Archive pour le 17 mai, 2015

Doit-on avoir des sentiments au boulot ?

17 mai, 2015

« Je suis un grand romantique. »

« Ah, je vois ce que c’est, monsieur fonctionne à l’affectif et au baratin. Il ne faut pas bousculer monsieur en le mettant face aux dures réalités de la vie. En un mot, monsieur n’est pas très courageux ! »

« Pas du tout. Le romantique, c’est un être qui prête attention aux sentiments. Tout le monde a un sentiment même en considérant un tas d’immondices. Contrairement à ce que vous pensez, il n’y a pas grand-chose de plus connecté à la réalité que le sentiment. »

« Ce n’est pas comme ça qu’on avance. Moi, quand j’ai un problème, je ne fais pas appel à mes sentiments, je mets en marche une démarche rationnelle. Au bureau, les romantiques, ce sont les velléitaires, ceux qui ont des états d’âme au lieu d’avancer dans l’action. »

« Nous y voilà ! Pas de sentiment ! On écrase tout au passage au nom de la raison. Et le sentiment de bien-être ? Vous en faites quoi ? »

« Les gens sont payés pour bosser contents ou pas contents. S’ils ont un sentiment de bien-être, c’est mieux, mais ce n’est pas indispensable. D’ailleurs, je vous signale au passage qu’il y a une manière efficace d’éprouver un sentiment de bien-être, c’est d’être du côté de ceux qui donnent des ordres plutôt que proche de ceux qui les exécutent. »

« Vous n’avez jamais imaginé qu’on travaille mieux quand on aime ce qu’on fait. »

« Le sentiment c’est comme l’argent. Il y a des privilégiés qui peuvent s’y abandonner et les autres qui suivent comme ils peuvent. Ces derniers doivent exercer leur trop plein de sentimentalisme ailleurs. Avec leur conjoint, leurs enfants, leurs voisins…. N’importe qui, on s’en fiche. Mais pas quand on bosse. »

« On ne peut pas comprendre ce qui anime une personne si on ne tient pas compte de ses sentiments. »

« Je n’ai pas le temps de comprendre qui que ce soit. Un salarié a des objectifs, c’est la seule chose qui doit compter. Euh…. si vous y tenez, il y a des sentiments qui me conviennent très bien : l’envie de dominer, l’estime de soi, le goût de l’argent et du pouvoir… »

« Ce sont à  peine des sentiments. Ou alors des sentiments assez vils, un peu animaliers. Nous voilà revenu au modèle d’une horde de loups. C’est le plus fort qui commande. Non pas qu’il soit le plus compétent, mais il est le plus fort tout simplement. Plus fort, au sens où vous l’employez veut dire qu’il ignore les sentiments, les siens et ceux des autres. Le plus fort, c’est donc celui qui manque d’intelligence des situations. »

« Résumons-nous. Vous considérez que chacun devrait faire ce que lui commandent ses sentiments avec ceux vers lesquels inclinent ses sentiments…. Le chômage n’est pas prêt de se résorber avec vous ! »

« Nous sommes d’accord. Vous venez d’admettre implicitement que le travail est une souffrance parce qu’il faut que chacun mette ses sentiments de côté en franchissant la porte de l’entreprise. Cette souffrance prouve – a contrario – que nous sommes plus commandés par nos sentiments que par la raison. Je ne pense pas qu’il y ait de solutions, à part pour une minorité de privilégiés. Pour le reste, c’est la loi naturelle qui s’impose : l’Homme est sur terre pour souffrir. »

« De quoi vous plaignez-vous ? Vous ne chassez plus le dinosaure pour survivre. »