Archive pour avril, 2015

Leçon de grammaire

10 avril, 2015

Les salariés de l’entreprise n’ont pas assez de superlatifs

Pour faire l’article de Jules

Qui participe à toutes les manifestations.

C’est le sujet de toutes les conversations.

Jules est un homme démonstratif

Il a le verbe haut.

Ce n’est pas un être possessif.

Il sait organiser la conjonction des compétences.

Il ne s’attribue aucun mérite.

Les robots

9 avril, 2015

« Bientôt, on sera envahis par les robots. »

« Non. »

« Comment ça, non ? »

« C’est déjà fait. On est entourés de machines. Le seul problème, c’est que pour le moment, les machines ne font qu’une seule chose à la fois. Le frigo fait du froid pour conserver les aliments, la cafetière fait du café, la tondeuse à gazon tond le gazon. Demain, les robots feront un tas de choses et ils auront besoin d’une intelligence pour comprendre ce que vous voulez, s’auto programmer et se coordonner. »

«En effet, je vois mal un robot aller faire le café alors que j’aurais commandé de tondre le gazon. Donc, si je comprends bien pour ne pas être envahi de robots multifonctions, il vaudrait mieux en rester à nos machines traditionnelles qui ne savent rien faire d’autre que ce pour quoi elles ont été construites. »

« Euh… c’est déjà un peu tard. Votre téléphone fait téléphone, appareil photo, consoles de jeu etc… Je reconnais qu’il ne fait pas encore frigo… »

« L’essentiel, c’est que le robot n’acquiert pas d’intelligence autonome. Je veux bien d’un robot qui fasse le ménage à ma place. Mais je n’aurais pas trop besoin d’un robot qui me commande de faire le ménage. Il faudrait une sorte de clause de sauvegarde qui nous permette de mettre le robot en panne s’il devient casse-pieds. »

« Euh… au train où vont les choses, on inventera bientôt le robot qui répare les autres robots. »

« Alors, il faudrait inventer aussi les robots gendarmes qui surveilleraient les autres robots. Dès que l’un en prendrait trop à son aise avec moi, j’appelle la police des robots et hop ! Les policiers sauraient le détraquer (au lieu de le matraquer comme un humain), c’est-à-dire le mettre en panne pour qu’il se tienne tranquille. »

« Ce serait bien, mais si on vous met en panne votre robot, vous serez bien embêté. »

« J’en déduis qu’il ne faut pas inventer de robots trop intelligents pour qu’ils me fichent la paix. Plus on est intelligent et plus on risque de ne pas accepter l’ordre social et donc de se révolter. Il me faut des robots idiots… »

« Euh… je dirais plutôt des robots sans orgueil qui feraient tout ce qu’on leur commande sans renâcler. »

« Anciennement, ça s’appelait des esclaves. Finalement, nous allons redevenir des propriétaires adipeux et fainéants qui feront trimer les autres, sauf que – pour nous donner bonne conscience – les autres ne seront plus des hommes… »

« Encore faut-il les empêcher de devenir des hommes. N’oublions pas que nous avons besoin de machins idiots. »

« Tout de même, il y aura bien des activités que nous ne pourrons pas déléguer… Par exemple faire du sport, se faire une beauté chez le coiffeur l’esthéticienne, faire la fête… »

« Bref, nous retournerons à la vie des patriciens romains… Je m’inscris pour la prochaine orgie… »

Histoire maritime

8 avril, 2015

Lorsqu’il se met en cuisine, celle-ci s’emplit de vapeur.

Les vaisseaux sanguins sont mis à rude épreuve.

La spécialité de Maurice, c’est la matelote.

Il la laisse mariner longuement.

Parfois son fils Théo ramène sa frimousse

Avec son habit à col marin.

Maurice et Théo élève un phoque

Et aussi un perroquet.

Ils aiment cette ménagerie : ce n’est pas une galère.

La boule de neige

7 avril, 2015

« Vous avez remarqué ? »

« Quoi ? »

« Le phénomène « boule de neige » explique la plus grande partie de l’activité des hommes. Par exemple, si une petite troupe se masse devant une devanture commerciale, vus pouvez être sûr qu’elle va grandir rapidement, même s’il n’y a rien d’intéressant à voir. »

« Oui, il faut une certaine force d’âme pour passer sans s’arrêter. »

« Les gens vont où sont les gens. Pour un original qui aura envie de s’exiler six mois en pleine Sibérie, vous aurez un million de personnes qui vont s’agglomérer dans les grandes villes parce qu’ils pensent que c’est mieux pour leur vie : plus d’emplois, plus d’hôpitaux, plus d’écoles etc… Et chaque fois qu’un individu s’installe dans un lieu surpeuplé, il en attire d’autres… »

