Archive pour janvier, 2016

Comment se présenter ?

21 janvier, 2016

« Georges Bouchardot, agent d’assurances »

« Louis Duchmol, rien du tout. »

« Comment ça, rien du tout ? Vous êtes forcément quelque chose. C’est obligatoire ! Au pire, vous êtes chômeur, mais rien du tout, ça n’existe pas ! »

« Je ne comprends pas pourquoi il faut obligatoirement déclamer sa profession après avoir donné son nom ! »

« Mais parce que ça me permet de vous situer dans l’échelle sociale. »

« Ah bon ? C’est important de me situer dans l’échelle sociale. »

« Evidemment, ça va me permettre de savoir la tête que je dois faire. Si vous êtes un chef de grande entreprise, je vais vous regarder avec une considération admirative, si vous êtes manœuvre du BTP en chômage, je vais vous regarder avec suffisamment de sympathie pour que vous ne vous sentiez pas rabaissé. Mais alors si vous n’êtes rien, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? »

« On pourrait faire plus simple et moins hypocrite. Après le prénom et le nom, on pourrait donner carrément le salaire mensuel. Par exemple, ça donnerait : Henri Mollard, 15 000 euros. Comme ça, on serait mieux renseigné. »

« Bin… non, ça ne va pas. Parler d’argent est vulgaire, donc on contourne le problème avec le métier. »

« Ce qui peut induire en erreur, il y a certainement des ouvriers en bâtiment qui gagnent plus qu’un chercheur en sciences sociales. Et puis de toute façon, un être humain ne se définit pas par l’épaisseur de son portefeuille. »

« Bon, alors comment fait-on pour se présenter efficacement, vous qui êtes si malin ? »

« L’idéal serait de dire par exemple : Henri Mollard, être humain complexe et indéfinissable. Mais vous allez me dire que tout le monde peut en dire autant. »

« Pas mon beau-frère qui est un peu primaire… Enfin, bref, avouez tout de même que ça fait un peu bizarre dans une conversation civilisée ! »

« Oui, alors on va essayer autre chose. On pourrait annoncer chacun le vœu le plus cher que nous nourrissons dans l’existence. Allez-y ! Commencez ! »

« Georges Bouchardot, une petite maison à la campagne au milieu des prés. »

« Bon d’accord, c’est un peu fruste comme raison d’exister, mais bon… on va faire avec. A moi. »

« Louis Duchmol, une vie riche de rencontres humaines et culturelles. »

« Votre truc, ça ne va pas du tout. Avec ma petite maison, j’ai l’air d’avoir l’esprit étroit. Je me sens encore plus rabaissé qu’en annonçant ma profession. »

« Oui, il faut travailler sur vos rêves ! »

Une politique d’ouverture

20 janvier, 2016

Je vais lui parler à cœur ouvert

Je l’accueillerai à bras ouverts

Lui et sa chemise ouverte.

Ma table lui est ouverte.

Au dialogue, je suis ouvert.

En tenant ma porte ouverte,

J’éviterai un conflit ouvert

Il ne repartira pas à tombeau ouvert.

Evitons les soucis

19 janvier, 2016

« Je me cherche un nouvel amant ? Est-ce que ça vous intéresse ? »

« Non, pas vraiment. »

« Dites tout de suite que je suis moche. »

« De toute façon, le problème n’est pas là. Le problème, c’est que les trucs à 3, ça se finit toujours mal. Je n’ai pas envie de me retrouver aux assises pour avoir massacré votre mari dans une crise d’énervement, ni l’envie d’être massacré non plus d’ailleurs. »

« Euh… on est pas là… »

« Peut-être, mais je préfère anticiper les ennuis. Vous allez me demander de choisir entre vous et ma femme. Choisir, c’est un truc qui me fatigue, rien que d’y penser. »

« Je vois ce que c’est … un petit peu lâche, comme tous les hommes ! »

« Si éviter les problèmes sentimentaux, c’est de la lâcheté, je veux bien. En attendant, je préfère ma tranquillité d’esprit. D’autant plus que je me culpabilise très vite. »

« Pff… vous n’êtes pas marrant. Vous ne pourriez pas vous ficher de tout, comme tout le monde ? »

« Euh, je veux bien m’en foutre…. Mais en gardant ma sérénité. »

« Bon… alors vous allez m’obliger à chercher un autre amant. Vous vous rendez compte, vous condamner ce pauvre homme à beaucoup d’ennuis. Vous pourriez être solidaire et vous dévouer. »

« Demandez donc aux autres de se dévouer pour moi, je n’y vois aucun inconvénient. »

« Vous savez que la fidélité est un très vilain défaut. Vous risquez d’être surpris quand un autre homme se dévouera pour être l’amant de votre femme.»

