Archive pour décembre, 2015

Répétons-le !

11 décembre, 2015

Le gigolo n’est plus un rigolo.

Il s’est fait une entorse au torse.

C’est un détail de taille.

A l’hôpital, c’est un patient qui s’impatiente

Tandis qu’un mandarin mange une mandarine,

Qu’un écossais écosse

Des haricots en tricot,

Et que Serge allume un cierge.

Ce qu’un proche lui reproche.

Cette histoire est le destin d’un clandestin.

Les corvées

10 décembre, 2015

« Je n’aime pas les corvées. Au lycée déjà, j’oubliais toujours mes affaires de gym. Pour la messe du dimanche, j’étais tout le temps malade.»

« Il y a pourtant des corvées inévitables. »

« Oui, c’est ce qui définit une corvée. Par exemple mettre le couvert quand je rentre d’une journée de travail. Ginette ne se rend pas compte que c’est au-dessus de mes forces. Je le fais quand même ! »

« Vous êtes un vrai héros. J’en connais tellement qui répondraient : tu vois bien que je suis fatigué ! »

« Oui, il parait même que Dumollard répond à sa femme : t’as qu’à le faire toi-même au lieu de donner tes ordres. Moi, je n’en suis pas encore là. On peut être marié tout en restant civilisé. Même quand il y a des corvées. »

« Et passer le dimanche chez votre belle-mère ? »

« Alors là, c’est la corvée des corvées. Comme je suis gentil, j’y vais quand même en prenant l’air enjoué. Mais comme je me force à prendre l’air enjoué, Ginette comprend que je ne suis pas aussi enjoué que ça et me demande pourquoi je fais la gueule. »

« C’est le problème de la corvée. La corvée, ou bien on réussit à l’éviter ou bien on l’accomplit en ayant le cœur rempli d’amertume et en se disant qu’on s’en serait bien dispensé. »

« Le mieux c’est de l’éviter, être amer c’est très mauvais pour la santé. C’est pour ça que je refile les réunions où je ne veux pas aller à mes subalternes en leur expliquant que, par leur présence, l’entreprise marque l’importance qu’elle attache aux dites réunions. »

« C’est un peu hypocrite ! »

« Pas autant que les manières de mes supérieurs hiérarchiques qui me refilent les réunions qui leur cassent les pieds. »

« Au Moyen-Age, les serfs étaient corvéables à merci. Eux au moins, ils n’étaient ni amers, ni hypocrites, ils étaient faits pour ça. »

« Par contre, ça, c’était inhumain. »

« Vous avez raison, il vaut mieux être humain, c’est-à-dire amers ou hypocrites. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? S’il y avait un job où chacun pourrait ne faire que ce qui lui plait, ça se saurait depuis longtemps. La corvée, c’est la vie. Certains pensent que la vie, c’est une corvée.  Voyons plutôt le bon côté des choses : la corvée, ça permet de ronchonner et d’exprimer ainsi son trop plein d’énergie refoulée. »

« Si vous êtes astucieux, vous pouvez en tirer profit. Quand vous avez accompli une corvée, vous pouvez  faire remarquer aux autres que vous n’hésitez pas à mettre les mains dans le cambouis et  donc qu’ils doivent en faire autant, ce qui vous offre la possibilité d’échapper à la prochaine corvée. »

Ah ! L’or !

9 décembre, 2015

 

Horace,

L’orfèvre

Hors la loi

Horripile

L’horloger

Orgueilleux

Et l’horticulture

Hors d’haleine.

Echange d’insultes

8 décembre, 2015

« Connard ! »

« Monsieur, vous n’êtes qu’un paltoquet ! »

« Je m’en fous, je ne sais pas ce que ça veut dire. »

« Ça veut dire que vous êtes un grossier personnage. »

« Oui, je suis d’accord. Je craignais que ce ne soit qu’une insulte. En réalité, vous ne faites qu’un constat momentané. »

« Comment ça ? Pas une insulte… non, mais dites-donc. Dites tout de suite que j’insulte comme un pied ! Paltoquet, c’était bien. Personne ne connait. On sent tout de suite agressé. »

« On peut mieux faire. Je vais vous montrer. Comment vous appelez-vous ? »

« Robert. »

« Très bien. Robert est un coquebert ! »

« Je veux bien être un coquebert. C’est joli. »

« Oui, sauf que ça veut dire que vous êtes un nigaud…. »

« Un nigaud qui connait tout de même une injure comme paltoquet, vous en connaissez beaucoup ? »

« Et orchidoclaste, vous connaissez ? »

« Je reconnais que c’est pas mal. Je ne tiens pas à savoir ce que ça veut dire, mais je le replacerai. »

« Pendant qu’on y est. Je vous conseille de vous en prendre aux mamans des gens qui vous embêtent. C’est très efficace. Vous pouvez essayer dévergoigneuse, ça veut dire dévergondée. C’est plus long, donc plus fort. Vous avez le temps de voir la figure de votre adversaire se décomposer sous le coup de l’insulte. »

« Je connaissais ‘coureuse de remparts’, ça peut faire l’affaire ? »

« Il faut avoir affaire à un individu doté d’une certaine culture historique pour qu’il puisse se révolter. Sinon, votre adversaire pensera que vous assimilez sa maman à une championne de course à pied, ce qui n’est pas très insultant. Essayez plutôt ‘gourgandine’.»