« C’est exactement ce qui se passe pour les touristes. Chacun se précipite là où sont les autres en imaginant que c’est bien. Résultat : c’est l’encombrement. »

« Le phénomène se complique par une autre donnée : qui se ressemble s’assemble. Il est bien connu que les pauvres habitent dans le quartier des pauvres et les riches chez les riches. Les politiciens voudraient bien un peu de mixité sociale, mais ils se heurtent à la boule de neige : plus un territoire est pauvre, plus il attire les pauvres ! »

« On dit aussi que l’argent va à l’argent. On n’a jamais vu un malheureux devenir millionnaire en investissant 0 euros à la bourse. Encore la boule de neige… »

« En fait, c’est aussi le phénomène de la mode… Par exemple, si je relance la mode du tricot de corps type ‘Robert ‘, nous serons peu nombreux à le porter au départ, mais en nous montrant dans les endroits branchés, on va déclencher la boule de neige. »

« Je me demande même si la Terre n’est pas une immense boule de neige. Nous sommes 7 milliards d’êtres humains, bientôt 10, bientôt 20… où va-t-on ? »

« Là aussi, on a un problème de répartition territoriale, ce sont dans les pays les plus pauvres que la population s’accroit le plus, où la boule de neige fonctionne le mieux. »

« Comment faire pour arrêter les boules de neige ? »

« Je verrais bien une grande campagne pour dire aux gens que ce n’est pas forcément mieux là où vont les autres. »

« Euh… peut-être, mais personne n’a trop envie d’aller en vacances dans le Massif Central à moins d’y importer la mer. »

« Bon peut-être, mais on pourrait organiser des tours de bête… »

« Je ne vois pas les riches qui ont acheté une villa les pieds dans l’eau, passer leur vacances avec les moutons du Cantal pour vous faire plaisir. »

« Bon d’accord…. Alors, si on implantait le même nombre d’usines et de bureaux dans chaque département, la répartition des populations serait plus homogène. »

« OUAIS… on vient de réinventer l’aménagement du territoire ! »

« Et alors ? »

« Et alors, ça ne marche pas terrible. Pour qu’il y ait des villes, il faut des déserts. Le principe de la boule de neige est incontournable. »

Chaud-froid

6 avril, 2015

Zoé est sur les charbons ardents

Son secret lui brûle les lèvres.

Elle ne veut pas se faire griller

Mais elle veut ne descendre personne en flammes.

Elle est en froid avec Zébulon

Qui vit illégalement aux frais de la princesse

En chassant la caille

Et en vendant de la crème glacée.

Les ratés

5 avril, 2015

« Je rate tout ce que j’entreprends. »

« Comment faites-vous ? »

« Je ne sais pas, c’est inné. Je viens de poser une magnifique étagère qui s’est effondrée lamentablement dès que j’ai posé deux livres dessus. »

« Ce n’est pas grave, moi non plus, je ne sais pas planter un clou. Le bricolage est une vraie spécialité. Moi, j’ai pris latin-grec en option au lycée… alors le travail manuel… »

« Bon, alors j’ai pire. Je viens d’acheter un frigo qui m’a lâché en trois jours. Le service après-vente me demandait un délai de quinze jours pour intervenir. Essayez donc de vivre quinze jours sans frigo… Notre vie quotidienne est suspendue à quelques machines… »

« C’est vrai que c’est ennuyeux. Il faut bien réfléchir avant chaque achat. Remarquez, je dis ça… mais je n’y connais rien en frigos… alors j’ai beau réfléchir… »

« Je suis responsable d’un très beau ratage pour fêter la Saint-Sylvestre. J’étais au fond de mon lit, atteint pas la grippe. Mais je m’en fiche, j’ai horreur des fêtes de fin d’année. Etre un raté, ça a du bon, parfois. »

« C’est vrai. Moi, quand je ne veux pas prendre un bus ou un métro où on est tous serrés comme des sardines, je m’arrange pour le rater. »

« C’est peu de choses. Moi, j’ai raté ma vie. Je voulais être ministre ou poète ou aventurier… enfin quelque chose dont on parlerait. Et voyez donc ce que je suis devenu… je règle des contentieux dans une compagnie d’assurance. »

« C’est vrai que ce n’est pas terrible. Mais enfin, on a tous eu des rêves d’adolescent qui se sont évanouis au dur contact de la vie. Personnellement, je voulais être pilote de longs courriers, mais je n’avais pas remarqué que j’ai peur en avion. »

« Qu’est-ce que c’est cette vie qui s’arrange pour nous décevoir au bout du compte ? Vous croyez que le président de la République voulait être Président à dix ans. »

