Archive pour avril, 2015

Dans l’antre

20 avril, 2015

Entre nous

Il faut lire cette histoire entre les lignes.

Je ne la mets pas entre parenthèses.

C’était en fin de journée, entre chien et loup

Louis rencontra Lucienne entre deux portes.

Il l’invita à diner pour discuter entre la poire et le fromage.

Il se sentait pris entre deux feux.

Il ne voulait plus mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce

Ni la main entre le marteau et l’enclume.

A tout prendre, il préférait vivre seul entre quatre murs.

A notre rayon bricolage

19 avril, 2015

Max circule dans une vieille chignole.

Il n’a pas les chevilles enflées.

Sa mèche sur le front est célèbre en ville.

Il travaille avec Robert : ils sont de mèche.

Mais Max se sent pris en étau

Car il est établi que Robert en pince pour sa fille.

Max a décidé de visser Julia.

Cours de maths

18 avril, 2015

Madeleine est propriétaire d’un trois-étoiles.

Elle l’a acheté en faisant ni une ni deux.

Son chef, Jules est un spécialiste du quatre-quarts

Parfois Madeleine et Jules s’offre un petit cinq-à-sept

En dégustant leur quatre-heures

Et en écoutant un vieux quarante-cinq tours.

Dans la cuisine de Jules, on travaille en trois-huit.

Lui, il est toujours sur son trente-et-un.

La danse des prénoms

17 avril, 2015

Il est tranquille comme Baptiste.

Ce n’est pas un Jean-foutre,

Mais il est pauvre comme Job.

Il n’a pas de talon d’Achille.

C’est le Jules de Marie.

Il ne lui a pas fait la danse de Saint-Guy,

Mais il aime jouer à Colin-maillard avec elle.

Désiré l’a désirée.

Pain noir, pain blanc

16 avril, 2015

« Moi, je mange mon pain blanc après mon pain noir. »

« Pourquoi ? Ce serait tellement plus plaisant de manger son pain blanc après son pain blanc. Vous êtes de ceux qui croient qu’il faut souffrir pour avoir le droit de se faire plaisir ? »

« Oui, dans toutes les sociétés archaïques, l’adolescent doit subir des épreuves physiques désagréables pour montrer sa force de caractère et avoir le droit de devenir adulte. Manger son pain noir, c’est montrer qu’on a du courage et qu’on peut survivre à la force de la volonté dans n’importe quelle condition. Après et seulement après, on peut commencer à vivre tranquillement. »

« Moi, je veux bien vivre mais sans souffrir, ce n’est pas possible ? »

« Non, la souffrance vous rattrape un jour ou l’autre. Si vous n’êtes pas préparé, vous vous effondrerez comme une vieille chaussette. L’homme est mortel, la société doit lui rappelle continuellement cette réalité. »

« Bon d’accord. Je veux bien manger un peu de pain noir, mais pas trop. »

« Euh… non, vous devez en manger jusqu’à l’écœurement, sinon vous ne goûterez pas à sa juste valeur votre pain blanc. L’éducation à la souffrance sert aussi à mieux apprécier les moments de plaisirs. Sinon, la douceur de la vie vous deviendra tellement banale que vous n’y prêterez plus attention. »

« Je veux bien souffrir un peu, mais l’ennui c’est qu’aujourd’hui, on n’est pas sûr que la société nous tirera de notre souffrance. Il y en a beaucoup qui mangent leur pain noir après leur pain noir. »

« Vous avez raison, le nombre de ration de pain blanc diminue. Mais imaginez une civilisation où il n’y aurait que du pain blanc. Les gens se laisseraient aller aux plaisirs, à l’indolence, à la paresse, voire au vice, puisqu’ils seraient sûrs au bout du compte de récupérer leur pain blanc. C’est comme ça que des civilisations sont entrées en décadence et ont disparu. » 

« Vous êtes en train de me dire qu’une bonne guerre, ça a du bon pour entretenir la production de pain noir ? »

« Euh… non. Je n’irai pas jusque-là, allons, allons ! Mais il faudrait que les jeunes apprennent le sens de l’effort sur eux-mêmes. Après, ils pourront manger du pain blanc. »

