Archive pour le 3 décembre, 2015

Exprimer ses émotions

3 décembre, 2015

« J’ai des problèmes d’expression émotionnelle. »

« Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Quelques soient les circonstances, je fais toujours la même tête. Ça énerve les gens qui croient que je ne sais pas avoir de la compassion pour mon prochain. Moi-même, quand je me regarde, je ne sais pas dans quel état d’esprit je me trouve. »

« Vous pourriez vous accrocher une pancarte autour du cou pour indiquer aux autres si vous êtes joyeux, tourmenté ou si vous vous fichez complètement de la situation. »

« J’aurai l’air malin. On me jettera des tomates. Je ne veux pas être stigmatisé comme un dangereux malade. »

« Remarquez, vous avez un avantage : comme personne ne sait ce que vous pensez, vous pouvez utiliser cette arme déroutante dans la discussion. Si vous êtes insulté, votre air impassible montrera que vous avez du sang-froid et beaucoup de mépris pour les bassesses de vos adversaires. »

« Certes, mais enfin, je ne peux pas mépriser tout le monde. »

« Essayez d’utiliser vos membres. Quand vous êtes joyeux, battez des mains, quand vous êtes en colère, brandissez votre poing. Quand vous vous en foutez, un mouvement souple du poignet par-dessus l’épaule  fera l’affaire. »

« C’est bien, mais je ne peux pas passer mon temps à jouer au moulin à vent. J’aimerais aussi avoir l’air de quelque chose, de temps en temps. Par exemple, prendre l’air finaud – bien carré dans mon fauteuil – pour faire celui à qui on ne la fait pas. »

« Il faudrait avoir la paupière expressive. La vôtre ne dit pas grand-chose. Essayez plutôt de petits mouvements des lèvres pour dire votre exaspération devant les faibles arguments de votre interlocuteur. A défaut, soupirez légèrement. Normalement, ça va l’énerver et vous pourrez en profiter ! »

« Je vais essayer. Vous avez d’autres trucs ? »

« Si vous avez des lunettes, jouez-en. Par exemple, enlevez- les pour faire comprendre que vous en avez assez entendu. Si vous vous apercevez justement qu’elles ont besoin d’être nettoyées avec un mouchoir en papier, c’est encore mieux. Votre vis-à-vis va parler dans le vide un bon moment. »

« Et s’il crie ? »

« Vous avez une physionomie assez immobile, mais vous pouvez encore utiliser le haussement de sourcil. Bien manié, le haussement de sourcil peut faire des ravages. Il peut dire tout votre étonnement devant l’agressivité de votre adversaire alors que vous avez tout fait pour l’écouter attentivement. »

« D’accord, mais il reste le problème des yeux. Mon regard n’exprime rien du tout. »

« Peut-être n’avez-vous rien à dire. »