Les autres

« On pourrait faire les choses avec douceur, sensualité, gentillesse. »

« Vous plaisantez. Il ne faut pas s’enfoncer dans la mollesse. »

« Je ne suis pas mou, j’ai envie d’être bien. »

« Mais mon pauvre, si vous n’êtes jamais contrarié, vous ne vivez plus. Il faut être mal pour goûter les moments pendant lesquels vous êtes bien. »

« On ne peut pas être bien sans être mal ? »

« Non, comment voulez-vous apprécié un bon vin, si vous n’avez jamais goutté une infâme piquette ? »

« Bon, alors…. Si mon patron passe son temps à me contrarier, c’est un bien pour vous? »

« Tout à fait. Le jour où il va vous complimenter, vous allez fondre de bonheur. »

« Sûrement pas. Je vais me demander avec inquiétude s’il n’a pas quelque chose de tordu à me confier. On ne peut pas avoir du mieux dans sa vie d’un seul coup, c’est plutôt angoissant. D’un autre côté, je ne peux pas demander à mon patron de passer son temps à me féliciter. »

« Vous vouliez pourtant une vie douce. »

« Oui, mais une vie douce serait une vie sans patron. »

« Donc, si je comprends bien, la vie douce pour vous serait une vie sans contrainte, et si on pousse un peu le raisonnement sans les autres. »

« Si les autres ne m’imposaient rien, ce serait mieux…. »

« Vous n’êtes qu’un vieux misanthrope…. »

« Non, je n’ai rien contre le genre humain… mais je n’aime pas la pression des autres. Vous, vous aimez les autres à condition qu’ils vous valorisent….ce n’est pas mieux que moi … »

« Non… pas du tout, je peux être entre copains et dire du mal de mes copains. On se cassera la figure réciproquement, mais c’est la vie… »

« Vous voyez qu’en groupe, il y a de fortes chance que ça se termine mal. »

« Mais la solitude est aussi une violence. »

« Alors, on n’en sort pas ? Qu’est-ce qu’on fait ? On va se saouler ? »

« J’en sais rien, se saouler, ça peut faire passer un bon moment, mais après le même problème se repose. J’ai une idée… on pourrait laisser de côté la question de son rapport aux autres et s’intéresser à quelque chose de constructif : l’histoire, la littérature, la peinture … »

« Ou alors au championnat de Ligue 1. »

« Euh… c’est un peu fruste. Et puis vous allez avoir envie de regarder les matchs en groupe pour pouvoir hurler comme des imbéciles, tout en picolant. Vous ne réglez pas votre problème. »

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