« Sauf qu’ils ne voient plus beaucoup d’adultes manger leur pain blanc. Après les soucis de l’adolescence arrivent les soucis d’adultes. Lorsqu’un jeune arrive à avoir son bac après avoir fait un effort glorieux, il faut faire un nouvel effort pour décrocher un job, puis se mettre en quatre pour le garder, pour conquérir une femme, lui faire des enfants qui voudront manger leur pain blanc d’abord… Bref je me demande si le pain blanc promis n’est pas une illusion. »

« Euh, ce n’est qu’une métaphore, le pain noir, c’est la soumission à la règle, l’apprentissage de l’effort… Le pain blanc, c’est l’indépendance, la prise de responsabilité… »

« Le plaisir d’affronter des emmerdes  quoi… »

Double jeu

15 avril, 2015

Roger a dérogé à ses habitudes : au lieu de se battre, il s’est mis à débattre.

Jérémy fabrique de la faïence sans défaillance.

Marc élève des daims sans dédain.

Louis se dépêche d’aller à la pêche.

Louisette a filé au lieu de défiler.

Dans sa gaine, elle a  une sacré dégaine.

Pour la séduire, Jean est entré en lice avec délice.

Mais sans délai, elle l’a trouvé laid.

Dans cette histoire, le boucher débouche.

Il a braillé dans son débraillé

Qu’il a la dalle dans ce dédale.

La relativité de l’inutilité

14 avril, 2015

« Heureusement que je suis là ! »

« Non ! »

« Comment ça, non ? »

« Personne n’est indispensable. Au bureau, vos fonctions vont être automatisées et vous serez jeté. A la maison, si vous n’étiez pas là, votre femme se débrouillerait pour survivre. Dans le quartier, sans vous, personne ne se porterait plus mal. On aurait un autre voisin. »

« C’est gai. Moi, je suis sûr qu’on me regrettera le jour de mon départ. »

« Bof, ça ne fera pas plus d’effet qu’un ricochet dans l’océan… quelques mini-vaguelettes sur le moment et puis pff…  Ne vous en faites pas tout ça n’est pas grave. Prenez un grand homme : Pasteur, par exemple. Certes nous lui devons des trouvailles importantes, mais il ne nous est plus indispensable aujourd’hui. Pas plus que Napoléon qui s’est cru particulièrement indispensable à son époque. »

« Je vous vois venir. Vous allez me dire qu’il faut être modeste. Pourtant, pour se sentir bien, on est bien obligé de se dire que notre existence à une utilité pour le reste du monde. »

« Oui, mais votre formule ‘heureusement que je suis là’ est maladroite. Votre supposée utilité n’est pas une réalité heureuse, c’est un mensonge que vous entretenez pour vous sentir à l’aise dans vos baskets. »

« Je ne vais tout de même pas dire : malheureusement je suis là. »

« En fait votre utilité sur terre est une espèce de non-problème. Dans tous les cas de figure, on peut vous remplacer. Donc, il vaut mieux ne pas se poser la question.

« La vie collective va devenir compliquée avec vous. »

« Comment ça ? »

« Si vous ne me convainquez pas que vous êtes utile à quelque chose, je n’ai aucune raison de vous montrer un peu de considération. Je vous saluerai distraitement en passant devant chez vous, mais comme je n’ai rien à attendre de vous, je ne vois pas pourquoi je vous parlerai. »

« Personne n’est utile sur Terre, mais on est tous lié par notre sentiment d’inutilité. Suivez-moi bien : nous sommes fondamentalement inutiles, mais ça nous dérange…  nous voudrions bien être utiles… nous entretenons donc des conversations ou des liens avec les autres dans le but de vérifier que nous sommes un peu moins inutiles qu’eux… Vous comprenez ? »

« C’est donc ça la théorie de la relativité de l’inutilité ? »

« Oui, à peu près. C’est comme l’idiotie. Devant les mystères de la vie, nous sommes tous des ignorants. Les savants sont ceux qui sont un moins idiots que les autres. »

« Oui, mais enfin, les savants ont en a besoin. Ils sont donc utiles. Ou un peu moins inutiles que les autres. »

« Dans un siècle, il y aura des savants encore moins inutiles. »

« Si je comprends bien, je suis plus inutile que vous puisque je ne connaissais pas la théorie de la relativité de l’inutilité. »

« C’est ça. Vous devriez tenter votre chance dans le domaine de la modestie. Vous resteriez discret et silencieux devant les autres. Relativement à moi, vous seriez nettement plus modeste. Ce n’est pas une raison de vivre, ça ? »

Gare !

