Archive pour juin, 2015

Il faut un débat

18 juin, 2015

« Bon, on va faire un débat ! »

« A quoi ça sert, puisque vous êtes pour et moi contre. A la fin, vous serez toujours pour et moi, toujours contre ! »

« Ce n’est pas sûr. Qu’est-ce qui vous empêcherait de me convaincre ? »

« Je n’ai pas envie de vous humilier devant tout le monde. Et vous n’avez pas envie de m’humilier non plus. »

« On peut faire ça élégamment. Vous pouvez me dire que vous comprenez mes arguments et que vous les respecter, puis dire le contraire. »

« C’est un peu pervers. Moi, je préfère dire que vous avez bien tort de ne pas être de mon avis et que vous avez de la chance de m’avoir rencontré pour vous remettre dans le droit chemin. »

« Une telle arrogance va m’énerver et me renforcer dans mon opinion au lieu d’adopter la vôtre. »

« Ecoutez, à la fin, il faut nécessairement qu’une opinion l’emporte sur l’autre. »

« Non, pas forcément. Pour sauver l’amour-propre de chacun, on peut faire comme à la télé. Le débat commence calmement et à la fin, chacun parle sur l’autre, plus personne n’y comprend rien et on ne peut donc pas dire qui a gagné. »

« Remarquez que si mes arguments vous gênent, on peut dire comme à la télé aussi qu’on aura le temps d’en reparler, tout en sachant très bien qu’on évitera soigneusement d’en reparler. »

« Donc un débat ça sert à confronter des opinions à condition que personne ne l’emporte sur personne pour ne pas être vexant et éviter ainsi un pugilat généralisé. »

« C’est, à peu près ça. Si ça dégénère, ce n’est plus un débat, c’est une bataille rangée. »

« Si je me rends compte que vos arguments sont meilleurs que les miens, je ne vais tout de même pas m’avouer vaincu et vous dire que vous avez bien raison et moi, bien tort. »

« Non, ça, c’est une attitude d’une profonde honnêteté, réservée à des esprits supérieurs. Quelle que soit la tournure du débat, vous devez vous acharner à défendre votre position. A la rigueur, si vous vous sentez déstabilisé, vous pouvez m’insulter un peu. Mais pas trop pour éviter la bagarre. Le mieux, c’est d’ironiser en trouvant quelque chose de gênant sur moi. »

« Non, le mieux serait qu’on soit du même avis. »

« Oui, mais alors, il n’y a plus de débat. »

« Donc résumons-nous : le débat, c’est pour permettre à deux individus d’opinions contraires de se confronter sachant qu’ils resteront du même avis après le débat, qui aura produit néanmoins une plus-value non négligeable puisque les deux protagonistes se seront légèrement poignardés. »

« Vous en avez de bonnes, il faut bien que je vous parle pour constater que vous n’êtes pas du même avis que moi, sinon je risque de me tromper sur votre compte et vice-versa. »

Le Roi

17 juin, 2015

Dans son quartier, Georges est le King.

Il porte toujours un smoking.

Il se balance dans son rocking-chair,

En dégustant des pommes starking.

Il dit qu’il descend des Vikings

Qui, jusque chez lui, firent un trekking

Et qu’il sera bientôt invité à Buckingham.

En attendant, il dort sur le parking.

L’oisiveté n’est pas un vilain défaut

16 juin, 2015

« Désolé de vous déranger ! »

« Je vous en prie, vous ne me dérangez pas. »

« Si, si ! Je vois bien que vous étiez en train de réfléchir. Et moi qui m’amène, comme ça avec mes gros sabots, sans rendez-vous. »

« Vous ne me dérangez pas. J’étais en train de ne rien faire. »

« Comment ça ? Vous aussi ? Moi, ça m’arrive souvent de ne rien faire, mais je n’ose jamais le dire. C’est très mal vu dans notre société. »

« Faites comme moi. Prenez des poses. Téléphonez à n’importe qui en prenant l’air inquiet. Buvez du café en regardant votre montre. Promenez-vous d’un pas pressé. »

