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Honte ?

14 juin, 2015

« J’ai honte de rien. Je collectionne les coupons de réductions. A la caisse, j’arrive avec des pleines poignées de bons et j’oblige la caissière à les traiter. Dans la file d’attente, les gens s’énervent. »

« Moi, j’achète n’importe quoi à n’importe quel prix. J’ai les moyens, alors je m’en fous. Je n’ai pas honte non plus. »

« Parfois, je resquille dans le bus ou dans le train. S’il y a des contrôles, je dis que je n’ai pas d’argent, les agents me font un PV que je ne paie jamais. Je n’ai pas honte. C’est du temps et de l’énergie perdu, c’est tout ! »

« Moi, c’est tout vu : en ville, je prends ma voiture. Personne ne me contrôle. Je pollue, mais ça m’est égal. C’est honteux, mais je n’ai pas honte. »

« Et vous cacher dans vos nombreuses niches fiscales, ça ne vous fiche pas la honte ? Vous payez autant d’impôts que moi qui n’en paie pas. »

« Non, je n’ai toujours pas honte. C’est le plus malin qui a raison. On est dans une société sans foi ni loi, c’est comme ça. C’est tout. C’est comme mes déchets, je ne trie pas. Je ne vais tout de même gâcher mes week-ends à mettre les mains dans ma poubelle. »

« Moi, non plus, je ne trie pas. Mais j’ai moins de mérite que vous. Avec le fric que vous avez, vous achetez plus que moi. Donc, je produis moins de déchets. Je devrais avoir une prime. »

« Vous ne me donnez toujours pas honte. C’est comme mon inculture : je ne lis pas, ça me fiche mal au crâne ; je ne vais pas au ciné, ça me fait perdre mon après-midi, les visites au musée me font mal aux jambes. Je regarde les trucs débiles et pas fatigants à la télé. Je ne vois pas pourquoi j’aurais honte : tous les gens que je connais en font autant. »

« Moi aussi, je ne lis pas, je ne vais ni dans les cinés ni au musée. Je n’ai pas les moyens. Je me cultive aussi avec les émissions de télé-réalité et j’écoute les actualités pour savoir ce qu’il faut penser des grands problèmes du monde. »

« Et la famille ? C’est important la famille ! Eh bien, non je n’arrive pas à me taper les visites chez la belle-mère du dimanche après-midi. Je fais la gueule, ma femme me fait la gueule, mais ça n’a pas d’importance. »

« Moi, ma belle-mère a encore moins de fric que moi. C’est très pénible de côtoyer la misère des autres.  A côté de leur dénuement, je pourrais avoir presque honte de ma pauvreté… enfin dans un autre monde. Parce que dans celui-ci, je suis bien trop occupé à survivre pour avoir honte de quoique ce soit. »

« Vous avez raison. S’il fallait que j’ai honte de ma richesse relative, j’y passerai mon temps. Je n’ai pas que ça à faire. Il faut que je profite à fond de mon passage sur Terre. »

« Pourtant, il parait qu’il faut se dévouer au bien collectif… enfin c’est ce que certains disent ! »

« Ah bon ? C’est nouveau, ça. Parce que si tout le monde se dévouait à l’intérêt collectif, on ne serait pas dans la mouise, la société serait plus agréable à vivre.