13 avril, 2015

Roger aime la bagarre.

Quand il arrive, on crie : gare !

C’est un bulgare

Né dans un hangar

D’un village du Gard

Près de la gare.

Son prénom est un peu ringard,

Mais il faut lui montrer des égards

Car il peut vous fusiller d’un seul regard,

Sans perdre son cigare,

Ni son air hagard.

Les quatre saisons

12 avril, 2015

« Je ne suis pas tellement favorable au printemps. »

« Pourquoi ? C’est curieux comme position. Le printemps est une saison agréable. Il marque la fin des mauvais jours. On respire. La nature verte reprend ses droits. Les petits oiseaux sont heureux, eux, de chanter et de folâtrer entre les arbres. »

« Peut-être, mais je n’aime pas les choses mi-figue mi-raisin. Au printemps, je ne sais jamais comment je vais me fringuer. Un jour il fait beau, le lendemain il pleut sans prévenir ! »

« C’est normal, c’est le moment où les plantes se régénèrent. Il leur faut donc du soleil et de la pluie. N’oublions pas que le printemps fait partie d’un cycle. »

« Euh… peut-être, mais quand il fait beau, on est sur le point de croire que les vacances ne sont pas loin, ce qui est trompeur. Il faut encore bosser dur jusqu’au mois de juillet. »

« Donc vous préférerez directement vous retrouvez en été ? »

« Bin… à condition qu’il ne pleuve pas tous les jours, auquel cas je serai obligé de déclarer la saison pourrie. Ni qu’il fasse trop chaud parce que tout le monde va s’effondrer en disant : quelle chaleur ! Ce qui m’énerve prodigieusement puisque je suis au courant. »

« Mais enfin, l’été c’est le temps des vacances, la liberté… »

« Justement… Ce qu’il y a de plus douloureux dans l’été, c’est sa fin. Vous aimez vous le mois de septembre qui sonne la fin de votre espace de liberté ? »

« Euh… non pas tellement ! Mais ce n’est pas une raison pour sacrifier l’été ! J’ose à peine vous parler de l’automne. »

« C’est encore pire que le printemps. En automne, le temps est encore doux, pour vous narguer : vous n’êtes plus en été, mais on essaye de vous le faire regretter. Et puis, comme si ça ne suffisait pas, la nature dépérit. On a l’impression qu’un monde s’en va. Vous ne pouvez pas vous imaginez le cafard que j’ai. »

« Si, si, je commence à comprendre. Mais enfin l’automne fait naître des couleurs flamboyantes dans nos campagnes. Qu’est-ce que ça vous inspire ? »

« Pas grand-chose. C’est comme un dernier soupir avant la fin. C’est plutôt triste. Sans compter le boulot que se tapent les agents municipaux pour ramasser les feuilles mortes. Et les gamins qui ont de la peine à retrouver le chemin de l’école après que l’été leur ait fait croire à une liberté éternelle. »

« Bon, je m’attends au pire pour l’hiver. »

« Non l’hiver, j’aime bien. C’est la saison la plus pourrie, mais au moins elle ne vous trompe pas. Vous vous pelez de froid et rien n’y fera, c’est comme ça. Je peux rester tranquille sous ma couette sans culpabiliser comme en été. Plus personne n’a besoin de ramasser les feuilles mortes enfouies sous la neige. Certes les agents de voirie ont du boulot, mais les gamins peuvent jouer à se lancer des boules dans la figure en poussant des cris joyeux. A part ça, la saison ne vous laisse rien espérer d’agréable. »

Nos mauvais poèmes

11 avril, 2015

Quand je pense

A ma danse

Avec Hortense,

Je suis sans défense.

Je compense,

Je dépense

En emplissant ma panse.

Ça n’a pas de sens.

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