Archive pour le 2 août, 2015

Emporté par la foule

2 août, 2015

« J’aime bien la foule. »

« Ah bon ? Comment ça se fait ? »

« Dans la foule, je n’ai pas besoin d’être intelligent. Par exemple, en boite de nuit, je peux dire n’importe quoi avec un grand sourire un peu con, personne ne m’entend. Comme je n’entends personne, il n’est pas nécessaire de se casser la tête pour entretenir une conversation de haut niveau. »

« Vous êtes content, comme ça ? »

« Oui, l’homme a besoin d’espace de délire. La foule est un lieu parfait. Dans les manifs, je peux crier mon mécontentement du gouvernement, personne ne viendra me demander des comptes. Au contraire, c’est un droit. »

« Si je comprends bien, vous êtes à l’aise quand vous êtes caché. »

« Oui, au stade, c’est pareil. Je peux envoyer tranquillement l’arbitre se faire voir, personne ne viendra me chercher des noises au milieu de 50 000 spectateurs. »

« Ce n’est pas très courageux. Vous n’oseriez pas insulter l’arbitre en tête-à-tête. »

« Surement pas. C’est un homme après tout. Un homme en tête-à-tête avec une foule, ce n’est pas comme un homme en tête-à-tête avec un homme. Dans le second cas, on est obligé de faire attention à ce qu’on dit : on est dans la conversation intelligente, entre individus civilisés. »

« Selon vous, il faut donc qu’il y ait des lieux de non-civilisation ? »

« Oui, il reste une part de bestialité dans la nature humaine. Il faut un endroit pour l’extérioriser. Comme le cirque au temps des romains. Cela peut être un concert d’un groupe à la mode. Là je me déchaine. Tout se passe comme si la musique électrisait la foule. En plus de délirer, on a besoin d’adorer une idole. C’est quasiment mystique… »

« Et écouter de la musique tranquillement chez vous, dans votre fauteuil, ce n’est pas mieux ? »

« Vous rigolez ? Comment pourrais-je me vanter sur Facebook d’avoir vu le concert des Enormous History en restant chez moi pour écouter Jean Ferrat ?. »

« Parce qu’il faut se vanter de délirer en groupe ? »

« Oui, sinon, vous êtes un vieil ours solitaire. Vous pouvez aussi raconter votre dernière soirée festive, celle où vous êtes monté sur la table en sous-vêtement pour amuser la compagnie. »

« Moi, j’aime bien les gens, mais on peut se comporter convenablement en groupe. Il m’est même arrivé de passer de bonnes soirées sans drogue, sans alcool, sans sexe. »

« NOoooN ? J’espère que vous n’êtes pas allé vous en vanter sur Facebook. En tous cas, moi je n’oserais pas. Délirer comme une bête, est une nécessité sur le plan individuel, faire savoir qu’on est capable de délirer, c’est une obligation sociale. »