« Je vous remercie de vos conseils. Je ne sais jamais comment ne rien faire. C’est rassurant. Finalement, ceux qui ne font rien forment peut-être une vaste confrérie dont chacun des membres ignore l’autre puisque notre société interdit l’oisiveté. »

« C’est exact. Il faudrait peut-être imaginer un code secret pour se reconnaitre. Peut-être une certaine vacuité dans le regard. »

« Non, ce n’est pas possible. Il peut y avoir confusion. Le regard vide d’expression, ça désigne les gens très intelligents ou alors les politiciens. On pourrait adopter les mains dans le dos. C’est très symbolique : quand on a les mains dans le dos, on ne risque pas d’être débordé d’occupations. »

« C’est pas mal, en effet. On serait une confrérie secrète. Il y aurait un serment d’entraide à l’entrée. Chacun serait tenu d’aider son frère lorsqu’il a du mal à ne rien faire. »

« Quand nous serons assez nombreux, nous sortirons de l’ombre pour montrer au Monde, l’importance du culte de l’oisiveté. »

« Oui, si tout le Monde se tournait les pouces, il y aurait moins de violence, moins d’accidents, moins de guerre. Les gens ne se rendent pas compte de tous les malheurs qu’évite le tournage de pouces. »

« Ils ne savent pas que le meilleur moyen d’éviter de prendre de décisions désastreuses, c’est de ne pas en prendre. »

« Certains politiciens l’ont bien compris, mais on voit bien qu’ils n’osent pas afficher leur appartenance à notre confrérie. Il faudrait qu’il fasse leur coming-out. »

« Oui, beaucoup trop de frères sont prisonniers des conventions sociales et sont obligés de faire semblant d’être surbookés ! »

« Dans notre programme, il ne faudra pas oublier la formation des jeunes esprits. Un cours d’oisiveté dès l’entrée en CE2 serait le bienvenu. »

« Remarquez, certains gamins  sont naturellement doués très tôt, mais les parents ne les encouragent pas assez et ils finissent par perdre leur compétence. »

Beurk !

15 juin, 2015

Dans sa famille, il était le vilain petit canard

Laid comme un pou,

Un véritable cauchemar !

Aujourd’hui, il habite un taudis sordide

Chez lui, c’est un vrai cloaque

La soupe est infecte.

Son chat est une bête immonde.

C’est un ignoble personnage.

Honte ?

14 juin, 2015

« J’ai honte de rien. Je collectionne les coupons de réductions. A la caisse, j’arrive avec des pleines poignées de bons et j’oblige la caissière à les traiter. Dans la file d’attente, les gens s’énervent. »

« Moi, j’achète n’importe quoi à n’importe quel prix. J’ai les moyens, alors je m’en fous. Je n’ai pas honte non plus. »

« Parfois, je resquille dans le bus ou dans le train. S’il y a des contrôles, je dis que je n’ai pas d’argent, les agents me font un PV que je ne paie jamais. Je n’ai pas honte. C’est du temps et de l’énergie perdu, c’est tout ! »

« Moi, c’est tout vu : en ville, je prends ma voiture. Personne ne me contrôle. Je pollue, mais ça m’est égal. C’est honteux, mais je n’ai pas honte. »

« Et vous cacher dans vos nombreuses niches fiscales, ça ne vous fiche pas la honte ? Vous payez autant d’impôts que moi qui n’en paie pas. »

« Non, je n’ai toujours pas honte. C’est le plus malin qui a raison. On est dans une société sans foi ni loi, c’est comme ça. C’est tout. C’est comme mes déchets, je ne trie pas. Je ne vais tout de même gâcher mes week-ends à mettre les mains dans ma poubelle. »

« Moi, non plus, je ne trie pas. Mais j’ai moins de mérite que vous. Avec le fric que vous avez, vous achetez plus que moi. Donc, je produis moins de déchets. Je devrais avoir une prime. »

« Vous ne me donnez toujours pas honte. C’est comme mon inculture : je ne lis pas, ça me fiche mal au crâne ; je ne vais pas au ciné, ça me fait perdre mon après-midi, les visites au musée me font mal aux jambes. Je regarde les trucs débiles et pas fatigants à la télé. Je ne vois pas pourquoi j’aurais honte : tous les gens que je connais en font autant. »

