Archive pour le 11 août, 2015

La vieille France

11 août, 2015

« Vous êtes un peu vieille France ! »

« C’est vrai. J’aimais le temps où le facteur passait deux fois par jour. On pouvait espérer de bonnes nouvelles toute la journée. »

« Maintenant avec les e-mails, vous avez plein des bonnes nouvelles ou alors de mauvaises, toute la journée. »

« Certes, mais trop c’est trop. Ça supprime le plaisir d’attendre en espérant. C’est comme téléphoner. Téléphoner à l’époque de la vieille France, c’était un véritable défi. Il fallait faire la queue à la Poste. Quand on avait la chance d’avoir un combiné entre les mains et un interlocuteur au bout du fil, on ne disait pas n’importe quoi comme les jeunes de maintenant. »

« Aujourd’hui, vous pouvez joindre les vôtres n’importe où, n’importe quand. »

« Oui, mais ça supprime le plaisir de les imaginer. Que font mes enfants ? Ma femme pense-t-elle à moi ? Et mes clients où sont-ils ? »

« Bon, si je comprends bien, vous préférez imaginer les choses plutôt que de les connaitre. »

« Si tout est trop facile, il n’y a plus de charme. Par exemple, dans le temps, l’homme prenait le temps de faire sa cour à la jeune fille. L’approche lente excitait son désir. Maintenant, c’est deux mots, un verre et hop ! Là ! Boum ! Vous trouvez ça  bien ? »

« C’est qu’aujourd’hui, nous n’avons plus de temps à perdre. »

« Euh… remarquez que, d’un autre côté, la vie devient plus compliquée. Autrefois, on pouvait se garer n’importe où dans les rues, sans se donner la peine de chercher un parcmètre. Ce qui évitait de s’énerver en constatant qu’on n’avait pas la monnaie nécessaire. » 

« Peut-être, mais enfin, avec Internet, vous n’êtes même plus obligé de vous déplacer pour faire vos achats. »

« Ce qui supprime le plaisir de la discussion avec le marchand. Avant on pouvait négocier, maintenant le seul pouvoir du consommateur, c’est d’appuyer sur un bouton. »

« Aujourd’hui, nous avons une infinité de chaines télévisuelles, c’est quand même un grand progrès ! »

« Non, beaucoup sont nulles. Et puis, d’une chaine à l’autre, on voit les mêmes chanteurs, les mêmes feuilletons américains, les mêmes infos… On se demande où est le progrès. Dans le temps, il y avait une chaîne. Les programmes n’étaient peut-être pas toujours terribles, mais on ne donnait pas au téléspectateur  l’impression qu’il pouvait choisir… »

« Bon… c’est tout ? »

« Non, j’aimais bien aussi une heure du jour : 16 h30… c’était le moment ou les mamans se retrouvaient devant la grille de l’école pour attendre leurs gamins à la sortie des classes. On discutait, on partageait les informations. Aujourd’hui, ce sont les nounous d’un autre quartier qui attendent ou alors les gamins rentrent chez eux tout seul. Une clé autour du cou. »

« Je reconnais que ça manque un peu de convivialité. »

« Oui, on ne peut pas attendre son gamin par Internet. D’ailleurs, on ne peut pas faire autant de choses que ça sur Internet. Si je dis du mal de mon voisin par Internet, ça laisse des traces alors que dans le temps on pouvait médire tranquillement en faisant la queue dans les magasins. Ou à la poste. »