Archive pour août, 2015

A notrerayon pâtisserie

10 août, 2015

Madeleine

Est d’origine tropézienne.

Souvent, elle se baignait dans la rivière.

Où elle comprit en un éclair sa vocation.

Elle devint religieuse.

Son père qui avait de la brioche

En resta baba.

Du coup, il se fit sacristain.

Sa sœur Charlotte

Avait de la galette.

Elle coulait la belle vie, le pieds dans ses chaussons.

Un peu de règles

9 août, 2015

« J’ai été mis dehors de tous les lycées de la région. Je vais écrire un guide des lycées. »

« Ah bon ? Avec le niveau des profs, le taux de réussite au bac, tout ça… »

« Non pas du tout. Ce sera un guide des à-côtés. Par exemple : y-a-t ’il assez de place dans la cour de récré pour jouer au foot ? La cantine est-elle convenable ? Le chef fait-il un couscous traditionnel ? Peut-on se cacher pour fumer ? Est-il possible de sortir en douce ?»

« C’est un guide pour chenapans. »

« Oui, mais c’est ça la vraie vie au lycée. C’est dans les marges que les enfants se socialisent. Vous ne croyez tout de même pas qu’ils se forment à la vie quand ils sont sagement assis au fond de la classe. »

« Pourtant certains pensent qu’il faut de la discipline pour former, éduquer, respecter les autres, assurer une cohésion du groupe. »

« Pas du tout. C’est lorsqu’il n’y a plus de règles qu’on commence à connaitre son prochain. D’ailleurs, ça se poursuit bien après le lycée. Au bureau, il est bien connu que l’on est plus à l’aise pour parler avec les autres devant la machine à café ou dans le local de la photocopieuse. C’est aussi pour ça que les patrons organisent des petites fêtes de temps en temps. »

« Tout de même, les règles sont faites pour qu’on puisse mieux vivre ensemble, se parler, travailler en groupe, etc… »

« Oui, sauf que les gens aiment mieux quand il n’y a pas de règles. Par exemple, allez se baigner avec les copains en zone interdite, c’est nettement plus dangereux, mais plus intéressant que d’étaler sa serviette sur la plage municipale. »

« C’est surtout les jeunes qui font ça. Ceux qui ont justement fait le mur au lycée ou fumé un joint dans les toilettes. »

« Pas du tout. Les anciens ne font pas mieux. Par exemple, les ménagères qui font la causette entre elles en bouchant les allées du supermarché avec leur caddies, tout en faisant semblant de ne pas voir que vous avez envie de passer, alors qu’il serait nettement plus courtois de se ranger sur le côté. »

« Ou alors les gens qui fument là où c’est défendu en se donnant l’air de se ficher complètement des règles établies. Leur cigarette a le goût de l’interdit… »

« …Donc de la vie, de la liberté. Je ne vous parle pas de ceux qui ne trient pas leurs déchets sous prétexte qu’on empiète sur leur liberté de vivre n’importe comment. »

« C’est vrai qu’à force de tout réglementer, les libertés individuelles sont menacées. »

« D’une autre côté, s’il n’y a plus de règles, on ne peut plus se donner le petit frisson de les transgresser, celui qui donne justement l’impression de ne pas succomber à la pression sociale. »

« Vous avez entendu parler de cette entreprise américaine dans laquelle les salariés viennent travailler quand ils veulent ? »

« C’est énervant, on ne peut même plus truander le patron sur les congés maladie… »

Liberté

7 août, 2015

A Libreville,

Pendant ses heures libres,

Il fréquente un libre-service,

Tenu par un libre-penseur,

Un peu libre échangiste.

Les deux hommes sont du même calibre.

Ils ont le sens de l’équilibre.

Ils défendent surtout leur libre arbitre.

Belle, belle !

5 août, 2015

Elle est si belle

Isabelle

Avec ses cheveux rebelles

Lorsqu’elle cueille des mirabelles,

Entourée de ses enfants : une ribambelle

Qui chantent des décibels

Tout en sortant la poubelle.

Tant pis : elle n’aura jamais le Nobel

Dans sa maison d’Aiguebelle.

Gagnants et perdants

4 août, 2015

« Dans la vie, il y a les gagnants et les perdants. C’est le genre de phrase idiote que j’entends souvent. C’est assez agaçant. Il faudrait l’interdire. »

« Je suis d’accord. Car à la fin, tout le monde perd. »

«A la fin, ceux qui ont l’habitude de perdre sont moins déstabilisés. Les soi-disant gagnants eux, ils sont un peu amers. »

« Bon, moralité : il vaut mieux être perdant de temps à autre, pour savoir comment ça fait. Et, en plus, ça montre qu’on n’est pas sectaire. »

« Oui, à condition d’être un petit peu gagnant de temps en temps, car j’aimerais aussi bien connaître l’impression qu’on a. »

« Malheureusement, c’est rare de passer de perdant à gagnant. Les gagnants protègent bien l’entrée de leur club. Par contre, on peut passer de gagnant à perdant, ça dérange moins les gagnants qui restent gagnants. »

« Il faudrait inventer le club des demi-gagnants. Ils gagneraient de temps en temps, mais il y aurait un tour de rôle obligatoire. Chaque perdant pourrait devenir demi-gagnant puis redevenir perdant pour laisser la place de demi-gagnant à un autre perdant. »

