Archive pour le 22 décembre, 2015

Déclaration d’amour ou pas ?

22 décembre, 2015

« Je pourrais vous faire une déclaration d’amour. Donc je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas vous faire une déclaration de haine. »

« Ce n’est pas la même chose. Si vous me faites une déclaration d’amour, c’est que vous espérez – le cœur palpitant – que je vous dise que je le partage. Si vous me faites une déclaration de haine, vous videz votre sac et vous n’attendez rien de ma part. »

« Vous pourriez aussi me renvoyer votre haine. »

« Non, parce que ça vous arrangerait un peu trop. Si vous me haïssez, je ne vois pas pourquoi je devrais vous faire plaisir en vous assurant que je vous hais également. Ce serait trop facile de haïr quelqu’un qui ne vous aime pas. En mettant les choses au mieux, je vous dirais que je m’en fous. »

« Vous ne seriez pas très sympa. Tout vaut mieux que l’indifférence. »

« Vous pouvez aussi me répondre que vous vous foutez du fait que je m’en fous. Finalement, on devrait inventer une déclaration d’indifférence qui se situerait entre celle de haine et celle d’amour. »

«Il y a quand même un point commun entre les trois cas. Il faut que le même sentiment soit partagé par les deux protagonistes, sinon il y en a un qui est malheureux. »

« Oui… enfin… la différence, c’est que la déclaration de haine ou d’indifférence n’existe pas en tant que telle. Elles ne peuvent être qu’une réponse à une déclaration d’amour. Je me vois mal aborder mon chef de service Dumolard dans un couloir et lui dire tout de go : je vous hais. »

« C’est dommage, ça mettrait de l’ambiance. »

« En fait pour bien vivre en société, on a le droit de se dire qu’on s’aime mais pas qu’on ne s’aime pas, ni qu’on se fout complètement de l’existence de l’autre. Sauf si on a été agressé. »

« Heureusement, parce que si on peut se déclarer la haine, c’est le retour au Moyen-Age, à la guerre privée. Je n’ai pas les moyens de lever une armée pour attaquer mon voisin que je ne peux pas supporter. »

« On peut aussi ne rien se dire. Si je vous aime, les mille attentions dont je vous entoure vous renseignent très bien. Si je vous hais, vous le sentirez dans mon regard noir. Si vous m’êtes indifférent, vous vous en rendrez compte par manière de ne rien exprimer du tout chaque fois que je vous croise. Pourquoi faire des déclarations ? »

« Pour que je sois au courant de vos intentions à mon égard. Je peux très bien me tromper en interprétant votre attitude. »

« Bon, d’accord. Alors déclarez-moi quelque chose. Je ne vois pas pourquoi c’est moi qui devrais me découvrir en premier. A ce jeu, c’est toujours le premier qui prend des risques. Le second joue sur du velours. »

« On pourrait écrire des déclarations secrètes et s’échanger nos papiers de la main à la main. »