Fascinée

« Je me demande ce qu’elle me trouve. »

« En effet, il y a de quoi se poser la question. »

« Je suis moche, je n’ai pas d’argent, je suis très moyennement intelligent, je n’ai pas d’imagination et je vote à droite. »

« Le tableau est assez désespérant. Qu’est-ce qui peut bien l’attirer ? »

« Certes, j’ai changé ma raie de côté. Je l’ai mis en correspondance avec mes opinions politiques, mais ça me parait bien léger pour expliquer son intérêt. »

« Il parait qu’il se trouve des gens qui aiment la nullité. Souvent, l’insignifiance provoque un instant de sidération fatal. »

« C’est vrai qu’on n’a jamais vu un être masculin concentrer autant d’imperfections en une seule et même personne. Il y a de quoi être déstabilisé. »

« Les femmes ont parfois de ces perversités ! »

« Surtout elle. Elle trouve intéressant tout ce que je lui dis, même quand je ne lui dis rien. Il parait que j’ai des silences de haute tenue. »

« J’avoue que ça m’avait un peu échappé. »

« Moi aussi. Parfois, j’essaie de dire des choses brillantes pour que je m’admire autant qu’elle me vénère. Alors, elle semble confondue par mon brio, mais elle m’assure qu’elle me préfère encore quand je ne dis rien. »

« C’est un peu délicat d’entretenir une relation sans un mot. »

« Non, parce qu’il parait que j’ai une flamme dans l’œil droit qui en raconte long sur ma foi dans l’existence. Quand je suis bien réveillé, après onze heures du matin, mon regard est bouleversant d’humanité. »

« Vous êtes sûr qu’elle est normale ? »

« J’hésite encore sur ce point. Surtout quand je pense à mon manque de culture que j’essaie de dissimuler comme je peux avec des trucs que j’ai entendus au Journal Télévisé. Quand elle cite Virgile ou Montaigne, elle me dit que je sais très bien faire dévier la conversation. Mon agilité intellectuelle la consterne. »

« Bon, vous avez trouvé l’oiseau rare. »

« Pff… je ne sais pas. Ce n’est pas facile d’être adulés par des côtés imprévus qui auraient dû susciter la répulsion. Moi, je comptais surtout sur ma puissance musculaire pour l’impressionner. C’est comme ça que ça marche d’habitude. Eh bien, non ! Elle n’a même pas remarqué la vastitude de mes pectoraux. J’essaie pourtant de porter des tee-shirts moulants. » 

« Vous êtes mal barré ! »

« Le pire, c’est qu’elle admire ma mère d’avoir mis eu monde un truc pareil. »

Une Réponse à “Fascinée”

  1. jaclyn dit :

    Une sacré histoire!

    Dernière publication sur Pas de nouvelles bonnes nouvelles : Une secrétaire en péril (Episode 40: Autour du monde)

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