Archive pour le 6 décembre, 2015

Lèche-bottes !

6 décembre, 2015

« J’aime bien travailler avec vous, monsieur le directeur. »

« Ah bon ? Moi, je n’aime pas trop travailler avec moi. Mais enfin, des goûts et des couleurs, ça ne se discute pas. »

« Vous êtes trop modeste. Avec vous, on se sent considérés. Nous ne sommes plus de simples pions dont le chef peut disposer à volonté. »

« Bon d’accord. On peut bosser maintenant, Dugenou ? »

« Oui, bien sûr. On sent que vous êtes tellement humain sous des dehors bougons. Vous avez dû avoir une vie difficile, vous ? »

« Non. Mon père était très riche. »

« Vous n’êtes pas comme Mollard qui ne pense qu’à son avancement. Les autres, il s’en fout. »

« Remarquez bien que mon avancement m’intéresse aussi. Ce n’est pas une raison pour se comporter en sauvage. »

« Avec vous au moins, on peut parler. C’est important de s’exprimer. On est écoutés, même quand on dit n’importe quoi. »

« Oui, j’ai remarqué que ça vous arrive. »

« Avec Mollard, il faut toujours se taire. En réunion de service, on entendrait une mouche voler. Avec vous, c’est le bazar, c’est donc beaucoup plus intéressant. »

« D’accord, mais si on pouvait éliminer les mouches, sans mettre la chienlit, ce serait encore mieux. Vous ne croyez pas ? »

« Je suis d’accord. Mollard n’a pas autant d’humanité que vous. A bas l’infantilisation des masses laborieuses !»

« J’essaie de traiter chacun en adulte responsable. Voilà tout. »

« C’est pour ça qu’on vous aime, chef. On vous suivrait n’importe où. D’ailleurs, nous avons bien fait sentir à Mollard que vous lui êtes infiniment supérieur. »

« C’est bien mon avis. »

« Et puis qu’est-ce qu’on se sent bien lorsque vous passez chaque matin pour dire un petit bonjour à tout le monde. C’est tellement plus chaleureux que dans le service de Mollard qui se cache derrière la porte pour surveiller nos horaires.»

« Bon d’accord, d’accord, Dugenou…. Euh…. j’ai des rendez-vous aujourd’hui, vous savez. »

« Pardon, je vous dérange. Nous savons que vous travaillez beaucoup. Vous nous donnez un fameux exemple. Tout le monde essaie de vous ressembler. En pure perte bien entendu. »

« Bien sûr, Dugenou. En attendant, apportez-moi mon café sans sucre, comme d’habitude. Et n’oubliez pas de vider ma corbeille à papiers. »