Archive pour le 7 mai, 2015

Libertés ?

7 mai, 2015

« La société s’empare de vous. »

« Qu’est-ce que c’est encore que cette idée ? Je suis libre… »

« Non. Vous devez aller à l’école, c’est une obligation. Jusqu’à seize ans et vous débrouiller pour décrocher un diplôme. Sinon, vous êtes stigmatisé : vous êtes un décrocheur. »

« Il faut bien que les enfants sachent lire et compter et apprennent à vivre en collectivité. C’est un des progrès de la civilisation. »

« Je ne dis pas le contraire. Le progrès est une suite de privations de libertés. Vous avez une contrepartie, ça vous permet de ne pas penser à votre emprisonnement. L’écolier accède au savoir, sans forcément s’en rendre compte tout de suite, mais c’est un acquis. Le salarié se prive de liberté 7 à 8 heures par jour moyennant une contrepartie salariale plus ou moins satisfaisante. »

« Euh… on peut faire des choses sans contrepartie, par exemple le bénévolat…. »

« Non, on en tire quand même un regain d’estime pour soi-même, ce n’est pas négligeable. On pourrait dire qu’on est tous prisonniers de l’opinion qu’on a de nous-même. »

« Ce n’est pas très encourageant votre truc… »

« Tout le monde sait que la société nous tient sous son joug par le biais de la consommation. Vous achetez ce que la pub vous dit d’acheter en vous expliquant que tous vos voisins l’ont déjà acquis et que vous allez passer pour un naze si vous ne l’avez pas. Il y a une double domination : celle du poids de la collectivité qui utilise celle de votre orgueil personnel. C’est comme si vous étiez enfermé derrière deux grilles. »

« Pff… c’est tout ? »

« Non, il y a pire. La société est cruelle. Elle vous donne parfois l’illusion de votre liberté. Ce n’est qu’un mirage, mais vous en êtes tellement content que vous payez pour en bénéficier. »

« Vous délirez ! »

« Non, c’est le rôle des congés payés, par exemple. Vous vous payez très cher un grand moment de liberté qui ne durera pas, vous le savez et vous en êtes d’autant plus amer quand vous rentrez en prison. Mais il y a encore plus insidieux. Pour se sentir libre, il faut être en mesure d‘extérioriser ses sentiments : la joie, le rire, l’envie, la jalousie … La télé vous permet non pas de le faire, mais de regarder les gens qui vivent ces situations
pour vous permettre de vous identifier à eux et de vivre une liberté virtuelle. »

« C’est la téléréalité ! »

« Exactement. On ne vous offre pas un moment de liberté, mais on vous donne la possibilité de regarder ce que ça pourrait être. C’est de la liberté imaginée. C’est cher et c’est un procédé lamentable pour vous empêcher de jouir par vous-même d’un sentiment de liberté réelle. »

« Euh… vous exagérez. On peut aussi regarder autre chose. »

« Oui, par exemple, les émissions où tout le monde rigole en même temps. Assis dans votre canapé, vous rigolez tout seul, bêtement, et vous avez l’impression de participer à un moment de rigolade entre copains. »