« Voilà qui sonne bien, mais revenons à nos problèmes. Si vous me faites la liste des insultes possibles, je ne vais plus pouvoir vous injurier tranquillement. Si je vous dis : ‘fesse-mathieu’, ça vous convient ? »

« Pas tellement. Vous devriez plutôt essayer ‘faquin ‘. »

« Faquin »

« Comment, Monsieur, vous insultez mon honneur. Nous allons donc nous casser la figure réciproquement. C’est ce qu’il y a de mieux à faire dans ce cas ! »

Nos mauvais poèmes

7 décembre, 2015

Marie-Rose

Est morose.

Elle a de la couperose

Et une névrose.

Elle arrose

Ses roses.

Puis elle lit de la prose

En regardant le Panthère Rose.

Lèche-bottes !

6 décembre, 2015

« J’aime bien travailler avec vous, monsieur le directeur. »

« Ah bon ? Moi, je n’aime pas trop travailler avec moi. Mais enfin, des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas. »

« Vous êtes trop modeste. Avec vous, on se sent considérés. Nous ne sommes plus de simples pions dont le chef peut disposer à volonté. »

« Bon d’accord. On peut bosser maintenant, Dugenou ? »

« Oui, bien sûr. On sent que vous êtes tellement humain sous des dehors bougons. Vous avez dû avoir une vie difficile, vous ? »

« Non. Mon père était très riche. »

« Vous n’êtes pas comme Mollard qui ne pense qu’à son avancement. Les autres, il s’en fout. »

« Remarquez bien que mon avancement m’intéresse aussi. Ce n’est pas une raison pour se comporter en sauvage. »

« Avec vous au moins, on peut parler. C’est important de s’exprimer. On est écoutés, même quand on dit n’importe quoi. »

« Oui, j’ai remarqué que ça vous arrive. »

« Avec Mollard, il faut toujours se taire. En réunion de service, on entendrait une mouche voler. Avec vous, c’est le bazar, c’est donc beaucoup plus intéressant. »

« D’accord, mais si on pouvait éliminer les mouches, sans mettre la chienlit, ce serait encore mieux. Vous ne croyez pas ? »

« Je suis d’accord. Mollard n’a pas autant d’humanité que vous. A bas l’infantilisation des masses laborieuses !»

« J’essaie de traiter chacun en adulte responsable. Voilà tout. »

« C’est pour ça qu’on vous aime, chef. On vous suivrait n’importe où. D’ailleurs, nous avons bien fait sentir à Mollard que vous lui êtes infiniment supérieur. »

« C’est bien mon avis. »

« Et puis qu’est-ce qu’on se sent bien lorsque vous passez chaque matin pour dire un petit bonjour à tout le monde. C’est tellement plus chaleureux que dans le service de Mollard qui se cache derrière la porte pour surveiller nos horaires.»

« Bon d’accord, d’accord, Dugenou…. Euh…. j’ai des rendez-vous aujourd’hui, vous savez. »

« Pardon, je vous dérange. Nous savons que vous travaillez beaucoup. Vous nous donnez un fameux exemple. Tout le monde essaie de vous ressembler. En pure perte bien entendu. »

« Bien sûr, Dugenou. En attendant, apportez-moi mon café sans sucre, comme d’habitude. Et n’oubliez pas de vider ma corbeille à papiers. »

Un tissu de tissus

5 décembre, 2015

A Tulle

Le Prince-de-Galles

A dégusté une purée mousseline.

Il affronte un tissu de méchancetés.

Il est dans de sales draps.

Ce n’est pas coton.

Mais il joue sur du velours.

Personne ne lui mangera la laine sur le dos.

C’est une chose qui va de soi.

Nos mauvais poèmes

4 décembre, 2015

Pétard !

Il est tard !

Espèce de bâtard

Fêtard !

Tu as mangé tout le tartare

Avec tes copains routards

Et motards

Au lieu de jour de la guitare

Pour tes petits moutards.

