Archive pour mai, 2015

Changer

21 mai, 2015

« Pensez-vous changer votre personnalité ? »

« Je ne sais pas. J’hésite. Pourquoi changer ? Je ne me dérange pas. »

« Euh… vous dérangez peut-être les autres. »

« Ce n’est pas très important. Moi, je ne me dérange pas. Et puis si je change de personnalité, je risque de tomber sur pire. »

« Ce n’est pas grave. Vous pourrez toujours revenir à l’ancienne si la nouvelle ne vous plait pas. »

« C’est bien beau, mais comment fait-on pour changer ? Il n’y a pas de magasin. »

« Non. Il faut réfléchir sur soi-même. Qui suis-je vraiment ? Mes manières d’être sont-elles conformes à ce que je suis ? »

« Vous estimez donc que nous jouons un rôle qui peut ne pas correspondre à ce que nous sommes ? »

« On en est tous là. »

« C’est compliqué. Moi, je ne me souviens pas avoir choisi un rôle. Je suis peut-être vraiment moi, comment le savoir ? »

« Le problème, c’est que vous ne choisissez pas de jouer un rôle… »

« Alors qui choisit ? »

« Votre inconscient ou alors votre subconscient… Enfin, je n’en sais rien ! Un truc que vous ne maitrisez pas vraiment … »

« Vous voulez dire que je suis plusieurs et qu’il y en a un qui s’est amusé à me faire jouer un rôle sans me demander mon avis. »

« C’est à peu près ça, sauf qu’il peut avoir choisi pour vous défendre contre votre environnement par exemple. »

« Je suis assez grand pour me défendre tout seul ! »

« Tout seul, vous n’existez pas. Vous avez forcément une personnalité. C’est comme une paire de baskets, il faut que vous vous sentiez bien dedans. Si vous avez mal au pied, il vous faut une autre paire.  C’est pour ça que je vous posais la question d’un changement. »

« Le  problème, c’est que si je change, je reconnais que ma personnalité précédente était nulle. Ce n’est pas comme des baskets. Tout le monde se fiche du fait que je me sois trompé de pointure de chaussures. »

« Vous avez raison. Mais en changeant de personnalité, vous passez pour un homme qui sait reconnaitre ses erreurs. C’est noble ! »

« Encore faut-il que les autres remarquent que je suis noble, sinon c’est moi qui passe pour un être versatile, un type qui change de personnalité pour un oui ou un non. Limite dangereux. »

« Et alors ? Mieux vaut-être quelqu’un qui sait s’adapter qu’un vieux crouton enkysté dans ses certitudes quotidiennes. »

« Bon, je vais changer par petites touches pour changer tout en ayant l’air de ne pas changer. Comme ça j’aurais l’air de savoir m’adapter sans me renier. »

Soudaineté

20 mai, 2015

Sur le coup de midi,

Tout à coup,

Sans coup férir,

Sans à-coup,

D’un seul coup,

Comme par un coup de baguette magique,

En deux coups de cuiller à pot,

Il coupe le brouillard au couteau.

 

Une bonne initiative

19 mai, 2015

« Votre initiative est intéressante, Dugenou. »

« Je crois, en effet, que c’est une excellente opportunité de développement pour l’entreprise. »

« Cependant, je réserve mon avis. Avez-vous pris l’attache de toutes les parties ? Qu’en pense le siège ? »

« Le président est en congés, mais dès son retour… »

«Voyez-vous, je suis d’un avis mitigé. D’un côté, oui. De l’autre, non. »

« Pourtant, j’ai examiné tous les aspects du problème. »

« Il faut tenir compte du contexte, Dugenou. Le contexte, c’est important ! »

« Certainement, monsieur le directeur. Tous les indicateurs sont au vert. »

« Et puis s’agit-il vraiment d’une priorité ? Il faudrait regarder comment tout ça peut s’inscrire dans mon plan stratégique ! »

« Absolument. Je pense même qu’il va booster votre plan stratégique. »

« Il me faudrait plus d’informations, Dugenou. Organisez-moi une petite réunion avec les relations humaines et le marketing. »