« Moi aussi, je ne lis pas, je ne vais ni dans les cinés ni au musée. Je n’ai pas les moyens. Je me cultive aussi avec les émissions de télé-réalité et j’écoute les actualités pour savoir ce qu’il faut penser des grands problèmes du monde. »

« Et la famille ? C’est important la famille ! Eh bien, non je n’arrive pas à me taper les visites chez la belle-mère du dimanche après-midi. Je fais la gueule, ma femme me fait la gueule, mais ça n’a pas d’importance. »

« Moi, ma belle-mère a encore moins de fric que moi. C’est très pénible de côtoyer la misère des autres.  A côté de leur dénuement, je pourrais avoir presque honte de ma pauvreté… enfin dans un autre monde. Parce que dans celui-ci, je suis bien trop occupé à survivre pour avoir honte de quoique ce soit. »

« Vous avez raison. S’il fallait que j’ai honte de ma richesse relative, j’y passerai mon temps. Je n’ai pas que ça à faire. Il faut que je profite à fond de mon passage sur Terre. »

« Pourtant, il parait qu’il faut se dévouer au bien collectif… enfin c’est ce que certains disent ! »

« Ah bon ? C’est nouveau, ça. Parce que si tout le monde se dévouait à l’intérêt collectif, on ne serait pas dans la mouise, la société serait plus agréable à vivre.

Arc-en-ciel

12 juin, 2015

Enfant, Maurice aimait jouer aux cow-boys et aux  peaux-rouges.

Il adorait aussi l’histoire d’Henri IV, le vert-galant.

Plus tard, il étudia la cuisine et devint un cordon-bleu.

Pour réussir ses plats, il avait quelques gris-gris.

Ce n’était plus un blanc-bec.

Il se faisait bronzer aux ultra-violets.

Il construisit sa fortune en vendant des presse-oranges

Et des grille-marrons.

Programme électoral

11 juin, 2015

« Je vais m’abstenir. Vos programmes électoraux me donnent la nausée. »

« Ah bon ? Vous êtes sévère ! »

« De toute façon, dès que vous serez élu, vous ferez ce que vous voulez et non pas ce que je veux. »

« Vous êtes contre la réduction des impôts ? »

« Ça dépend. Si mes impôts sont bien employés, je veux bien en donner plus. Vous présentez toujours les impôts comme une charge, mais ça sert aussi à construire des équipements pour chacun. »

« Et le chômage, vous n’allez pas me dire que vous êtes pour le chômage ? »

« Pourquoi pas ! Si on demandait à chacun ce qu’il a envie de faire ? Peut-être que les gens seraient plus heureux d’aller bosser, plutôt que d’accepter n’importe quoi ! »

« Je vois ce que c’est, Monsieur est pour le bonheur sur Terre. Un rêveur, quoi ! Un peu gauchiste, en plus ! Et le taux de croissance qu’est-ce que vous en faites ? »

« Rien, tant que j’ai un toit sur la tête et un bifteck dans mon assiette, qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que le taux soit 0.4  ou 0.5 % »

« Bon, prenons le problème autrement. Vous avez l’air en bonne santé. Mais ça coûte cher la santé, je propose de réduire le budget de la santé, tout en maintenant la qualité des soins. »

« Peut-être, mais je vais voir le docteur Mouchalait à chaque rentrée, je ne vois pas bien comment vous allez réduire ma visite, ni comment vous allez réduire le docteur Mouchalait. »

« Le problème, c’est que vous êtes un citoyen moyen. Moi, je raisonne sur l’ensemble de la population. C’est différent. Il faudrait que vous soyez un peu moins centré sur vos intérêts. Pensez un peu aux autres ! »

« Eh ! Voilà, c’est moi qui ai encore tort ! Tout le monde défend son bout de gras ! Si vous croyez que les notaires ou les pharmaciens pensent à moi ! »

