Archive pour février, 2015

Une lettre anonyme

9 février, 2015

« Je voudrais en voyer une lettre anonyme à Dumollard. Vous pouvez m’aider ? »

« C’est que je n’ai pas tellement envie. C’est très moche une lettre anonyme. Pourquoi faites-vous çà ? »

« Il faut qu’il sache que je suis au courant des infidélités faites à sa femme. »

« Vous voulez le faire chanter ? »

« Moi ? Quelle horreur ! Je ne suis pas de ce genre-là ! Pour qui me prenez-vous ? »

« Alors ? Qu’est-ce que ça peut vous faire que Dumollard soit infidèle ? »

« Pour commencer, ça heurte mes convictions. Vous aimez la déloyauté, vous ? Pas moi. Ensuite, chaque fois que je rencontre Georgette, sa femme, je ne suis pas très à l’aise. »

« Pourquoi ne faites-vous pas une lettre à Georgette ? »

« Parce qu’elle ne croit pas Dumollard capable de la tromper ! Et ce sera moi qui me ferais engueuler si je l’accuse. »

« Pas si vous faites une lettre anonyme. »

« C’est pas possible, parce que Georgette me montrera la lettre pour savoir ce que j’en pense et je serai encore plus mal à l’aise. »

« Bon, alors vous pourriez faire une lettre signée à Dumollard pour lui dire que vous êtes au courant et lui conseiller de mettre fin à sa relation illégitime. »

« C’est pas possible non plus. Il va me demander de quoi je me mêle. C’est pour ça que ce serait mieux si la lettre était anonyme. »

« Bon, alors qu’est-ce que vous allez lui dire à Dumollard. »

« D’abord que je suis au courant de ses escapades entre midi et deux, ce qui soit-dit en passant désorganise un peu le service. Et ensuite qu’un tel comportement n’est pas digne d’un honnête homme et d’un bon mari. »

« Euh… le problème, c’est qu’il va s’en ficher un petit peu de votre lettre, surtout qu’elle est anonyme. Il faudrait peut-être laisser planer une menace. »

« Vous avez raison. Je vais dire que j’ai des photos compromettantes. Ce qui n’est pas vrai, mais ça va l’apeurer un peu. Surtout si je ne lui demande pas d’argent. Ce n’est pas normal, il va être complètement désorienté et sans doute qu’il arrêtera. »

« Donc, on fait une lettre anonyme de chantage sans demande d’argent ou de contrepartie. C’est original. »

«Il faudrait aussi lui dire de demander pardon à Georgette. Sinon, Dumollard restera un menteur et moi je serai toujours aussi gêné en rencontrant Georgette. Finalement, ma contrepartie, c’est que je ne sois plus embarrassé. »

« C’est délicat. Mais le mieux serait peut-être que vous ne vous en mêliez pas. Si Dumollard découvre que l’auteur de la lettre c’est vous, vous serez encore plus embarrassé. Et Georgette ne sera pas prête de vous croiser de nouveau. »

Consonnances

7 février, 2015

Hélène est partie chez les hellènes

Monique prépare le pique-nique

Sandra est dans de sales draps

Louise est dans la mouise

Emilie lit

Bénédicte dicte une dictée

Eléonore est au Nord.

Jennifer y croit dur comme fer.

Eve s’élève.

Nos mauvais poèmes

6 février, 2015

La vie avec sa compagne

Qui vient d’Allemagne

Et non pas d’Espagne,

Ce  n’est pas le bagne.

Ils boivent souvent du champagne

Pendant leurs vacances en montagne.

Elle, elle a fait khâgne

Et se promène souvent en pagne.

Lui, il aime la castagne

Surtout quand il gagne.

L’ennui

5 février, 2015

« J’aurais voulu être un artiste, pour exprimer ma créativité, au lieu d’appliquer des procédures. »

« C’est vrai que dans les assurances, vous ne devez pas vous amuser tous les jours. »

« J’ai sûrement quelque chose de spécial à apporter au monde. Le tout est de savoir quoi. »

« Je suis d’accord avec vous : chacun d’entre nous a un potentiel au fond de soi. Il y a ceux qui le sortent et ceux qui font le maximum pour l’éviter. »

« Il est vrai que c’est dérangeant de laisser libre cours à ses démons internes. Heureusement, les miens sont bien cachés derrière tout un tas d’inhibitions. »

« C’est dommage. Peut-être qu’ils sont intéressants. Vous devriez les déchainer. »

« Si je me mets à peindre une fresque sur les murs de ma salle de bains, je vais avoir un tas d’histoires avec Georgette. Elle n’aime pas beaucoup quand je fais des miettes sur la toile cirée ! »

« Mais Georgette a sûrement un potentiel créatif à exprimer aussi. »

« Non, elle dit qu’elle n’a pas d’imagination, qu’elle est très terre-à-terre elle, contrairement à certains qu’elle ne nommera pas. »

« C’est une attitude courante. C’est un déni de démons internes. Les gens n’ont pas la moindre envie de savoir ce qu’ils sont capables de faire. »

« Bon, alors moi qu’est-ce que je fais : je déchaine ou je ne déchaine pas ? »

« Essayez de vous déchainer quand il n’y a personne autour de vous. Chantez un air d’opéra dans votre bureau par exemple. »

« Euh …. J’ai déjà essayé. Le chef de service m’a envoyé le médecin du travail qui n’était pas très amateur de la Traviata. J’ai gagné huit jours d’arrêt de travail. »