« C’est-à-dire que les ressources humaines sont débordées et le marketing en stage. Ne craignez-vous pas un peu de retard, monsieur le directeur ? »

« De toute façon, moi je ne suis pas libre avant trois mois. Profitez-en pour affiner votre dossier, structurez-le. Il faut le structurer, Dugenou. C’est important de structurer. Rien ne sert de se précipiter sur la première solution. »

« Oui, mais enfin, nous aurions intérêt à être plus réactifs… »

« Et puis avons-nous réellement les moyens de faire ce que vous dites ? Le siège n’arrête pas de rogner sur notre budget. »

« Justement, avec ma solution, nous gagnons du temps et de l’argent, monsieur le directeur. »

« C’est parfait, Dugenou. Je vois que vous avez bien compris l’axe principal de mon plan stratégique. Nous allons faire du bon travail ensemble. »

« Et alors pour mon dossier..  »

« Je vais y réfléchir, Dugenou. Je vais en parler en hauts lieux. Il serait bon de prendre exemple sur ce qui a été fait en Allemagne. Les allemands sont très forts, vous savez. »

« Oui, ils sont forts dans beaucoup de domaines, mais nous pourrions leur couper l’herbe sous le pied en nous installant sur ce micro-marché ! »

« Ah, vous êtes impétueux, Dugenou ! Bravo, j’aime ça ! Vous me rappelez ma jeunesse, mais avec l’âge vous verrez, on apprend à prendre du recul sur l’évènement ! »

« Si je comprends bien, mon idée ne vous intéresse pas ! »

« Dugenou ! Je n’ai jamais dit ça ! L’entreprise a besoin de vos innovations. Je souhaite que nous prenions le temps. Euh… un détail : si ça marche, c’est moi qui aura eu l’idée, évidemment ! »

Hé ! Ho !

18 mai, 2015

Théo

Est un géographe

Qui a tourné une vidéo

Sur la météo

Son frère Léo

A étudié les léopards

Dans son paréo

L’autre frère, Féodore

Est un béotien

Pétri de douleurs ostéoarticulaires.

Doit-on avoir des sentiments au boulot ?

17 mai, 2015

« Je suis un grand romantique. »

« Ah, je vois ce que c’est, monsieur fonctionne à l’affectif et au baratin. Il ne faut pas bousculer monsieur en le mettant face aux dures réalités de la vie. En un mot, monsieur n’est pas très courageux ! »

« Pas du tout. Le romantique, c’est un être qui prête attention aux sentiments. Tout le monde a un sentiment même en considérant un tas d’immondices. Contrairement à ce que vous pensez, il n’y a pas grand-chose de plus connecté à la réalité que le sentiment. »

« Ce n’est pas comme ça qu’on avance. Moi, quand j’ai un problème, je ne fais pas appel à mes sentiments, je mets en marche une démarche rationnelle. Au bureau, les romantiques, ce sont les velléitaires, ceux qui ont des états d’âme au lieu d’avancer dans l’action. »

« Nous y voilà ! Pas de sentiment ! On écrase tout au passage au nom de la raison. Et le sentiment de bien-être ? Vous en faites quoi ? »

« Les gens sont payés pour bosser contents ou pas contents. S’ils ont un sentiment de bien-être, c’est mieux, mais ce n’est pas indispensable. D’ailleurs, je vous signale au passage qu’il y a une manière efficace d’éprouver un sentiment de bien-être, c’est d’être du côté de ceux qui donnent des ordres plutôt que proche de ceux qui les exécutent. »

« Vous n’avez jamais imaginé qu’on travaille mieux quand on aime ce qu’on fait. »

« Le sentiment c’est comme l’argent. Il y a des privilégiés qui peuvent s’y abandonner et les autres qui suivent comme ils peuvent. Ces derniers doivent exercer leur trop plein de sentimentalisme ailleurs. Avec leur conjoint, leurs enfants, leurs voisins…. N’importe qui, on s’en fiche. Mais pas quand on bosse. »

« On ne peut pas comprendre ce qui anime une personne si on ne tient pas compte de ses sentiments. »

