Fast food intellectuel

« Vous ne finissez jamais vos phrases, c’est une vraie maladie. »

« C’est déjà fatigant de formuler le début, alors parfois je vous laisse terminer lorsque vous avez compris le sens général de ce que je veux dire. »

« Comment voulez-vous que je le comprenne si vous ne le dites pas à haute voix ? »

« Parce que je dis des choses tellement banales que vous les avez forcément entendues ailleurs, donc ce n’est pas très compliqué pour vous de terminer. »

« Vous avez un exemple ? »

« Bien sûr que j’ai un exemple. Je vous dis d’un air abattu : ‘je viens de payer ma taxe d’habitation, c’est un vrai… »

« …Matraquage fiscal. »

« Et voilà vous avez tout compris. Je ne vais tout de même pas dire que c’est une vraie chance ! »

« Vous vous rendez compte de ce qui se passerait si tout le monde faisait comme vous. Si vous dites au maître d’hôtel : en entrée, je prendrai…. Comment se débrouille-t-il ? »

« Si je viens souvent dans son restaurant, il prendra une mine entendue pour me répondre : euh… je vois…. Comme d’habitude, monsieur. J’aurais économisé un petit peu de salive et en plus, je penserai que je suis quelqu’un d’important dont on retient les habitudes gastronomiques. »

« Vous êtes un paresseux. »

« Pas du tout ! Je suis un homme d’action, je n’ai pas de temps à perdre en racontant à mon interlocuteur ce qu’il a déjà compris. D’autant plus que, dans certains cas, il est ravi d’anticiper ce que je ne dis pas … Par exemple quand j’arrive au bureau et que j’interpelle ma secrétaire d’un…. Maryse !… Je n’ai même pas besoin de lui dire de m’apporter un café… Elle se fait un plaisir de le deviner. »

« Finalement, vous ne vous prenez pas pour n’importe qui… Les autres sont tous justes bons à finir ce que vous commencez sans avoir le courage de terminer. »

« Euh… il faut bien qu’il y ait des hommes d’action qui ouvrent la voie. Moi quand je vous parle, je suis déjà en train de penser à ce que je vais vous dire dans une minute, donc je n’ai pas de temps à perdre en formulant les mots que vous connaissez parfaitement. »

« Mais moi, je me donne la peine de prononcer des phrases entières. »

« Oui, ça me dérange. Comme vous dites des choses originales, je ne connais pas par avance la fin de vos phrases, donc je suis obligé de les écouter. Si vous aviez l’amabilité de me dire des banalités, ça m’arrangerait. Nous irions plus vite au but. »

« Quelle époque, tout est sacrifié à la vitesse. C’est du fast… »

« … food intellectuel. Oui, je sais. »

Une Réponse à “Fast food intellectuel”

  1. 010446g dit :

    BIEN VU

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Une semaine de suspens...

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