Archive pour décembre, 2015

Une triste histoire

21 décembre, 2015

En Espagne, j’avais de l’épargne.

En Argentine, j’avais de l’argent.

En Andorre, de l’or.

En Autriche, j’étais riche.

Au Pérou, c’était le Pérou.

Mais en Tchéquie, j’ai fait des chèques.

Au Danemark, j’ai dépensé des marks.

Au final, je n’ai plus de sous dans la Soudan.

Les Saturnales

20 décembre, 2015

« Dans l’Antiquité, il existait les fêtes des Saturnales. Au mois de décembre, on célébrait le Dieu Saturne, dieu de l’agriculture. On n’en fichait pas une rame, on se faisait des cadeaux. Pour le temps des fêtes, tout le monde était égal à tout le monde. Les rapports hiérarchiques étaient inversés. Les esclaves avaient le droit de critiquer les maîtres et de se faire servir par eux. »

« Intéressant point d’histoire. »

« Ce serait bien de réinventer les Saturnales. Nous pourrions allonger le pont de Noël en le faisant démarrer le 15 décembre. »

« Ce serait sympa, mais ça fait un bout de temps qu’on n’a pas entendu parler du dieu Saturne. Je pense qu’il est un peu vexé qu’on ne le fête plus. »

« Il faudrait s’excuser. Ce serait bien qu’il arrête de bouder. Pendant quelques jours, il n’y aurait plus d’enfants esclaves dans le monde. Au bureau, les chefs ne seraient plus les chefs. Je pourrais même donner des ordres à Dumollard qui serait obligé de les exécuter. »

« Oui, mais faites attention, il pourrait se venger cruellement à partir du mois de janvier. De toute façon, tous les Dumollard du monde sont totalement opposés au retour des Saturnales. Ils sont plutôt dans une perspective d’allongement de la durée de travail des salariés. »

« J’ai remarqué. Mais, on pourrait leur vendre les Saturnales comme un mode de management. Obliger les sous-fifres à être chefs pendant quinze jours, leur permettrait de se rendre compte de leurs nombreux soucis et de leur fatigue. Par suite, conscients de lourde charge que leurs supérieurs endossent, ils deviendraient plus indulgents à leur égard. »

« Euh… je ne suis pas sûr que Dumollard et compagnie voient ça d’un bon œil. Ils sont submergés de problèmes ardus, mais ils ne les quitteront pas. Même pour 15 jours. Sans compter qu’ils sont méfiants ; ils ne croiront pas que leurs esclaves leur rendront les rennes après avoir joué aux chefs pendant deux semaines. »

« C’est certain. L’ivresse du pouvoir fait des dégâts. Il y en a même qui sont complètement bourrés. Moi, je m’en fous, ça fait vingt ans que je suis à jeun et ça me va très bien comme ça. J’ai juste en vie d’un peu plus de congés pour sortir plus souvent des griffes de Dumollard. Finalement, même si on m’offrait la possibilité de commander Dumollard pendant 15 jours, je n’en voudrais pas. »

« Vous me donnez une nouvelle idée pour vendre les Saturnales au patronat. Comme les esclaves ne savent pas – par définition – gérer une affaire, l’entreprise aurait rapidement des difficultés économiques. Ce qui permettrait aux vrais chefs –en plus de leur vie remplie de soucis – de faire étalage de leur savoir-faire lorsqu’ils reprennent les manettes. A la suite de quoi, ils seraient littéralement vénérés par leurs subalternes qui prendraient conscience de leur propre prétention à vouloir faire les malins. »

« Je crois que le mieux serait de faire des Saturnales en restant chacun à sa place. »

« Ce serait moins aventureux. Si les salariés commençaient à admirer la compétence des chefs, ce serait le monde à l’envers. On serait très mal partis. »

Nos beaux départements

19 décembre, 2015

A l’aube

Il se dit qu’il fallait qu’il gère la situation.

Il jura

Qu’il n’avait plus de haine.

Il se fera des alliés.

Pour que vienne des temps meilleurs.

Ce n’est pas cher.

L’heure n’est plus

Aux effets de manche.

Il ne faut plus perdre le nord.

Hein !

C’est gras !

18 décembre, 2015

Gratien

A dégusté le gratin,

Puis des grattons

Gratuits.

Car il mange gratis

Pour se faire de la gratte,

Tout en se grattant le nez

Avec l’air grave.