« Je n’ai pas le temps de comprendre qui que ce soit. Un salarié a des objectifs, c’est la seule chose qui doit compter. Euh…. si vous y tenez, il y a des sentiments qui me conviennent très bien : l’envie de dominer, l’estime de soi, le goût de l’argent et du pouvoir… »

« Ce sont à  peine des sentiments. Ou alors des sentiments assez vils, un peu animaliers. Nous voilà revenu au modèle d’une horde de loups. C’est le plus fort qui commande. Non pas qu’il soit le plus compétent, mais il est le plus fort tout simplement. Plus fort, au sens où vous l’employez veut dire qu’il ignore les sentiments, les siens et ceux des autres. Le plus fort, c’est donc celui qui manque d’intelligence des situations. »

« Résumons-nous. Vous considérez que chacun devrait faire ce que lui commandent ses sentiments avec ceux vers lesquels inclinent ses sentiments…. Le chômage n’est pas prêt de se résorber avec vous ! »

« Nous sommes d’accord. Vous venez d’admettre implicitement que le travail est une souffrance parce qu’il faut que chacun mette ses sentiments de côté en franchissant la porte de l’entreprise. Cette souffrance prouve – a contrario – que nous sommes plus commandés par nos sentiments que par la raison. Je ne pense pas qu’il y ait de solutions, à part pour une minorité de privilégiés. Pour le reste, c’est la loi naturelle qui s’impose : l’Homme est sur terre pour souffrir. »

« De quoi vous plaignez-vous ? Vous ne chassez plus le dinosaure pour survivre. »

Quelles familles !

16 mai, 2015

De mères en filles,

Elles étaient escort-girls

Et non pas call-girls

Parfois elles dansaient avec les Blues Belles Girls

De pères en fils,

Ils étaient boy-scouts

Puis cow-boys

Et un peu play-boys.

Rien du tout

15 mai, 2015

Armand et Max sont tous les deux des zéros

Ils font match nul.

Ils frisent le néant.

Leurs regards sont vides.

Ils sont absents de toute conversation.

Leur culture est inexistante.

Autour d’eux, c’est le désert.

Ce sont bien des moins que rien.

Les déficits

14 mai, 2015

« Tout le monde est en déficit : la Sécu, l’Etat, la SNCF….moi…. Tout le monde est en déficit et les banques continuent imperturbablement à prêter de l’argent ! C’est comme si je vous prêtais 100 euros en sachant très bien que je ne les reverrais pas. »

« Euh… non, les banques récupèrent du fric par ailleurs ! Sur les frais bancaires, par exemple ! »

 « Si tout le monde est en déficit, il y a bien quelque part des gens qui sont en excédent ! »

« Les riches étrangers, peut-être, mais pas nous. »

« On est donc tous les objets de l’étranger, c’est gai ! »

« Il faut savoir s’endetter pour faire fonctionner l’économie. C’est un devoir national. »

« Je préfèrerais que l’économie ne fonctionne pas et que je ne sois pas endetté, ça me stresse. En plus, ça brise mes ambitions. Non seulement mes comptes en banque sont en déficit, mais je suis aussi en déficit d’ambition. »

« C’est normal. Comme vous n’avez plus un rond, vous ne pouvez plus avoir d’ambition. Contentez-vous d’être médiocre. »

« L’ambition est donc aussi réservée aux riches étrangers ? »

« Euh… oui, eux, il ne sont pas en déficit de modestie… »

« Bon, d’accord… alors je pars à l’étranger pour devenir riche. »

« J’en étais sûr : vous voilà atteint d’un déficit de patriotisme. C’est très grave. »

« L’excédent de patriotisme, c’est pour les riches ? »

« Non, ça c’est un truc qui est pour tout le monde, ça ne s’achète pas, mais ça a beaucoup de valeur. »

« Bon alors, qu’est-ce que je fais ? »

« Vous restez endetté en France, d’ailleurs si vous pouviez emprunter encore un peu plus, tout en payant vos impôts évidemment. »

« Evidemment ! J’y pense : je souffre aussi d’un déficit de considération de la part de tout le monde : ma famille, mes chefs, le gouvernement… »