« Euh… peut-être pas, mais il faudrait que quelqu’un commence à penser aux autres, sinon nous n’allons pas à sortir. »

« D’accord, donc je vote pour vous si vous vous engagez à faire savoir aux riches qu’il faut penser à moi. »

« Euh… il ne faut pas oublier que nous avons besoin de l’argent des riches pour investir dans l’avenir du pays. Je suppose que l’avenir de vos enfants vous intéresse ? »

« Ça recommence … Vous voulez faire des trucs à condition que je n’en bénéficie pas et si je rouspète, c’est moi qui est fautif ou traité d’égoïste ! Et en plus vous jouez sur le sentiment d’affection que j’ai pour mes enfants ! Je suis outré ! »

« Vous êtes un électeur compliqué. On vous fait des belles envolées sur la patrie, la liberté, la fraternité et vous ramenez tout à vous ! »

« Euh… oui. Je vais faire un effort. Je vote pour vous si vous dites publiquement que vous n’avez aucun programme et que vous essayerez simplement de faire pour le mieux. »

Super !

10 juin, 2015

Il dit tout  le temps : super !

Jeremy ne sait pas calculer la superficie d’un carré.

C’est un être superficiel

Qui passe son temps au supermarché

Pour acheter le superflu.

Il se croit supérieur aux autres.

Une espèce de superbe

Superman.

C’est une supercherie.

Silence français

9 juin, 2015

« Je n’insiste pas, vous m’avez compris… n’est-ce pas ? »

« Non, pas vraiment. »

«  Mon message subliminal est clair. »

« Il est tellement subliminal, qu’il m’a un peu échappé. Ce n’est pas clair du tout. »

« Vous trouverez certainement les éléments de langage, Mollard. Je me fie à vous. Vous voyez sûrement ce que je veux dire. »

« Non, toujours pas. »

« Il faut savoir lire entre les lignes. »

« Pour moi, c’est mieux quand c’est écrit. »

«Il y a des moments où il faut savoir se comprendre d’un simple haussement de sourcils. Economisons les grandes phrases creuses. »

« J’ai toujours rien compris même en haussant les sourcils. »

« Pourtant, mon sourire en coin en dit plus long qu’un grand discours. »

« Je ne comprends pas toujours vos discours, alors vos sourires en coin… »

« Bon ! Mollard ! Entre nous, je vous ai dit  ça… je ne vous ai rien dit, évidemment. »

« Ah bon ? Il me semble pourtant que… »

«Soyez discret, mes paroles pourraient être mal interprétées par des personnes malveillantes. »

« Ce serait dommage en effet… »

« Je suis content de vous, Mollard. J’ai tellement d’autres collaborateurs qui font semblant de ne pas comprendre ce que je dis. Suivez mon regard… »

« Je suis, je suis…mais vous regardez votre tasse à café. »

« Mollard. J’ai besoin de votre avis sur beaucoup de sujets. Il faut que nous soyons transparents entre nous. Vous avez une très belle capacité d’écoute, ça me change de tous ces bavards. Il faut que nous nous parlions plus souvent. »

« Ce serait mieux. »

« Vous comprenez vite, surtout mes silences éloquents. J’aime bien la subtilité des vôtres. Ce n’est pas donner à tout le monde. »

« Euh… on pourrait essayer des silences bavards… »

« Ecoutez Mollard, je compte sur vous pour faire passer mes messages à Dugenou et à son équipe. Eux ne comprennent rien quand je parle. J’ai l’impression de siffler dans un violon. Je parle français tout de même ! »

Irma dispute tout le monde

8 juin, 2015

C’est Noël. Irma a enguirlandé son sapin.

Son chat était sale, elle lui a secoué les puces.

Son gamin ne s’était pas lavé, elle lui a passé un savon.

Le pantalon de son mari tombait sur ses pieds, elle lui a remonté les bretelles.

Puis elle a baptisé ses deux perroquets en leur donnant des noms d’oiseaux.

Avant de partir, elle a appelé sa mère pour lui dire deux mots.

Ensuite, elle a remis le téléphone en place.

Enfin, elle a pu se rendre à l’église pour sonner les cloches.

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