 

Exprimer ses émotions

3 décembre, 2015

« J’ai des problèmes d’expression émotionnelle. »

« Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Quelques soient les circonstances, je fais toujours la même tête. Ça énerve les gens qui croient que je ne sais pas avoir de la compassion pour mon prochain. Moi-même, quand je me regarde, je ne sais pas dans quel état d’esprit je me trouve. »

« Vous pourriez vous accrocher une pancarte autour du cou pour indiquer aux autres si vous êtes joyeux, tourmenté ou si vous vous fichez complètement de la situation. »

« J’aurai l’air malin. On me jettera des tomates. Je ne veux pas être stigmatisé comme un dangereux malade. »

« Remarquez, vous avez un avantage : comme personne ne sait ce que vous pensez, vous pouvez utiliser cette arme déroutante dans la discussion. Si vous êtes insulté, votre air impassible montrera que vous avez du sang-froid et beaucoup de mépris pour les bassesses de vos adversaires. »

« Certes, mais enfin, je ne peux pas mépriser tout le monde. »

« Essayez d’utiliser vos membres. Quand vous êtes joyeux, battez des mains, quand vous êtes en colère, brandissez votre poing. Quand vous vous en foutez, un mouvement souple du poignet par-dessus l’épaule  fera l’affaire. »

« C’est bien, mais je ne peux pas passer mon temps à jouer au moulin à vent. J’aimerais aussi avoir l’air de quelque chose, de temps en temps. Par exemple, prendre l’air finaud – bien carré dans mon fauteuil – pour faire celui à qui on ne la fait pas. »

« Il faudrait avoir la paupière expressive. La vôtre ne dit pas grand-chose. Essayez plutôt de petits mouvements des lèvres pour dire votre exaspération devant les faibles arguments de votre interlocuteur. A défaut, soupirez légèrement. Normalement, ça va l’énerver et vous pourrez en profiter ! »

« Je vais essayer. Vous avez d’autres trucs ? »

« Si vous avez des lunettes, jouez-en. Par exemple, enlevez- les pour faire comprendre que vous en avez assez entendu. Si vous vous apercevez justement qu’elles ont besoin d’être nettoyées avec un mouchoir en papier, c’est encore mieux. Votre vis-à-vis va parler dans le vide un bon moment. »

« Et s’il crie ? »

« Vous avez une physionomie assez immobile, mais vous pouvez encore utiliser le haussement de sourcil. Bien manié, le haussement de sourcil peut faire des ravages. Il peut dire tout votre étonnement devant l’agressivité de votre adversaire alors que vous avez tout fait pour l’écouter attentivement. »

« D’accord, mais il reste le problème des yeux. Mon regard n’exprime rien du tout. »

« Peut-être n’avez-vous rien à dire. »

Méfiance !

1 décembre, 2015

« Je me tiens à carreaux. »

« Qu’est-ce que vous avez fait ? »

« Moi, rien. Mais j’ai peur de tout. Alors, je ne fais pas mon malin. J’essaie d’être transparent. De ne pas me faire remarquer. »

« Mais de quoi avez-vous peur ? »

« De tout. De mon voisin, de la pollution, des impôts, des gendarmes, du patron…. Bref, de tous ceux qui m’attendent au tournant pour m’assaillir. »

« Vous devez être stressé. »

« Un peu. Mais l’essentiel, c’est de se fondre dans la masse. Je ne sais rien, je n’ai rien remarqué, je n’ai pas d’opinion… Je reste tranquille chez moi. »

« Le monde ne va pas aller loin avec vos principes. Il faut accepter la confrontation, sinon vous ne progresserez pas. »

« Je m’en fous. La vie n’est pas le Tour de France. Je n’ai aucune envie d’être le premier, moi je me contenterai d’arriver au bout. »

« Mais enfin… personne ne vous en veut ! »

« Tant que je n’en suis pas certain, je ne me découvre pas. Certains pourraient profiter d’un moment de relâchement confiant pour m’attaquer par surprise. »

« Vous ne faites confiance à personne ? »

« Surtout pas. C’est le seul moyen de ne pas être déçu. Si je vous demande l’heure, je ne suis pas sûr que vous me donniez la bonne, je préfère avoir une montre en état de marche. »

« Bien sûr que si, je vous la donnerai… »

« Non, ce n’est pas sûr. Vous pouvez m’envoyer balader, ou avoir peur de moi, ou bien me répondre n’importe quoi, ou bien avoir une montre qui ne marche pas… »

« Effectivement, il vaut mieux être sur ses gardes. Mais quand vous achetez du boudin chez votre charcutier, vous êtes bien obligé de lui faire confiance. »

« Vous voyez bien que je suis coincé de tous les côtés. Je ne peux même pas me défendre contre les tentatives d’homicide de mes commerçants. Le mieux serait que j’ai un testeur de boudin à ma disposition. »

« Mais il y a  certainement des gens qui vous veulent du bien. »

« Ouh là ! Je m’en méfie. Les gens qui vous veulent du mal n’attendent rien de vous. Une fois qu’ils vous ont massacré, ils vous laissent tranquille. Tandis que les gens qui vous veulent du bien, attendent quelque chose en retour de vous. »

« Et alors ? »

« Vous vous rendez compte : vous entrez dans la spirale infernale de la gentillesse ! »

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