 

Les super-patates

17 décembre, 2015

« Cette fois, ça y est. J’en suis sûr. Nous sommes entrés dans l’air de la facilitation. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Tout devient plus facile. Vous ne triez plus votre salade en plongeant vos mains dans l’eau froide. Il suffit d’acheter un sachet tout prêt. Votre feuille d’impôts est déjà remplie. Bientôt, vous n’aurez même plus à conduire votre voiture. »

« Et alors, tout ça, ça s’appelle le progrès. »

« Le progrès nous conduit vers l’immobilisme. Un état pré-comateux où l’homme ne fera plus rien. Rien d’autre qu’exister. Dans certaines maisons, il suffit de vous présenter pour que les lumières s’allument. Vous vous rendez compte ! On ne cherche même plus l’interrupteur en pestant parce qu’on ne le trouve pas. »

« Tout de même, il reste quelques travaux ménagers. La preuve, c’est que les femmes cherchent à les partager. »

« Vous voulez rire, il y a des aspirateurs qui se mettent en marche tout seuls. On ne vous demande même plus si vous voulez que le ménage soit fait chez vous. »

« Bon, mais vous pouvez vous consacrer à des choses que vous aimez. »

« Allez au théâtre, au cinéma… Mais mon pauvre, tout est disponible d’un simple clic sur votre ordinateur. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? »

« On a le choix entre rien et pas grand-chose. Rien : l’homme va devenir un truc, impavide, sans objectif, sans souci, donc sans volonté, qui survivra en attendant que sa non-existence s’éteigne d’elle-même. Pas grand-chose : il lui restera la possibilité de se décrire lui-même et de s’auto-admirer dans l’état d’immobilité qu’il aura atteint. »

« Tout ça va être très gai. »

« Même pas. Car les humoristes auront inventé toutes les astuces qu’il est possible d’inventer. Nous serons des végétaux tristes. Du niveau de la patate, améliorée. Et encore… il y aura une invention qui fera passer automatiquement la patate du jardin à l’état de frites dans l’assiette qui sera glissée sous votre nez à heures fixes. »

« J’ai trouvé la parade : le temps. Vos inventions ne peuvent rien contre le temps. L’homme doit manger au moins trois fois par jour à son rythme. L’hiver, il fera froid et l’été trop chaud. Les Jeux Olympiques auront lieu tous les 4 ans. L’homme devra encore s’adapter à ce rythme, donc prendre des décisions. Il ne sera pas tout à fait une « grosse légume ». 

« Vous avez raison. Disons qu’à certains moments, la patate devra ouvrir un œil et envisager une action constructive. Mais ce sera réservé à une élite dont vous ne ferez pas parti. D’ailleurs, c’est déjà le cas. Votre destin est réglé par une poignée de financiers mondiaux, de grands capitaines d’industrie et de quelques politiciens malins. Ce sont eux qui seront les super-patates. »

Double jeu

16 décembre, 2015

L’escroc a les crocs,

Il a l’espoir d’une poire.

Son père, lui, espère

Une escalade en Calade,

Tandis que son escargot prend le cargo

Pour voyager dans la cale sans escale.

Pendant ce temps, l’espion avance ses pions,

Pour danser un quadrille en escadrille.

Avoir de l’esprit a un prix !

 

Le rien et le néant

15 décembre, 2015

« Quelle est la différence entre rien et le néant ? »

« Vous avez de ces questions… Vous n’avez rien d’autre à faire ? »

« Si, mais enfin, on a bien le droit de se poser des problèmes. »

« Oui, certes. Mais moi, je ne sais pas la différence entre rien et le néant. »

« Moi, je pense que lorsqu’on dit qu’il n’y a rien, c’est qu’il pourrait y avoir quelque chose. Par exemple, s’il n’y a rien dans ce sac, c’est par opposition à une situation dans laquelle il pourrait être rempli de quelque chose. »

« Intéressant. Et le néant ? »

« Le néant n’a pas de limite, on ne peut donc pas le remplir. Le néant est indescriptible, puisque si quelqu’un pouvait décrire le néant, il deviendrait une chose, donc le contraire du néant. Vous comprenez ? C’est très différent du rien. »

« Parfois, on parle d’un petit rien. Qu’en pensez-vous maître ? »

« Vous avez raison, mais c’est pour stigmatiser une chose ou un évènement qui existe, donc qui n’est pas rien, mais qui est d’une insignifiance telle que c’est proche du rien. Notez que personne ne dit : un petit néant. Nous serions en plein contre-sens. »

« Si je comprends bien, Maître, quand on dit de moi que je suis un rien du tout, ça m’ouvre quand même l’espoir d’être quelqu’un, un jour. »