« Ce serait étonnant, il a sans doute raté lui aussi sa vocation. Finalement on est tous des ratés. La distinction se fait par le niveau de ratage. On peut avoir tout rater, la moitié, le quart… Moi, j’ai calculé : j’ai raté 65 % de ce que j’espérais. »

« C’est pas mal, mais c’est encore loin de mes 95 %. »

« Le mieux, c’est d’oublier ce à quoi vous rêviez à quinze ans. Ou alors de vous convaincre que vous vouliez faire carrière dans les assurances. L’étude des risques que courent nos contemporains dans cette société instable est un grand enjeu. »

« Vous croyez ? »

« Non, mais il faut se remuer un peu les méninges pour trouver de l’intérêt à ce qu’on fait, sinon on est mal. Moi, je suis maitre de conférences agrégé. J’ai à faire à une bande d’étudiants ignares et indolents. Je pourrais me désoler sur mon sort. Eh bien non ! Je me dis que je suis devant une cause désespérée dont je dois sortir vainqueur, c’est très motivant. »

« C’est pas mal ce que vous faites. J’aurais bien aimé en faire autant. Enfant, je rêvais de sauver le Titanic. »

A pied

4 avril, 2015

Jean n’était pas un colosse aux pieds d’argile

Faire un pied de nez à la morale ne le dérangeait pas.

Il avait fait du pied à Jeanne

Dont le mari avait encore bon pied bon œil.

Mais ce dernier était bête comme ses pieds

Et ne se mouchait pas du pied.

Il se levait souvent du pied gauche

Et ne savait pas mettre un pied devant l’autre.

Bon, bon !

3 avril, 2015

James Bond

Fait des bonds

Il est furibond.

Le vagabond

Lui a fait faux-bond.

Nu, pas pudibond,

Et nauséabond

Il est moribond.

Sans titre

2 avril, 2015

« Je me fous de tout : de la guerre au Moyen-Orient, de la famine dans le monde, de payer des impôts ou de ne pas en payer, du PSG, de la pollution, de mon patron… de tout je vous dis ! »

« Vous trouvez ça bien de vous fermer au monde ? »

« Je me fous aussi du fait de me fermer au monde. A tout prendre, c’est mieux que de s’ouvrir au sept milliards d’êtres humains qui font tout de travers. »

« Bon, il y a ben quelque chose qui vous fait plaisir ? »

« Picoler un peu, peut-être, et puis aller me coucher après. »

« Je parlais de quelque chose de constructif. »

« Pourquoi construire, puisque tout part en fumée à la fin. D’ailleurs plus vous faites de choses sur Terre, plus vous allez regretter de la quitter. »

« Vous me paraissez particulièrement dépressif, ça se soigne. »

« Je vous vois venir. Se soigner pour vous, c’est trouver le moyen de m’occuper pour me détourner de l’essentiel pour vous tranquilliser sur mon sort. Socialement, les gens qui se foutent de tout sont dérangeants puisqu’ils évoquent forcément la fin du monde. »

« Euh… ce n’est pas simple votre affaire. Rien ne vous empêche de penser à l’essentiel, tout en vous intéressant à la cuisine, la littérature ou le sport. »

« Si je m’intéresse à quelque chose, l’essentiel devient accessoire. Forcément. Réfléchissez un peu. Allons, allons. »

« Bon, si je comprends bien, vous entendez réduire votre vie aux fonctions primaires de l’être humain : manger et dormir. »

« C’est déjà beaucoup, mais malheureusement j’ai faim et sommeil de temps à autre. Je ne peux pas m’en foutre. C’est déstabilisant. »

« Donc vous appréciez la bonne cuisine et la bonne literie. Vous voyez bien que vous tenez à quelque chose. »

« Arrêtez donc de me faire rentrer dans mes contradictions. Je vous vous venir. Je suis très cultivé, vous savez ! Il ne faut pas me prendre pour un imbécile. »

« Donc, en plus vous tenez à votre culture. On progresse. En plus, vous vous préoccupez de l’opinion que j’ai de vous. Vous voilà intégré dans la société ! »

« Si répondre à tous ceux qui m’énervent, c’est s’intégrer dans la société, ça ne va pas très loin. »

« Si je vous énerve, c’est que vous ne vous foutez pas de ce que je vous dis. On n’évite pas son prochain, mais on n’est pas obligé de l’aimer. »

« Il manquerait plus que ça ! »

A notre rayon pâtisserie

1 avril, 2015

Georges est né à Pithiviers

Sa femme Madeleine est tropézienne.

Elle n’est pas tarte.

Sa tante est religieuse

Et son oncle bavarois.

Georges est riche : il a de la galette.

Il peut se reposer dans ses chaussons

Et son fauteuil moelleux

En soignant sa brioche.

Sa réussite laisse babas

Tous ceux qui ont pris une bûche.

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