« C’est normal. Au-delà d’un certain taux d’endettement, vous cumulez les déficits de toute nature. Vous n’avez pas, par exemple, à faire preuve d’un excès de confiance en l’avenir. »

« Pourtant un peu de considération, ça ne coûte pas cher ! »

« Si ! Pour être considéré par votre voisin, il faut qu’il ait l’impression que vous pouvez lui être utile. Alors vous, avec votre situation financière… »

« C’est vrai ! J’oubliais : je souffre également d’un déficit d’image, d’un déficit de crédibilité, d’un déficit de légitimité… Et vous, vos déficits, ça va ? »

« Euh… je vis à l’étranger avec mon argent, mais je suis plutôt dans les excédents d’ennuis. Je suis sollicité de toutes parts. L’argent ne fait pas le bonheur. »

« Je vous signale que les déficits, non plus. »

A notre rayon habillement

13 mai, 2015

Julia croyait avoir trouvé chaussure à son pied.

Mais vivre avec Jules était une autre paire de manches.

Car Jules regrettait les jupes de sa mère.

Dans le couple, c’est elle qui portait la culotte.

Jules changeait d’avis comme de chemises.

Aujourd’hui, Julia a le moral dans les chaussettes.

Elle est habillée pour l’hiver.

Elle refuse de prendre une autre veste.

Une réforme scolaire

12 mai, 2015

« Les enfants s’ennuient à l’école. »

« C’est normal. L’ennui est une matière comme le français ou les maths. Il faut l’apprendre pour le domestiquer. »

« Il faudrait leur donner envie d’apprendre en s’amusant. »

« Non. Ils doivent apprendre à s’ennuyer pour affronter la vie. Ils auront l’occasion de s’ennuyer dans les réunions de service hebdomadaires, devant les émissions débiles de la télé, en écoutant les discours politiques, pendant les déjeuners du dimanche chez les beaux-parents… Vous voyez, il faut les préparer ! »

« Il faut renouveler la pédagogie pour qu’ils aient envie de s’instruire. »

« S’instruire est une obligation. S’ennuyer est une nécessité pour accéder au savoir. C’est comme si vous vouliez franchir la ligne d’arrivée d’une course sans souffrir avant. S’amuser est enfantin, souffrir est adulte. »

« Et comment fait-on pour enseigner l’ennui ? »

« On émet des discours et des cours qui n’ont aucun rapport avec le quotidien, mais qui élèvent l’âme et l’esprit. A partir de là, il y a trois catégories d’élèves : ceux qui n’ont pas une grosse activité dans le quotidien et qui trouvent ça intéressant, ceux qui pensent à autre chose pendant le cours, et ceux qui font semblant de s’intéresser. Ce sont ces derniers qui réussiront le mieux pendant la vie. »

« Pardon ? »

« Oui, savoir s’ennuyer passe par l’apprentissage du ‘faire semblant’. Lorsque vous vous ennuyer dans vos réunions de service, vous ne pouvez pas le dire de but en blanc à votre chef, vous êtes bien obligé de faire semblant de vous intéresser. »

« Vous n’êtes guère motivant. »

« Mais si ! Vous ne comprenez rien. S’ennuyer permet de mieux goûter au sel de la vie quand il se présente. C’est en vous coltinant un certain nombre de navets que vous pourrez apprécier un bon film à la télé, quand – par hasard – une chaîne veut bien en diffuser un ! »

« Les enfants préfèrent nettement les bons moments aux moments d’ennui ! »

« C’est bien le problème. Il faudrait organiser les choses. On pourrait imaginer un cours d’une heure pendant laquelle ils ne feraient strictement rien. Après ça, ils seront tous contents de se mettre au boulot et hop ! On en profite alors pour leur coller une heure de maths ! »

« C’est ingénieux, vous croyez que le Ministre adoptera ? »

« Non, et c’est bien dommage. On pourrait aussi lui faire remarquer que la forme maximale de l’ennui, le spleen, a été popularisée par les romantiques du XIXe siècle et Baudelaire, c’est une solide référence. Les élèves pourraient se pencher sur ce mal-vivre alimenté par un désœuvrement généralisé. Ils seraient mieux armés pour affronter les déjeuners du dimanche chez belle-maman. »

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