S’engager ?

« Moi je ne prends pas parti sur le plan politique. »

« Vous n’êtes pas courageux. Moi, je m’engage à fond pour mon parti. »

« Prendre parti, ça oblige à défendre coûte que coûte ce que décident les instances du parti. Certes, elles vous écoutent, mais elles font ce qu’elles veulent. Si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes prié de vous aligner quand même, et de payer votre cotisation. »

« C’est normal ! C’est la démocratie ! Il faut savoir être solidaire d’un groupe ! Finalement, vous n’êtes qu’un orgueilleux ! »

« C’est possible, mais en étant seul de mon propre parti, je ne risque pas d’être en désaccord avec me direction. J’applique ce que j’ai décidé. »

« Est-ce aussi sûr que ça ? Ça vous arrive sûrement d’être en désaccord avec vous-même. Et puis savez-vous ce qui est bon pour vous ? »

« Peut-être que non. Mais quand je me trompe, je ne suis pas obligé de poursuivre dans la même voie, au seul motif qu’il s’agit des décisions du parti. »

« C’est bien ce que je pensais, vous ne pensez qu’à vous. Mais que faites-vous de la vie collective ? La question, ce  n’est pas seulement ce qui est bien pour vous, mais aussi ce qui est bon pour le groupe auquel vous appartenez. »

« Vous, je sens que vous vous sacrifierez volontiers pour la collectivité. »

« Je ne sais pas, mais il ne s’agit pas forcément de se sacrifier. Il s’agit par exemple de savoir comment on répartit les ressources dans la société. »

« Vous ne craigniez pas, par exemple, que sous couvert de vouloir le bien collectif, vos chefs de parti aient le seul objectif d’accéder au pouvoir. »

« Euh… c’est un peu le but, car mais c’est le seul moyen de mettre en œuvre nos idées. »

« Surtout les leurs. Et puis être d’un parti, ça veut dire démolir systématiquement l’autre, même s’il a de bonnes idées. Ce n’est pas une attitude intellectuelle très constructive. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Moi, j’essaie de contribuer à l’accession au pouvoir de mon parti, je ne vais tout de même pas contribuer à la victoire des autres. »

« Vous avez tort : quand vous serez au pouvoir, les gens critiqueront ce que vous faites, pour la seule raison qu’ils aiment bien râler. Finalement, vous aurez gagné, mais aussi gagné le droit de vous faire écrabouiller à l’élection suivante. »

« Et alors ? Encore une fois, ça s’appelle la démocratie, monsieur ! On est d’un côté ou de l’autre, on se bat, et on perd ou on gagne, c’est comme ça. Ceux qui ne prennent pas parti en pensant qu’on peut mettre tout le monde d’accord sont au mieux des naïfs, au pire des intellectuels. »

« Moi, je ne prends pas parti ou plutôt je suis du parti de ceux qui n’aiment pas les caractériels qui estiment avoir toujours raison. »

« C’est bien ce que je disais …. Un intellectuel, quoi. »

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