Archive pour le 13 décembre, 2015

Normal !

13 décembre, 2015

 

« Je n’ai rien réussi dans mon existence. Mon bac, si peut-être. Et encore… pour la mention, il ne fallait pas compter sur moi. »

« Mais vous avez un job, une famille, des vacances… »

« Oui, en gros, j’ai réussi à faire comme tout le monde. Je ne suis qu’un être normal. Rien d’exceptionnel. »

« C’est déjà pas si mal que ça, ça s’appelle être correctement intégré dans la société. »

« Moi, j’appelle ça être intégré dans la banalité. Quand vous êtes normal, tout le monde trouve ça très bien. Vous me direz ce que vous voudrez, mais plus personne n’a d’ambition autre qu’être ‘correctement intégré’. »

« Mais vous avez réussi deux beaux enfants. »

« Eux aussi, ils sont normaux. C’est-à-dire qu’à quarante ans, ils se demanderont pourquoi ils ont raté leurs existences, pourquoi ne sont-ils que normaux ? »

« Bon, alors qu’est-ce que vous voudriez être ? Président de la République ? »

« Pour que tout le monde se fiche de ma figure, non merci bien…. Je voudrais être quelqu’un de créatif, prendre mon pied dans quelque chose…quoi ! »

« C’est sûr qu’avec votre petit manteau et votre petit auto, on ne va pas aller très loin dans la déviance. »

« Je suis normal. En plus… je me donne un mal de chien pour être normal. J’ai acheté un manteau pour l’hiver au-dessus de mes moyens, je suis endetté jusqu’au cou pour payer ma bagnole, sans compter les études des enfants… Je n’en reviens pas de ce que ça peut coûter d’être normal. »

« Le mieux, ce serait que vous fassiez une grande découverte en travaillant tard dans votre garage. »

« Mon pauvre ! Après une journée de travail, je suis fourbu. Je regarde le journal télévisé et hop ! Au lit ! Etre normal est très fatigant. On a même l’impression que le concept de normalité est conçu pour ne pas vous donner le temps d’être exceptionnel. »

« Vous me faites une petite dépression. »

« Vous allez me dire que c’est normal. Et voilà… je ne peux même pas m’offrir une dépression anormale. »

« Bon… alors regardez la misère du monde autour de vous. »

« Même ça, ça me gonfle. Je crois que des forces supérieures entretiennent la misère pour que les gens normaux soient heureux d’être normaux. Vous voyez, on n’en sort pas. »

« Vous vous sentez frustré de ne pas être ce que vous rêviez d’être. »

« Je sais, c’est normal. »