Archive pour le 10 décembre, 2015

Les corvées

10 décembre, 2015

« Je n’aime pas les corvées. Au lycée déjà, j’oubliais toujours mes affaires de gym. Pour la messe du dimanche, j’étais tout le temps malade.»

« Il y a pourtant des corvées inévitables. »

« Oui, c’est ce qui définit une corvée. Par exemple mettre le couvert quand je rentre d’une journée de travail. Ginette ne se rend pas compte que c’est au-dessus de mes forces. Je le fais quand même ! »

« Vous êtes un vrai héros. J’en connais tellement qui répondraient : tu vois bien que je suis fatigué ! »

« Oui, il parait même que Dumollard répond à sa femme : t’as qu’à le faire toi-même au lieu de donner tes ordres. Moi, je n’en suis pas encore là. On peut être marié tout en restant civilisé. Même quand il y a des corvées. »

« Et passer le dimanche chez votre belle-mère ? »

« Alors là, c’est la corvée des corvées. Comme je suis gentil, j’y vais quand même en prenant l’air enjoué. Mais comme je me force à prendre l’air enjoué, Ginette comprend que je ne suis pas aussi enjoué que ça et me demande pourquoi je fais la gueule. »

« C’est le problème de la corvée. La corvée, ou bien on réussit à l’éviter ou bien on l’accomplit en ayant le cœur rempli d’amertume et en se disant qu’on s’en serait bien dispensé. »

« Le mieux c’est de l’éviter, être amer c’est très mauvais pour la santé. C’est pour ça que je refile les réunions où je ne veux pas aller à mes subalternes en leur expliquant que, par leur présence, l’entreprise marque l’importance qu’elle attache aux dites réunions. »

« C’est un peu hypocrite ! »

« Pas autant que les manières de mes supérieurs hiérarchiques qui me refilent les réunions qui leur cassent les pieds. »

« Au Moyen-Age, les serfs étaient corvéables à merci. Eux au moins, ils n’étaient ni amers, ni hypocrites, ils étaient faits pour ça. »

« Par contre, ça, c’était inhumain. »

« Vous avez raison, il vaut mieux être humain, c’est-à-dire amers ou hypocrites. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? S’il y avait un job où chacun pourrait ne faire que ce qui lui plait, ça se saurait depuis longtemps. La corvée, c’est la vie. Certains pensent que la vie, c’est une corvée.  Voyons plutôt le bon côté des choses : la corvée, ça permet de ronchonner et d’exprimer ainsi son trop plein d’énergie refoulée. »

« Si vous êtes astucieux, vous pouvez en tirer profit. Quand vous avez accompli une corvée, vous pouvez  faire remarquer aux autres que vous n’hésitez pas à mettre les mains dans le cambouis et  donc qu’ils doivent en faire autant, ce qui vous offre la possibilité d’échapper à la prochaine corvée. »