Archive pour mai, 2015

La reine et le diable

11 mai, 2015

La reine porte son diadème.

De son regard diaphane,

Elle observe le Diable

Avec lequel elle a entamé un dialogue

Dans son dialecte.

Il lui est opposé, diamétralement.

Ils ne sont pas au diapason.

Aussi le diable regarde-t-il la reine en diagonale.

Avant de porter son diagnostic.

Je suis d’accord !

10 mai, 2015

« Moi je suis copain avec tout le monde. Je suis d’accord avec tout le monde. Allez-y ! Vous allez voir ! »

« Ce n’est pas très courageux. Vous manquez de personnalité. »

« Je suis absolument d’accord avec vous. Je n’ai pas le courage de mes opinions. D’ailleurs, je crois que je n’ai pas d’opinion. A quoi ça sert ? »

« Une opinion n’a pas à servir ou ne pas servir. Ce n’est que l’expression de votre réflexion sur un sujet particulier. »

« Encore OK ! Mais plutôt que de perdre du temps à me faire une opinion, j’acquiesce à l’opinion des autres ! »

« Mais que se passe-t-il quand vous rencontrez deux opinions différentes ? »

« Je change d’opinion pour être en accord avec mon interlocuteur du moment ! C’est très simple ! Tout le monde fait ça ! »

« Il y a quand même des gens qui savent construire leur propre opinion. »

« Ah bon ? Ce sont des gens compliqués ! Moi, j’aime bien répondre aux sondages parce que l’enquêteur vous présente deux ou trois opinions. Il n’y a pas besoin de se creuser le ciboulot pour les fabriquer, il suffit de choisir dans les opinions des autres. »

« Mais enfin qu’est-ce que ça vous rapporte d’être toujours d’accord avec tout le monde ? »

« Une grande popularité à la cantine. Je ne me bats avec personne ; comme je ne suis pas très imposant physiquement, ça m’arrange. En plus, les gens m’invitent facilement à diner chez eux. Comme je dis comme eux sur n’importe quel sujet, je les renforce dans leur conviction d’avoir raison. Et ils m’inviteront de nouveau. »

« Et vous êtes content comme ça ? »

« Oui. La seule difficulté, quand je rencontre un nouveau venu, c’est qu’il me livre son opinion avant que je puisse donner la mienne. Si, je parle le premier, je suis obligé de rester dans le vague. Mais j’ai suivi des cours de langue de bois. »

« Personne ne vous a jamais reproché de vous ficher de la figure du monde ? »

« Non, pourquoi ? Je dis aux gens ce qu’ils veulent entendre pour la bonne raison qu’ils viennent de le dire eux-mêmes. Il suffit de reformuler un peu. Par exemple, si vous me dites que le printemps est pluvieux, je vous réponds que, dans notre région, le climat du mois de mars est souvent humide. D’ailleurs, l’an dernier déjà, nous avions eu beaucoup de pluie…. Je n’en sais rien, mais je viens de vous confirmer dans votre opinion sur le printemps… »

« Bon. Et quand il s’agit d’aller voter, vous faites comment ? »

« Je regarde les résultats des derniers sondages dans les journaux pour faire comme tout le monde. »

« Mais le vote est secret. Vous ne faites plaisir à personne en votant comme la majorité supposée. »

« Ah ! Vous voyez que je ne cherche pas systématiquement à faire plaisir aux autres ! »

Les bêtes pas bêtes

9 mai, 2015

Il ne court pas plusieurs lièvres à la fois.

Il n’est pas myope comme une taupe.

Avec son œil de lynx

Il est rusé comme un renard

Et travailleur comme une fourmi.

Lorsqu’il a une faim de loup

Il fouine partout.

Il ne s’agit pas de lui faire des coucous de trop près.

Quel blaireau !

Boum !

8 mai, 2015

Jules est charcutier. Voilà vingt ans qu’il est rentré dans le lard.

Il va parfois au bistro pour taper le carton et boire un coup.

Il passe au tabac pour acheter ses cigares.

Puis va voir le forgeron qui bat le fer quand il est chaud.

Mais quelqu’un a abimé le portrait du père de Jules

Qui est tombé sur le  front de son fils en lui tapant dans l’œil.

Jules s’est cogné la tête contre le mur en le raccrochant.

Sa patience s’en est trouvé heurtée.

Libertés ?

