Archive pour le 1 décembre, 2015

Méfiance !

1 décembre, 2015

« Je me tiens à carreaux. »

« Qu’est-ce que vous avez fait ? »

« Moi, rien. Mais j’ai peur de tout. Alors, je ne fais pas mon malin. J’essaie d’être transparent. De ne pas me faire remarquer. »

« Mais de quoi avez-vous peur ? »

« De tout. De mon voisin, de la pollution, des impôts, des gendarmes, du patron…. Bref, de tous ceux qui m’attendent au tournant pour m’assaillir. »

« Vous devez être stressé. »

« Un peu. Mais l’essentiel, c’est de se fondre dans la masse. Je ne sais rien, je n’ai rien remarqué, je n’ai pas d’opinion… Je reste tranquille chez moi. »

« Le monde ne va pas aller loin avec vos principes. Il faut accepter la confrontation, sinon vous ne progresserez pas. »

« Je m’en fous. La vie n’est pas le Tour de France. Je n’ai aucune envie d’être le premier, moi je me contenterai d’arriver au bout. »

« Mais enfin… personne ne vous en veut ! »

« Tant que je n’en suis pas certain, je ne me découvre pas. Certains pourraient profiter d’un moment de relâchement confiant pour m’attaquer par surprise. »

« Vous ne faites confiance à personne ? »

« Surtout pas. C’est le seul moyen de ne pas être déçu. Si je vous demande l’heure, je ne suis pas sûr que vous me donniez la bonne, je préfère avoir une montre en état de marche. »

« Bien sûr que si, je vous la donnerai… »

« Non, ce n’est pas sûr. Vous pouvez m’envoyer balader, ou avoir peur de moi, ou bien me répondre n’importe quoi, ou bien avoir une montre qui ne marche pas… »

« Effectivement, il vaut mieux être sur ses gardes. Mais quand vous achetez du boudin chez votre charcutier, vous êtes bien obligé de lui faire confiance. »

« Vous voyez bien que je suis coincé de tous les côtés. Je ne peux même pas me défendre contre les tentatives d’homicide de mes commerçants. Le mieux serait que j’ai un testeur de boudin à ma disposition. »

« Mais il y a  certainement des gens qui vous veulent du bien. »

« Ouh là ! Je m’en méfie. Les gens qui vous veulent du mal n’attendent rien de vous. Une fois qu’ils vous ont massacré, ils vous laissent tranquille. Tandis que les gens qui vous veulent du bien, attendent quelque chose en retour de vous. »

« Et alors ? »

« Vous vous rendez compte : vous entrez dans la spirale infernale de la gentillesse ! »