« Absolument. Vous êtes le néant avant votre naissance et après votre mort. Là, on ne sait même plus où vous êtes…. Vous êtes dans le néant et comme personne ne sait où se tient le néant, vous n’avez plus aucun espoir d’en sortir. Quand vous venez au monde, quelqu’un vous tire au sort parmi le néant. C’est une exception. »

« Passionnant !  Et le vide alors ? »

« Le vide, c’est un truc qui permet de faire le lien entre le rien et le néant. Par exemple, comme on n’est pas sûr que l’espace spatial soit le néant, on préfère parler du vide spatial. Mais on peut dire aussi que mon sac qui ne contient rien est vide. »

« Le vide serait donc d’après vous un petit néant ou un gros rien. »

« Exactement. Notons une remarque importante, cher élève. Le vide peut devenir un sentiment. Par exemple, quand je vais partir, vous allez avoir le sentiment d’un grand vide. Vous ne direz pas le sentiment d’un grand rien, ou d’un grand néant. »

« Certainement. On peut aussi noter que le vide donne naissance au verbe vider ce qui n’est pas le cas du rien ou du néant. »

« Très juste remarque. Le rien ou le néant sont marqués de la même caractéristique : ce sont des idées statiques. On ne peut pas les voir en mouvement. On ne peut pas les construire, tandis qu’on peut « faire le vide ». En quelque sorte, nous sommes impuissants devant le rien ou le néant, mais nous pouvons agir sur le vide. »

« Vous êtes sûr de ce que vous racontez, Maître ? »

« Non. »

Un fuyard

14 décembre, 2015

Il a fui

Dans la nuit

Puis

Il a frappé à son huis.

Elle lui a offert

Un jambon cuit

Et de l’eau du puit.

Elle l’a béni avec du buis,

Et il s’est encore enfui.

Normal !

13 décembre, 2015

 

« Je n’ai rien réussi dans mon existence. Mon bac, si peut-être. Et encore… pour la mention, il ne fallait pas compter sur moi. »

« Mais vous avez un job, une famille, des vacances… »

« Oui, en gros, j’ai réussi à faire comme tout le monde. Je ne suis qu’un être normal. Rien d’exceptionnel. »

« C’est déjà pas si mal que ça, ça s’appelle être correctement intégré dans la société. »

« Moi, j’appelle ça être intégré dans la banalité. Quand vous êtes normal, tout le monde trouve ça très bien. Vous me direz ce que vous voudrez, mais plus personne n’a d’ambition autre qu’être ‘correctement intégré’. »

« Mais vous avez réussi deux beaux enfants. »

« Eux aussi, ils sont normaux. C’est-à-dire qu’à quarante ans, ils se demanderont pourquoi ils ont raté leurs existences, pourquoi ne sont-ils que normaux ? »

« Bon, alors qu’est-ce que vous voudriez être ? Président de la République ? »

« Pour que tout le monde se fiche de ma figure, non merci bien…. Je voudrais être quelqu’un de créatif, prendre mon pied dans quelque chose…quoi ! »

« C’est sûr qu’avec votre petit manteau et votre petit auto, on ne va pas aller très loin dans la déviance. »

« Je suis normal. En plus… je me donne un mal de chien pour être normal. J’ai acheté un manteau pour l’hiver au-dessus de mes moyens, je suis endetté jusqu’au cou pour payer ma bagnole, sans compter les études des enfants… Je n’en reviens pas de ce que ça peut coûter d’être normal. »

« Le mieux, ce serait que vous fassiez une grande découverte en travaillant tard dans votre garage. »

« Mon pauvre ! Après une journée de travail, je suis fourbu. Je regarde le journal télévisé et hop ! Au lit ! Etre normal est très fatigant. On a même l’impression que le concept de normalité est conçu pour ne pas vous donner le temps d’être exceptionnel. »

« Vous me faites une petite dépression. »

« Vous allez me dire que c’est normal. Et voilà… je ne peux même pas m’offrir une dépression anormale. »

« Bon… alors regardez la misère du monde autour de vous. »

« Même ça, ça me gonfle. Je crois que des forces supérieures entretiennent la misère pour que les gens normaux soient heureux d’être normaux. Vous voyez, on n’en sort pas. »

« Vous vous sentez frustré de ne pas être ce que vous rêviez d’être. »

« Je sais, c’est normal. »

Bonne nuit !

12 décembre, 2015

Le pieux

Se pieute

Dans son pieu,

Tandis que Médor

Dort

Et que le pion

Pionce.

Tous ronflent,

Ils me gonflent.

123