7 mai, 2015

« La société s’empare de vous. »

« Qu’est-ce que c’est encore que cette idée ? Je suis libre… »

« Non. Vous devez aller à l’école, c’est une obligation. Jusqu’à seize ans et vous débrouiller pour décrocher un diplôme. Sinon, vous êtes stigmatisé : vous êtes un décrocheur. »

« Il faut bien que les enfants sachent lire et compter et apprennent à vivre en collectivité. C’est un des progrès de la civilisation. »

« Je ne dis pas le contraire. Le progrès est une suite de privations de libertés. Vous avez une contrepartie, ça vous permet de ne pas penser à votre emprisonnement. L’écolier accède au savoir, sans forcément s’en rendre compte tout de suite, mais c’est un acquis. Le salarié se prive de liberté 7 à 8 heures par jour moyennant une contrepartie salariale plus ou moins satisfaisante. »

« Euh… on peut faire des choses sans contrepartie, par exemple le bénévolat…. »

« Non, on en tire quand même un regain d’estime pour soi-même, ce n’est pas négligeable. On pourrait dire qu’on est tous prisonniers de l’opinion qu’on a de nous-même. »

« Ce n’est pas très encourageant votre truc… »

« Tout le monde sait que la société nous tient sous son joug par le biais de la consommation. Vous achetez ce que la pub vous dit d’acheter en vous expliquant que tous vos voisins l’ont déjà acquis et que vous allez passer pour un naze si vous ne l’avez pas. Il y a une double domination : celle du poids de la collectivité qui utilise celle de votre orgueil personnel. C’est comme si vous étiez enfermé derrière deux grilles. »

« Pff… c’est tout ? »

« Non, il y a pire. La société est cruelle. Elle vous donne parfois l’illusion de votre liberté. Ce n’est qu’un mirage, mais vous en êtes tellement content que vous payez pour en bénéficier. »

« Vous délirez ! »

« Non, c’est le rôle des congés payés, par exemple. Vous vous payez très cher un grand moment de liberté qui ne durera pas, vous le savez et vous en êtes d’autant plus amer quand vous rentrez en prison. Mais il y a encore plus insidieux. Pour se sentir libre, il faut être en mesure d‘extérioriser ses sentiments : la joie, le rire, l’envie, la jalousie … La télé vous permet non pas de le faire, mais de regarder les gens qui vivent ces situations
pour vous permettre de vous identifier à eux et de vivre une liberté virtuelle. »

« C’est la téléréalité ! »

« Exactement. On ne vous offre pas un moment de liberté, mais on vous donne la possibilité de regarder ce que ça pourrait être. C’est de la liberté imaginée. C’est cher et c’est un procédé lamentable pour vous empêcher de jouir par vous-même d’un sentiment de liberté réelle. »

« Euh… vous exagérez. On peut aussi regarder autre chose. »

« Oui, par exemple, les émissions où tout le monde rigole en même temps. Assis dans votre canapé, vous rigolez tout seul, bêtement, et vous avez l’impression de participer à un moment de rigolade entre copains. »

Nos mauvais poèmes

6 mai, 2015

La pluie tombe drue

Sur le lac de Paladru.

Peut-être va-t-il connaître une crue ?

Qui l’eut cru ?

Peut-être ma bru

De la science aquatique, elle est férue.

Elle vend du muguet dans la rue.

Là-bas, près de la grue,

Où se tient un homme ventru

Et quelques malotrus.

Bien informé !

5 mai, 2015

« Vous vous êtes disputé avec votre femme. »

« Comment vous le savez ? »

« Mais, mon pauvre avec les nouvelles technologies, on sait tout de ce qui se passe chez les autres. Je sais même que vous regardez des films pornos le samedi soir pendant que Madame est sortie avec ses copines. »

« Co… Comment ? Quelle indiscrétion ! Vous m’espionnez derrière votre fenêtre ! Honte à vous ! »

« Je n’en ai pas besoin. Avec les réseaux sociaux, on est très bien informé. Remarquez, je me demande pourquoi je m’informe sur votre vie privée, elle est absolument sans intérêt, mais enfin je n’ai rien d’autre à faire. La vie privée de mon autre voisin Dugenou ne vaut pas mieux. Il passe son temps à jouer à la belote dans son club de retraités. Qu’est-ce que j’en ai à faire, je vous le demande ? »

« J’en sais rien, mais j’aimerais bien que ces tentatives d’espionnage cessent ! »

« Le mieux, ce serait que vous me racontiez vos secrets de vive voix parce que, de toute façon, je vais les apprendre. Ce serait plus sympa. »

« Non mais ça va pas ? D’abord, je n’ai aucun secret. Je n’ai rien à me reprocher, moi ! »

« Même pas vos visites sur le site d’une cartomancienne ? Vous croyez dans ces trucs-là, c’est complètement ridicule ! »

« Bon, puisque c’est comme ça, je vais interdire l’utilisation d’Internet chez moi. C’est un vrai scandale. Est-ce que je vais mettre mon nez dans vos affaires, moi ? »

« Vous ne pouvez pas. Moi, je verrouille mes informations à double tour. Il faut être un sacré hacker pour faire sauter toutes mes protections. »

