai pas de temps à perdre en racontant à mon interlocuteur ce qu’il a déjà compris. D’autant plus que, dans certains cas, il est ravi d’anticiper ce que je ne dis pas … Par exemple quand j’arrive au bureau et que j’interpelle ma secrétaire d’un…. Maryse !… Je n’ai même pas besoin de lui dire de m’apporter un café… Elle se fait un plaisir de le deviner. »

« Finalement, vous ne vous prenez pas pour n’importe qui… Les autres sont tous justes bons à finir ce que vous commencez sans avoir le courage de terminer. »

« Euh… il faut bien qu’il y ait des hommes d’action qui ouvrent la voie. Moi quand je vous parle, je suis déjà en train de penser à ce que je vais vous dire dans une minute, donc je n’ai pas de temps à perdre en formulant les mots que vous connaissez parfaitement. »

« Mais moi, je me donne la peine de prononcer des phrases entières. »

« Oui, ça me dérange. Comme vous dites des choses originales, je ne connais pas par avance la fin de vos phrases, donc je suis obligé de les écouter. Si vous aviez l’amabilité de me dire des banalités, ça m’arrangerait. Nous irions plus vite au but. »

« Quelle époque, tout est sacrifié à la vitesse. C’est du fast… »

« … food intellectuel. Oui, je sais. »

La monnaie de sa pièce

6 janvier, 2016

Louis va

Se faire poser une couronne.

Mais le dentiste n’est pas franc.

Il le rouble.

L’homme a acheté

Un livre

A Marc

Pour lire la nuit.

Quand il n’est pas saoûl.

Culture et poltique

5 janvier, 2016

« Faites-moi une synthèse de ce bouquin. Je ne vais tout de même pas me coltiner 300 pages. Je n’ai pas le temps ! »

« Je vous ai fait déjà un résumé en 10 pages. »

« 10 pages ? Mais où voulez-vous que je trouve le temps de lire 10 pages. Je veux une synthèse de la synthèse. Un mot suffirait. »

« Un mot ? Mais comment voulez-vous parler d’un livre avec un mot ? »

« Comme d’habitude, je vais broder. Je vais dire que c’est le livre de cette rentrée, qu’il est profond et superbement écrit, qu’il s’inscrit bien dans la démarche littéraire de l’auteur… enfin, vous voyez… quoi !… »

« Je vois, en effet. »

« Alors, ce mot ? »

« Tomate. »

« Très bien ! Je vais pouvoir dire que j’ai retenu particulièrement ce passage de la tomate et que j’y ai vu comme la promesse d’une récolte riche. J’ajouterai que ça me rappelle le jardin de mes parents. Il y a dans ce livre comme un parfum d’enfance… »

« Euh… il faudrait peut-être pas trop en faire. »

« Bon alors, citez-moi un passage rigolo que je puisse glisser une anecdote. »

« Il y a bien ce passage où le héros joue du biniou dans les couloirs du métro. »

« Quelle page ? Il faut absolument que je dise la page pour souligner l’attention que j’ai portée au livre et pour montrer que j’en ai retenu quelque chose. Je ne suis pas du genre à parcourir la littérature de manière superficielle. »

« Page 127. »

« Il joue du biniou. Et alors ? »

« Et alors, il est embarqué par la police et il s’en suit une scène très drôle au commissariat où il tente d’expliquer au commissaire qu’il ne jouait pas du biniou, mais de la cornemuse. »

« Parfait, je ne vois pas le rapport avec la tomate, mais c’est encore mieux. Je pourrais mettre en évidence le talent de l’auteur pour nous égarer de manière à mieux nous surprendre. »

« Vous ne craignez pas de paraitre un peu léger ? »

« Je ne parais pas… Je suis léger ! Mais je suis un politique… oui ou non ? Et un politique doit encourager la création. L’idéal, c’est que l’auteur se sente lu. Il faut lui renvoyer son histoire en disant que ça me rappelle quelque chose. »

« Mais il y en a qui sont plus malins que ça ! »

« « C’est pas grave. Je peux répondre que j’ai dit n’importe quoi pour voir si l’auteur est sensible à la flatterie. S’il me dit que je bidonne, je le féliciterai de sa sagacité. Du coup, il se sentira flatté de savoir ne pas se sentir flatté. »

Un monument à visiter

4 janvier, 2016

Aux alentours

De Tours,

Il y a des tours.

Autour

De midi, des vautours

En font le tour.

Au retour,

Faites le détour.

Beauté, charme, etc…

3 janvier, 2016

« Vous avez vu les mannequins ? Elles sont maigres, osseuses. Elles se tiennent mal. J’ai bien fait de ne pas m’engager dans cette voie-là. »

« Vous ne risquiez rien. Et les vedettes de cinéma ? Elles sont toutes taillées sur le même modèle. On se demande si elles se reconnaissent entre elles. Comme on dit, la seule beauté qui compte, c’est la beauté intérieure ! »

« Oui, mais moi, j’aimerais bien être un petit peu belle à l’extérieur. »

« Mais vous n’êtes pas si mal que ça. On va dire que vous avez de la personnalité. »

« C’est un peu réducteur. Chacun est unique, donc on peut dire que chacun a une personnalité. Je préfèrerais qu’on dise que j’ai du charme. »

« Comme moi par exemple ? »

« Vous êtes sûre que c’est du charme ce que vous avez ? A quoi vous le voyez ? »

« Les autres ont l’air contents quand il me voit. Et moi, je suis plutôt bien avec moi-même. »

« Vous en avez de la chance. Moi, dès que je me regarde dans une glace, je vois plein de choses qui ne vont pas. »

« Avoir du charme, c’est justement savoir s’accommoder de ses défauts et les transformer en avantage. Ainsi, vous devriez mettre en avant votre nez en trompette, c’est charmant le nez en trompette. »

« Et mes valoches sous les yeux, je fais quoi avec ? Chirurgie esthétique ? »

« Surtout pas. Soulignez-les, ça donne une profondeur au regard. »

« Si je comprends bien, je suis moche, mais je peux bricoler pour que je ne m’en aperçoive pas. Heureusement qu’il y a la beauté intérieure. »

« Le mieux, c’est de ne pas se demander si on est moche ou belle. Moi-même, je ne suis pas terrible, mais je ne m’en souviens même plus. »

« Vous avez raison, ça ne vaut pas la peine de s’énerver. Même pour la beauté intérieure. Après tout qu’est-ce que c’est ? »

« J’en sais rien. C’est ce qu’on se dit pour se rassurer quand on n’a rien d’autre à montrer. »

« Bon, alors disons que je ne suis pas belle et que je m’en fous ! »

« C’est mieux, déjà on sent une pointe d’auto-ironie dans votre regard qui vous confère un espèce de charme mystérieux. »

« Et si je me peigne n’importe comment ? »

« Ce sera le brin d’originalité qui finira de faire de vous quelqu’un d’intéressante. Vous pourriez aussi vous maquiller avec des couleurs criardes, le succès sera assuré dans votre quartier… »

« Oui… mais enfin, je suis moche. »

La basse-cour

2 janvier, 2016

Je ne suis pas à cheval sur les convenances,

Mais il cocotte.

Il a un œil bovin.

Il marche en canard.

Il hurle comme un veau.

Il passe du coq-à-l’âne.

C’est une poule mouillée.

Il me fait devenir chèvre.

Car il ne vise pas le cochonnet.

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