Archive pour le 20 août, 2015

Lire un visage

20 août, 2015

« Je sais lire les expressions sur les visages, mais alors vous … C’est bizarre ! C’est quoi ce rictus du côté droit. »

« C’est que je suis content de la vie. »

« Ce n’est guère engageant, on a l’impression que vous avez mal aux dents. Si vous êtes heureux, il faudrait que vous ayez le regard rayonnant. Là, ça ne rayonne pas beaucoup. Et puis les joues roses aussi. Là, vous ne rosissez pas. »

« Et là, qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Vous avez le front plissé, même au repos. Si on ne vous connait pas, on pourrait penser que vous réfléchissez beaucoup. Moi, je crois que plutôt que tout le monde vous embête. Au moindre contact humain, vous vous demandez comment vous en débarrasser. »

« Bon, je vais essayer d’avoir le visage avenant. »

« Non plus. Dans le coin de l’œil gauche, il y a une petite lueur qui dit que vous aimeriez bien que j’arrête mes âneries. »

« Pas du tout, je vous trouve sympathique, d’ailleurs, j’ai des petites rides au coin de l’œil qui me donnent un certain air de complicité envers vous. »

« Votre air de complicité, il est immédiatement démenti, par vos lèvres en cul de poule et le menton qui se mobilise dans tous les sens, soutenu par des mouvements de mâchoire énergiques. »

« Oui, mais mes oreilles vous écoutent avec attention. »

« Les oreilles, ça ne compte pas, elles n’ont pas beaucoup d’expressivité. Surveillez plutôt vos narines. »

« Qu’est-ce qu’elles ont mes narines ? »

« Elles palpitent. Votre tension intérieure est trahie par vos narines. »

« Mais l’ensemble de mon visage est ouvert à ce que vous me dites, n’est-ce pas ? »

« Non, vous blêmissez à vie d’œil. Vous avez sûrement envie de me casser la figure. Mon cas ne s’arrange pas. »

« Et mes cheveux, qu’est-ce qu’ils vous disent mes cheveux ? »

« Comme vous vous débrouillez pour être chauve, j’en déduis que vous avez peur d’être trahi par votre capillarité. Vous avez donc des choses à cacher. »

« Vous m’énervez un peu. Vous, vous avez l’air arrogant et supérieur. Je ne sais pas si c’est vos fosses nasales ou vos pattes d’oie qui me le disent, mais il y a quelque chose qui me dit que vous êtes un prétentieux. »

« On voit bien que vous ne savez pas lire les expressions du visage. Il n’y a pas plus modeste que mon humble personne. D’ailleurs, observez donc ma paupière droite légèrement affaissée qui me donne un regard d’une grande humilité. »