« Si je comprends bien, ce sont les meilleurs informaticiens qui prennent le pouvoir ? Vous savez que je ne vous aime pas ? »

« Oui, je le sais. Vous avez écrit à Dugenou que je suis un connard dans un mail mémorable que j’ai affiché dans ma salle de bains. »

« Vous avez accès à mes mails ? »

« Evidemment, c’est le B.A.BA ! Sinon, comment pourrais-je connaitre votre activité quotidienne ? Vous voyez bien que le mieux serait que vous vous mettiez à table et que vous me racontiez tout. »

« Vous colporteriez mes infos dans le quartier ! »

« C’est déjà fait. Dugenou est un excellent relais d’information.  Le bureau de tabac fonctionne aussi très bien comme chambre d’écho. »

« Et alors ?»

« Votre week-end à Marrakech avec votre maîtresse à susciter beaucoup de commentaires ! »

Rien du tout

4 mai, 2015

Armand et Max sont tous les deux des zéros

Ils font match nul.

Ils frisent le néant.

Leurs regards sont vides.

Ils sont absents de toute conversation.

Leur culture est inexistante.

Autour d’eux, c’est le désert.

Ce sont bien des moins que rien.

Les voyages

3 mai, 2015

« Vous avez remarqué ? Nous sommes dans une société où il faut aimer les voyages. Avoir envie de rester à la maison, c’est mal. »

« Oui, il faut connaître d’autres populations pour s’ouvrir l’esprit. Qu’est-ce que vous voulez apprendre chez vous ? »

« Moi, j’ai une riche vie intérieure que je n’ai pas fini d’explorer. »

« Peut-être, mais en attendant, vous passez pour un benêt. Vous ne connaissez rien d’autre que le canapé de votre salon. »

« Je suis à la recherche des raisons de mon existence. Ce n’est pas en faisant la queue au guichet des gares ou des aéroports que je vais les trouver. »

« Et quand vous aurez découvert le motif pour lequel vos parents vous ont mis sur terre, qu’est-ce que vous comptez en faire ? »

« Je serai content et fier de moi. Enfin…. Plus que de coucher deux ou trois nuits dans un aéroport en attendant la fin de la grève des avions. »

« Certes, il y a des impondérables dans la vie de tous les jours, mais justement, c’est ça la vraie vie. Vous êtes dans le courant d’un fleuve dont vous ignorez l’origine et la destination, et vous n’avez pas d’autre choix que de ramer comme vous pouvez. »

« Euh…moi, je préfère être sur la rive et regarder les autres pagayer. »

« Ce n’est guère courageux. Et puis vous ne favorisez pas l’industrie touristique, ni l’économie de certains pays pauvres qui ont besoin de l’argent des touristes. »

« « Et voilà, j’en étais sûr ! Quand on refuse de s’insérer dans un système mercantile, on a forcément tort. Moi, j’ai des réflexions sur la vie qui n’ont pas de prix. »

« Il y a des philosophes qui voyagent, même en rencontrant des difficultés. Je dirais même que, plus leur voyage est difficile, plus ils sont contents puisque ça leur donne matière à réflexion. Un voyage qui se passe trop bien, n’est pas un vrai voyage. Vous n’avez rien à raconter en rentrant. C’est comme si vous étiez dans votre fauteuil, mais ailleurs. »

« Moi, j’aime autant être dans mon fauteuil, mais chez moi. »

« Vous ne comprenez rien. S’il était possible de découvrir la raison d’une existence humaine, il y a longtemps que ça se saurait. En restant chez vous, vous êtes inutile à la collectivité et à vous-même. Vous ne découvrirez rien du tout, sinon votre profonde affection pour l’oisiveté. »

« Nous y sommes ! Ce que j’aime, c’est l’oisiveté. Le reste me fait mal partout. Pour voyager, il faut penser à beaucoup trop de choses : passeport, billets, vaccins, vêtements chauds, qui va m’emmener à l’aéroport, etc…… Pourquoi les gens aiment-ils se faire du mal ? »

« Parce qu’ils ont envie d’explorer les limites du monde avant de mourir. C’est fatigant, mais c’est enrichissant, on devient plus intelligent. Enfin… plus que vous avec votre vie intérieure. »

« Je peux les inviter sur mon divan, nous pourrions discuter de leur vie. »

« C’est beaucoup moins exotique et excitant qu’une promenade en plein désert à dos de chameau. A portée de fusil des rebelles. »

Leçon de solfège

3 mai, 2015

Malgré son mal de dos,

Maurice vit sur l’île de Ré

Où il nourrit les oiseaux de mie de pain.

Maurice n’est pas un fat.

Parfois, il s’étend sur le sol

Car il est las

De pêcher des poissons-scies

Dans un baquet d’eau.

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