Archive pour le 5 janvier, 2016

Culture et poltique

5 janvier, 2016

« Faites-moi une synthèse de ce bouquin. Je ne vais tout de même pas me coltiner 300 pages. Je n’ai pas le temps ! »

« Je vous ai fait déjà un résumé en 10 pages. »

« 10 pages ? Mais où voulez-vous que je trouve le temps de lire 10 pages. Je veux une synthèse de la synthèse. Un mot suffirait. »

« Un mot ? Mais comment voulez-vous parler d’un livre avec un mot ? »

« Comme d’habitude, je vais broder. Je vais dire que c’est le livre de cette rentrée, qu’il est profond et superbement écrit, qu’il s’inscrit bien dans la démarche littéraire de l’auteur… enfin, vous voyez… quoi !… »

« Je vois, en effet. »

« Alors, ce mot ? »

« Tomate. »

« Très bien ! Je vais pouvoir dire que j’ai retenu particulièrement ce passage de la tomate et que j’y ai vu comme la promesse d’une récolte riche. J’ajouterai que ça me rappelle le jardin de mes parents. Il y a dans ce livre comme un parfum d’enfance… »

« Euh… il faudrait peut-être pas trop en faire. »

« Bon alors, citez-moi un passage rigolo que je puisse glisser une anecdote. »

« Il y a bien ce passage où le héros joue du biniou dans les couloirs du métro. »

« Quelle page ? Il faut absolument que je dise la page pour souligner l’attention que j’ai portée au livre et pour montrer que j’en ai retenu quelque chose. Je ne suis pas du genre à parcourir la littérature de manière superficielle. »

« Page 127. »

« Il joue du biniou. Et alors ? »

« Et alors, il est embarqué par la police et il s’en suit une scène très drôle au commissariat où il tente d’expliquer au commissaire qu’il ne jouait pas du biniou, mais de la cornemuse. »

« Parfait, je ne vois pas le rapport avec la tomate, mais c’est encore mieux. Je pourrais mettre en évidence le talent de l’auteur pour nous égarer de manière à mieux nous surprendre. »

« Vous ne craignez pas de paraitre un peu léger ? »

« Je ne parais pas… Je suis léger ! Mais je suis un politique… oui ou non ? Et un politique doit encourager la création. L’idéal, c’est que l’auteur se sente lu. Il faut lui renvoyer son histoire en disant que ça me rappelle quelque chose. »

« Mais il y en a qui sont plus malins que ça ! »

« « C’est pas grave. Je peux répondre que j’ai dit n’importe quoi pour voir si l’auteur est sensible à la flatterie. S’il me dit que je bidonne, je le féliciterai de sa sagacité. Du coup, il se sentira flatté de savoir ne pas se sentir flatté. »