« Vous avez peut-être raison, mais j’ai le sens du devoir. »

« Vous avez fait le compte de tous vos devoirs : vous devez être un bon mari, un bon père, un bon employé, un bon citoyen, un bon consommateur… Vous n’avez pas envie d’être un peu mauvais de temps en temps. »

« J’avoue que ça m’intéresserait, je ne l’ai jamais fait. Finalement, j’ai eu une enfance dure, on ne m’apprenait qu’à faire des choses bien. »

« Et voilà ! C’est comme ça qu’on rate sa vie. Comment peut-on distinguer le bien du mal, si on n’expérimente jamais le mal ? »

« C’est intuitif. »

« Oui, mais du mal peut surgir un bien. Par exemple, si vous mangez trop de chocolat alors que c’est mauvais pour la santé, vous pouvez trouver du plaisir. »

« Pff.. si la vie n’était pas si compliquée, on vivrait moins stressé. Dans le doute, j’applique le principe de précaution : je ne vais pas manger du chocolat avec vous. »

Les soucis de la comtesse

18 janvier, 2016

La comtesse agite son éventail.

Son jardinier de haute taille

S’active sur la haie qu’il taille.

Tandis que son valet la ravitaille

Et que son palefrenier bataille

Avec le bétail.

Sa cuisinière avec la lingère discutaille.

Le régisseur, pour tous, fait figure d’épouvantail,

Car les comptes, il les tient en détails.

Idées reçues

17 janvier, 2016

« Vous êtes un jeune ? »

« Euh, encore jeune, oui. Pourquoi ? C’est dérangeant ? »

« Donc, vous avez perdu vos repères. »

« Bin, non. Je n’ai rien perdu du tout. Je sais très bien qui je suis. »

« Ne discutez pas, vous avez perdu vos repères. C’est obligé. Tout le monde le dit à la télé. En plus, vous souffrez d’un déficit d’autorité. »

« Toujours pas, je suis très respectueux de mes maître et de mes parents. »

« Vous le faites exprès ? Si vous êtes jeunes, vous ne devez rien respecter. Vous trafiquez un peu, je suppose ? »

« Non. Je n’ai pas non plus peur de mon avenir. »

« Pff…Bon ! Pour le moment, vous êtes un peu anormal, mais ça va s’arranger ! Vous allez être un jeune cadre dynamique, vous allez vous marier ou vous pacser, avoir deux enfants, partir vous étaler à la plage au mois d’août, tout en étant pendu à votre smartphone, pour vous faire engueuler par votre patron, même quand vous aurez les pieds dans l’eau. »

« Non, non. Je préfère la montagne et je n’ai pas envie d’être dynamique. D’ailleurs, ça ne veut rien dire. »

« Peut-être, mais c’est comme ça qu’on dit : jeune cadre dynamique. Vous croyez que ça me fait plaisir d’utiliser un vocabulaire complètement vide. Et je vous signale puisque vous voulez être économiste, que vous devrez être distingué ! »

« Bon et quand je serai vieux ? »

« Vous serez un retraité, friand de voyages. De découvertes d’autres mondes, d’autres civilisations. Vous voyez le tableau ? »

« Et si je n’aime pas les voyages ? »

« C’est interdit. Les retraités doivent obligatoirement aimer les voyages. C’est très amusant de se retrouver entre têtes blanches dans des cars climatisés, pour visiter toutes sortes de vieilles pierres. De toute façon, c’est obligatoire. »

« Moi, je préfèrerai sûrement rester chez moi pour cultiver mon jardin, dans tous les sens de l’expression. »

« Arrêtez de faire l’original. Les spécialistes de l’opinion publique se donnent un mal de chien pour vous offrir une existence toute tracée et vous, vous faites le malin en faisant autre chose ! »

« Je suis plutôt dans la catégorie des gens qui réfléchissent. »

« Si tout le monde fait comme vous, on ne va plus pouvoir causer entre nous des jeunes qui ont perdu leurs repères, des cadres dynamiques et des vieux qui sont toujours en voyages. Vous voyez bien que vous flanquez la pagaille partout où vous passez ! »

C’est haut !

16 janvier, 2016

C’est un haut fonctionnaire

Qui voit les choses de haut

Avec un verbe haut.

Il a conquis un poste haut de gamme

De haute lutte.

Il porte un haut de forme

Et tient le haut du pavé

Où il marche la tête haute.

Il tombera de haut.

Des chiffres et des lettres

15 janvier, 2016

C’est un grand devin

Qui a suivi une longue ascèse.

Il porte des vêtements décents.

Ce n’est pas un homme hideux.

Il se nourrit d’huitres

Et de saucisses

Dont il connait la recette.

Il peut se contenter d’un neuf sur le plat.

Un grand créateur

14 janvier, 2016

« Je voudrais écrire une histoire pendant laquelle il ne se passe rien. Mais alors strictement rien. D’ailleurs, il pourrait y avoir de nombreuses pages blanches dans mon bouquin. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Euh …. Vous ne pensez pas que ça va être ennuyeux ? »

« Non, car ça n’a jamais été fait. Dans la vie de tous les jours, le néant n’existe pas. Personne ne rencontre le néant absolu. Dans votre journée, il arrive forcément un moment où vous avez à résoudre un petit problème. »

« Euh… plus ou moins… »

« Il n’est pas possible de vivre sans que votre intelligence ait du grain à moudre, même du petit grain. Sinon, elle meurt, comme un mécanisme qui n’a pas travaillé depuis longtemps. »

« Oui… bien sûr ! Mais au bureau, on me demande surtout d’appliquer des procédures imaginées par d’autres, soi-disant pour gagner du temps.»

