A l’assaut !

« Moi, j’appelle un chat un chat. Je n’ai pas peur d’être très clair. »

« Pas moi. J’aime bien entretenir une ambiance de doute et de mystère autour de moi. »

« Vous vous rendez compte ? C’est très gênant pour les autres.»

« C’est un fait exprès. Personne ne sait ce que je pense. Même pas moi-même, parfois. C’est un système de défense. »

« Et vous êtes content de vous ? »

« Le problème n’est pas d’être content ou pas content. Le problème, c’est de se défendre contre les agressions. Les gens sont obligés de prendre des précautions pour m’aborder car ils n’ont aucune idée de mes réactions. J’ai le temps de les voir venir de loin. »

« C’est comme au Moyen-âge. Vous vous enfermez dans votre château fort et vous observez l’ennemi qui arrive à fond de train dans la plaine avant de piétiner sous vos murs en se demandant comment ils vont vous attaquer. »

« C’est exactement ça. Si vous êtes tout le temps clair avec les autres, c’est comme si vous abaissiez le pont-levis pour laisser entrer le tout-venant. »

« Vous n’avez jamais imaginé qu’on puisse vous aborder sans vouloir vous attaquer. »

« Et le drapeau blanc ? C’est fait pour les chiens ? Rien n’empêche de négocier dans le respect mutuel. Je convaincs alors les assaillants d’aller porter le conflit chez le voisin. Tout le monde y gagne, sauf le voisin. »

« Je voulais dire qu’on peut très bien parler des relations humains autrement qu’en termes guerriers ! »

« Absolument. Je peux très bien m’entendre avec mon assaillant, former une coalition avec lui sur la base d’un contrat librement consenti et aller attaquer le voisin pour lui prendre son bien. »

« Vous ne comprenez rien. De toute façon, on est sorti du Moyen-Age aujourd’hui. Plus personne n’attaque son voisin. »

« Vous avez raison : les grandes firmes s’entendent entre elles pour ne laisser aucune chance aux petites et aux consommateurs, c’est beaucoup mieux qu’à l’époque médiévale. Au bureau, je me suis entendu avec Dugenou pour traiter les dossiers intéressants sans Mollard. »

« Donc vous avez été très clair avec Dugenou… »

« Non, je maintiens une ambiance un peu mystérieuse entre nous pour qu’il sente que je pourrais très bien changer de camp. Le doute sur ce que je vais faire ou ce que je pourrais faire, c’est mon arme favorite. »

« Ce qui est clair, c’est que vous n’êtes qu’un vieux pervers. »

« Même pas, tout le monde en fait autant. Par exemple, Mollard m’a laissé entendre qu’il a invité Dugenou à diner pour que je me perde en suppositions à propos de ce qu’ils ont pu se dire. »

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