Les monstres

« La gourmandise est un très beau défaut. »

« Vous trouvez ça beau, cette façon de se goinfrer sur des trucs généralement hyper-sucrés ! Vous savez que c’est comme ça qu’on fabrique des obèses, pleins de maladies empoisonnantes qui creusent le trou de la Sécu. »

« Vous n’aimez peut-être pas manger ce qui vous plait, vous ? »

« Il ne s’agit pas d’être séduit, il faut alimenter votre corps par ce qu’il sera capable d’assimiler sans encombre et si possible avec profit. »

« Eh bin, c’est gai !… et le plaisir de la gastronomie, qu’est-ce que vous en faites ? »

« Bon, d’accord, un petit écart de temps en temps pour satisfaire le monstre d’avidité irresponsable qui siège quelque part dans un coin de votre cerveau, mais attention ! Lorsque vous vous retrouvez devant votre menu diététique, vous risquez d’être déçu, d’entretenir un nouveau psychodrame avec le monstre chargé d’exciter votre gourmandise et tout ça risque de mal se finir. Au mieux sur le divan du psy… »

« Je ne savais pas que j’avais un monstre caché, mais maintenant que vous le dites… il me semble que j’ai entendu comme des voix en dégustant mon dernier chou à la crème. »

« Vous n’êtes pas au courant pour les monstres ? Vous avez aussi celui chargé de la paresse. C’est celui qui s’arrange pour vous frustrer à chaque retour de vacances et qui vous fait dire aux collègues du bureau que vous seriez bien resté sur la plage. »

« Oui, mais enfin des monstres, ça se maîtrise. On voit qu’ils ne me connaissent pas. »

« Ne me dites pas que vous dominez votre monstre du désir lorsque vous croisez une jolie femme dans la rue. On voit nettement une lueur de concupiscence s’allumer dans votre œil gauche. »

« Selon vous, nous sommes donc tous des êtres multi-monstrueux. »

« Oui, il y a quelque part une organisation internationale de monstres qui n’est pas spécialement content de notre présence sur Terre et qui nous a envoyé des délégués, chargés de nous déstabiliser pour que nous débarrassions le plancher au plus vite. »

« Heureusement, il y a aussi une confrérie de moralistes qui nous a affecté des émissaires, chargés de nous inculquer les vertus qui nous permettront de résister : les parents, les profs, les curés, la police, les chefs de service…. Enfin tous ceux qui savent ce qui est Bien… »

« C’est vrai. D’ailleurs les monstres ne sont pas très contents parce que le bien triomphe plus souvent que le mal, sinon nous ne serions plus là pour en parler. »

« Vous croyez que nous allons vers une révolte des monstres. »

« Euh… ce n’est pas exclu. Remarquez, une fois qu’il n’y aura plus personne sur Terre, je ne vois pas bien à quoi ils serviront. Finalement, leur travail de sape, c’est leur raison de vivre. Une fois qu’ils auront conquis le monde, ils disparaitront. »

« Bon, moi je préfère quand le Bien résiste. C’est parfois un peu lourd, mais on est plus tranquilles. »

« Vous avez raison, mais il y a une troisième catégorie dont nous n’avons pas parlé : les ré-évaluateurs. Ce sont eux qui laissent les monstres nous attaquer un peu, mais pas trop, pour nous obliger à remettre en cause les moralistes qui ne nous ont pas suffisamment soutenus. »

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