« Votre intelligence prend alors le même chemin que votre colonne vertébrale. »

« Qu’est-ce qu’elle a ma colonne vertébrale ? »

« Comme vous êtes assis toute la journée, elle se grippe et le résultat c’est que vous avez mal au dos. De toute façon, à la maison, ce n’est pas mieux. On vous vend des trucs pour vous faciliter la vie, c’est surtout des trucs pour ne pas avoir à exercer votre intelligence. »

« Par exemple. »

« La machine à laver la vaisselle. Il faut une certaine astuce pour laver la vaisselle à la main, mais la machine vous prive de cet exercice. Le résultat c’est que pendant qu’elle bosse, vous allez vous effondrer sur votre fauteuil pour regarder de la télé-réalité. Vous vous rendez-compte des dégâts ? »

« Vous êtes contre le progrès. »

« Non, mais il faudrait que chacun apporte une contribution au progrès. Actuellement, le monde est coupé en deux : il y a d’un côté la petite minorité de ceux qui imaginent, et de l’autre, la majorité de ceux qui sont priés d’utiliser ce que les autres ont créé. »

« Moralité ? »

« Moralité : débrouillez-vous pour inventer quelque chose. »

« Créer est un risque. Moi, je préfère utiliser ce que les autres ont créé, comme ça je peux critiquer tranquillement. »

« Vous, vous devriez écrire un livre ou produire un logiciel sur le thème : comment tout critiquer sans en ficher une rame. Je suis sûr que vous aurez un succès fou. »

« L’art est difficile, la critique est difficile aussi. Croyez-moi, c’est un pro de la critique négative qui vous le dit. »

Un peu d’Histoire

13 janvier, 2016

Les Francs

Ne payaient pas en francs.

Ils avaient leur franc-parler

Surtout les francs-tireurs

Francs-Comtois

Qui ne jouaient pas franc-jeu

Avec leurs maillots couleur safran.

Ils marquaient de nombreux coups-francs.

Désillusions

12 janvier, 2016

« J’ai trahi tout le monde. Sans hésiter. A commencer par ma femme. Figurez-vous que je fantasme sur ma voisine de bureau. »

« Mais fantasmer, ce n’est pas trahir. Fantasmer, c’est juste fantasmer. »

« Vous trouvez ça bien qu’après avoir juré amour et fidélité à Ginette, j’en suis à penser que ce serait bien mieux avec Mauricette. »

« Tant qu’il n’y a pas de passage à l’acte… »

« Le problème, c’est que c’est justement le moment qui précède l’acte qui est excitant. Je ne vais pas le dire à Ginette que Mauricette m’excite, elle pourrait ne pas apprécier. »

« Vous avez trahi quelqu’un d’autre ? »

« Oui, mon directeur, ça fait des mois que je lui fais croire que je travaille comme un dingue. »

« Comment vous faites ? Ça m’intéresse ? »

« Bof, vous traversez le couloir d’un pas déterminé, avec trois dossiers sous le bras, tout en jetant un regard inquiet sur votre montre. »

« Vous croyez que ça suffit ? »

« Non, vous pouvez aussi arriver en retard aux réunions de service en ayant l’air essoufflé. Ou bien, vous lui demandez un rendez-vous bidon à 20 heures pour lui faire remarquer que vous n’hésitez pas à travailler très tard. »

« C’est tout ?»

« J’ai aussi trahi mes convictions de jeunesse. A vingt ans, je voulais partir en Afrique pour sauver les populations pauvres de la famine. Maintenant, je ne sauve plus personne. L’Afrique, c’est bien trop dangereux. »

« Vous avez simplement mieux conscience des dangers ! »

« C’est certain. A vingt ans, je jouais de la guitare assis dans la rue, en me marrant comme un imbécile. Maintenant, je sors de chez moi le moins souvent possible pour ne pas me faire agresser. En plus, dans le temps, je fumais n’importe quelle drogue pour voir des éléphants roses, maintenant, quand mon voisin fume une gauloise, ça me fait tousser. »

« Effectivement, ça sent la maison de retraite. »

« Et que dire de mes opinions politiques. Dans le temps, j’étais à fond pour la démocratie. »

«Mais nous sommes en démocratie ! »

« Non. On voit toujours les mêmes à la télé. Il faut toujours voter pour les mêmes. On entend toujours les mêmes chansons à la radio. Mais de toute façon, je m’en fous, je ne suis plus pour la démocratie. Je ne suis d’ailleurs plus pour grand-chose. L’essentiel, c’est que rien ne bouge. Le changement, c’est jamais. Ça me fait tourner la tête. »

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