« C’est une solution qui aurait ses avantages, mais qui rend encore plus rigide la distinction entre perdants et gagnants. »

« Le plus simple serait de supprimer les gagnants. »

« Euh… non plus, je n’ai pas envie de vivre dans un peuple de perdants, j’ai déjà du mal à maintenir mon propre moral de perdant, alors s’il faut soutenir celui des autres… Supprimons plutôt les perdants. »

« C’est impossible. Si tout le monde est gagnant, il n’y a plus de jalousie. Moi, il faut que j’envie quelqu’un, que j’ai un sentiment d’injustice du destin à mon égard, ça me permet de rouspéter tranquillement. »

« Vous savez que l’envie est un péché capital ! Mais finalement, vous avez raison, gardons la distinction gagnant-perdant, comme ça tout le monde sera content. Les gagnants parce qu’ils sont gagnants. Et les perdants, parce qu’ils auront quelque chose à revendiquer. L’essentiel, c’est que chacun ait l’impression d’avoir le beau rôle. »

« Oui, tout le monde sera content au début. Et à la fin, tout le monde sera mécontent. C’est à portée de chacun de passer de content à mécontent. »

« Euh… toutes réflexions faites, le mieux ne serait-il pas qu’on évite d’inventer des catégorisations supplémentaires ? Il y en a assez comme ça. »

« Je suis d’accord. Les gagnants seront les gagnants, mais il faudra qu’on ne sache pas qu’ils sont gagnants. Eux-mêmes devront ne pas s’en apercevoir. De même les perdants seront peut-être les perdants, mais il sera interdit de s’en rendre compte et encore plus de le leur dire. »

« Bon, voilà du beau travail de fait. Nous avons œuvrés à la concorde nationale. »

Que d’eau !

3 août, 2015

Jules en a marre.

Il affronte une cascade d’ennuis.

Ses affaires sont en chute libre.

Ses projets tombent dans le lac.

Il dit que ça le gave.

Rien ne coule de source.

Sa femme se noie dans un torrent de larmes.

Mais il a un vague espoir de reprise.

Il va emprunter : ce n’est pas la mer à boire.

Il ne faut jamais dire : fontaine, je ne boirai pas de ton eau.

Emporté par la foule

2 août, 2015

« J’aime bien la foule. »

« Ah bon ? Comment ça se fait ? »

« Dans la foule, je n’ai pas besoin d’être intelligent. Par exemple, en boite de nuit, je peux dire n’importe quoi avec un grand sourire un peu con, personne ne m’entend. Comme je n’entends personne, il n’est pas nécessaire de se casser la tête pour entretenir une conversation de haut niveau. »

« Vous êtes content, comme ça ? »

« Oui, l’homme a besoin d’espace de délire. La foule est un lieu parfait. Dans les manifs, je peux crier mon mécontentement du gouvernement, personne ne viendra me demander des comptes. Au contraire, c’est un droit. »

« Si je comprends bien, vous êtes à l’aise quand vous êtes caché. »

« Oui, au stade, c’est pareil. Je peux envoyer tranquillement l’arbitre se faire voir, personne ne viendra me chercher des noises au milieu de 50 000 spectateurs. »

« Ce n’est pas très courageux. Vous n’oseriez pas insulter l’arbitre en tête-à-tête. »

« Surement pas. C’est un homme après tout. Un homme en tête-à-tête avec une foule, ce n’est pas comme un homme en tête-à-tête avec un homme. Dans le second cas, on est obligé de faire attention à ce qu’on dit : on est dans la conversation intelligente, entre individus civilisés. »

« Selon vous, il faut donc qu’il y ait des lieux de non-civilisation ? »

« Oui, il reste une part de bestialité dans la nature humaine. Il faut un endroit pour l’extérioriser. Comme le cirque au temps des romains. Cela peut être un concert d’un groupe à la mode. Là je me déchaine. Tout se passe comme si la musique électrisait la foule. En plus de délirer, on a besoin d’adorer une idole. C’est quasiment mystique… »

« Et écouter de la musique tranquillement chez vous, dans votre fauteuil, ce n’est pas mieux ? »

« Vous rigolez ? Comment pourrais-je me vanter sur Facebook d’avoir vu le concert des Enormous History en restant chez moi pour écouter Jean Ferrat ?. »

« Parce qu’il faut se vanter de délirer en groupe ? »

« Oui, sinon, vous êtes un vieil ours solitaire. Vous pouvez aussi raconter votre dernière soirée festive, celle où vous êtes monté sur la table en sous-vêtement pour amuser la compagnie. »

« Moi, j’aime bien les gens, mais on peut se comporter convenablement en groupe. Il m’est même arrivé de passer de bonnes soirées sans drogue, sans alcool, sans sexe. »

« NOoooN ? J’espère que vous n’êtes pas allé vous en vanter sur Facebook. En tous cas, moi je n’oserais pas. Délirer comme une bête, est une nécessité sur le plan individuel, faire savoir qu’on est capable de délirer, c’est une obligation sociale. »

Il fait des bonds !

1 août, 2015

J’abonde dans ton sens

James Bond

N’est pas encore moribond.

Il fait toujours des bonds,

Lorsqu’il est furibond.

C’est un vagabond

Qui n’est pas pudibond.

Mais ce n’est pas le Bon Dieu.

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