Archive pour le 20 décembre, 2015

Les Saturnales

20 décembre, 2015

« Dans l’Antiquité, il existait les fêtes des Saturnales. Au mois de décembre, on célébrait le Dieu Saturne, dieu de l’agriculture. On n’en fichait pas une rame, on se faisait des cadeaux. Pour le temps des fêtes, tout le monde était égal à tout le monde. Les rapports hiérarchiques étaient inversés. Les esclaves avaient le droit de critiquer les maîtres et de se faire servir par eux. »

« Intéressant point d’histoire. »

« Ce serait bien de réinventer les Saturnales. Nous pourrions allonger le pont de Noël en le faisant démarrer le 15 décembre. »

« Ce serait sympa, mais ça fait un bout de temps qu’on n’a pas entendu parler du dieu Saturne. Je pense qu’il est un peu vexé qu’on ne le fête plus. »

« Il faudrait s’excuser. Ce serait bien qu’il arrête de bouder. Pendant quelques jours, il n’y aurait plus d’enfants esclaves dans le monde. Au bureau, les chefs ne seraient plus les chefs. Je pourrais même donner des ordres à Dumollard qui serait obligé de les exécuter. »

« Oui, mais faites attention, il pourrait se venger cruellement à partir du mois de janvier. De toute façon, tous les Dumollard du monde sont totalement opposés au retour des Saturnales. Ils sont plutôt dans une perspective d’allongement de la durée de travail des salariés. »

« J’ai remarqué. Mais, on pourrait leur vendre les Saturnales comme un mode de management. Obliger les sous-fifres à être chefs pendant quinze jours, leur permettrait de se rendre compte de leurs nombreux soucis et de leur fatigue. Par suite, conscients de lourde charge que leurs supérieurs endossent, ils deviendraient plus indulgents à leur égard. »

« Euh… je ne suis pas sûr que Dumollard et compagnie voient ça d’un bon œil. Ils sont submergés de problèmes ardus, mais ils ne les quitteront pas. Même pour 15 jours. Sans compter qu’ils sont méfiants ; ils ne croiront pas que leurs esclaves leur rendront les rennes après avoir joué aux chefs pendant deux semaines. »

« C’est certain. L’ivresse du pouvoir fait des dégâts. Il y en a même qui sont complètement bourrés. Moi, je m’en fous, ça fait vingt ans que je suis à jeun et ça me va très bien comme ça. J’ai juste en vie d’un peu plus de congés pour sortir plus souvent des griffes de Dumollard. Finalement, même si on m’offrait la possibilité de commander Dumollard pendant 15 jours, je n’en voudrais pas. »

« Vous me donnez une nouvelle idée pour vendre les Saturnales au patronat. Comme les esclaves ne savent pas – par définition – gérer une affaire, l’entreprise aurait rapidement des difficultés économiques. Ce qui permettrait aux vrais chefs –en plus de leur vie remplie de soucis – de faire étalage de leur savoir-faire lorsqu’ils reprennent les manettes. A la suite de quoi, ils seraient littéralement vénérés par leurs subalternes qui prendraient conscience de leur propre prétention à vouloir faire les malins. »

« Je crois que le mieux serait de faire des Saturnales en restant chacun à sa place. »

« Ce serait moins aventureux. Si les salariés commençaient à admirer la compétence des chefs, ce serait le monde à l’envers. On serait très mal partis. »