Archive pour le 14 mai, 2015

Les déficits

14 mai, 2015

« Tout le monde est en déficit : la Sécu, l’Etat, la SNCF….moi…. Tout le monde est en déficit et les banques continuent imperturbablement à prêter de l’argent ! C’est comme si je vous prêtais 100 euros en sachant très bien que je ne les reverrais pas. »

« Euh… non, les banques récupèrent du fric par ailleurs ! Sur les frais bancaires, par exemple ! »

 « Si tout le monde est en déficit, il y a bien quelque part des gens qui sont en excédent ! »

« Les riches étrangers, peut-être, mais pas nous. »

« On est donc tous les objets de l’étranger, c’est gai ! »

« Il faut savoir s’endetter pour faire fonctionner l’économie. C’est un devoir national. »

« Je préfèrerais que l’économie ne fonctionne pas et que je ne sois pas endetté, ça me stresse. En plus, ça brise mes ambitions. Non seulement mes comptes en banque sont en déficit, mais je suis aussi en déficit d’ambition. »

« C’est normal. Comme vous n’avez plus un rond, vous ne pouvez plus avoir d’ambition. Contentez-vous d’être médiocre. »

« L’ambition est donc aussi réservée aux riches étrangers ? »

« Euh… oui, eux, il ne sont pas en déficit de modestie… »

« Bon, d’accord… alors je pars à l’étranger pour devenir riche. »

« J’en étais sûr : vous voilà atteint d’un déficit de patriotisme. C’est très grave. »

« L’excédent de patriotisme, c’est pour les riches ? »

« Non, ça c’est un truc qui est pour tout le monde, ça ne s’achète pas, mais ça a beaucoup de valeur. »

« Bon alors, qu’est-ce que je fais ? »

« Vous restez endetté en France, d’ailleurs si vous pouviez emprunter encore un peu plus, tout en payant vos impôts évidemment. »

« Evidemment ! J’y pense : je souffre aussi d’un déficit de considération de la part de tout le monde : ma famille, mes chefs, le gouvernement… »

« C’est normal. Au-delà d’un certain taux d’endettement, vous cumulez les déficits de toute nature. Vous n’avez pas, par exemple, à faire preuve d’un excès de confiance en l’avenir. »

« Pourtant un peu de considération, ça ne coûte pas cher ! »

« Si ! Pour être considéré par votre voisin, il faut qu’il ait l’impression que vous pouvez lui être utile. Alors vous, avec votre situation financière… »

« C’est vrai ! J’oubliais : je souffre également d’un déficit d’image, d’un déficit de crédibilité, d’un déficit de légitimité… Et vous, vos déficits, ça va ? »

« Euh… je vis à l’étranger avec mon argent, mais je suis plutôt dans les excédents d’ennuis. Je suis sollicité de toutes parts. L’argent ne fait pas le bonheur. »

« Je vous signale que les déficits, non plus. »