« C’est dommage. Quand les gens comme vous ne savent plus quoi faire pour exprimer leur potentiel, ils écrivent leur vie. »

« J’ai essayé aussi. Ma vie est tellement morne qu’elle ne m’intéresse pas moi-même. J’ai abandonné au moment où j’entrais en CM 1. »

« Vous pourriez inventer la littérature de la platitude. Un roman où il ne se passerait rien, absolument rien. Ce serait comme un désert à traverser. Après tout, il y a bien des aventuriers qui s’équipent pour traverser le Sahara. Vous, vous seriez l’aventurier qui traverserait le désert de votre vie. »

« Je vais mourir d’ennui au lieu de mourir de soif. »

« Ce n’est pas si mal que ça. Mourir d’ennui en plein désert intellectuel, c’est une belle fin qui n’est pas donnée à tout le monde. D’habitude les gens vivent dans l’ennui, mais n’en meurt pas. »

« J’aimerais plutôt survivre encore quelques années, si ça ne vous dérange pas trop. »

« Bon d’accord. Alors essayez la réflexion transcendantale. En vous concentrant fortement, vous pourriez sortir de votre enveloppe charnelle. »

« L’ennui, c’est que je ne sais pas très bien où j’irai. Et puis quand on est sorti de son enveloppe charnelle, qu’est-ce qu’elle devient toute seule ? C’est que je n’ai pas envie de la perdre. Par moment, je suis bien content de retrouver mes problèmes de santé, ça me rassure. »

Un verre ?

4 février, 2015

Flûte !

Il est resté en carafe

Dans les embouteillages

Et les bouchons sur l’autoroute.

C’est un vrai manque de pot.

La coupe est pleine.

En plus, il a perdu ses verres de contact

Il va être imbuvable.

Le club des timorés

3 février, 2015

« Je vais fonder un club de timorés. »

« C’est intéressant : qui sont les timorés ? »

« Tous ceux qui n’osent pas, tous ceux qui ne se sentent pas à la hauteur. Tous ceux qui voudraient bien s’en sortir, mais qui n’ont pas la force. »

« Il ne va pas se passer grand-chose dans votre club. »

« Non, mais justement. En constatant qu’il ne se passe rien, certains oseront peut-être prendre des initiatives. Moins il se passera des choses, plus il pourrait s’en passer ».

« Autrement dit, vous pensez que, lorsqu’on ne se sent pas à la hauteur, mais qu’on est à la hauteur de quelqu’un qui ne se sent pas à la hauteur, on devient d’un seul coup au niveau. »

« Il y a de ça. Finalement, il faut que chacun sache que c’est normal d’avoir peur. Les anormaux sont les courageux. Je n’ai pas dit que c’était mal d’être anormal. C’est juste aller au-delà de la normalité. »

« L’homme préhistorique a mis un bout de temps avant de se rendre compte qu’il avait l’intelligence nécessaire pour inventer plein de choses qui allaient lui faciliter la vie. »

« C’est vrai, pendant longtemps, il s’agissait simplement de survivre, ce qui n’incite pas beaucoup à prendre des risques. »

« Les progrès de la civilisation étant ce qu’ils sont, il faut désormais se préoccuper des malheureux. »

« Vous pourriez donner aux restos du cœur. »

« Non, vous ne comprenez rien. Les malheureux ne sont pas nécessairement pauvres. Il peut y avoir des malheureux riches. Les malheureux, ce sont ceux qui ont peur de tout, ceux qui ne sont pas sortis de la préhistoire. Il peut sûrement exister des pauvres non timorés. C’est compliqué, mais ça existe. »

« Bon, je peux m’inscrire à votre club des timorés ? »

« C’est pas sûr. Vous avez tendance à prendre des risques. C’est embêtant. »

« Et ceux qui roulent les mécaniques en faisant semblant de prendre des risques, mais qui ne fichent rien d’autre que de plastronner ? Vous en faites quoi ? »

« Rien. Ce sont des cas pathologiques. Il faudrait que quelqu’un fonde le club de ceux qui la ramènent un peu trop. Moi, je fais dans le timoré. »

« Finalement, c’est subversif votre truc. Si vous les soignez, il n’y aura bientôt plus de timorés. Et s’il n’y a plus de timorés, qui va repérer et féliciter mon tempérament combatif ? »

« Vous avez raison, il faut qu’il reste des êtres d’avant pour que certains se prennent pour des hommes d’avenir. Mais vous pourrez toujours compter sur ceux qui font semblant de ne pas avoir peur de prendre des initiatives et qui ne font rien. »

C’est con-con !

2 février, 2015

Les flocons tombaient

Sur la place de la Concorde.

Le consul sortait

De l’hôtel Continental.

Il rencontra

Un Gascon

En congé.

Il cultivait des concombres

Et vendait du lait concentré.

La peur

1 février, 2015

« J’ai toujours eu peur de tout. Au début, quand j’étais gamin, j’avais peur d’entrer chez les commerçants pour acheter quelque chose. »

« Et vous aviez peur de quoi ? »

« De tout. De ne pas trouver les bons mots pour demander ce que je voulais. Que le commerçant me pose des questions que je n’aurais pas comprises. Qu’il s’énerve parce que je ne comprenais pas ces questions. Que ma mère ne m’ait pas donné assez d’argent pour le payer. Que je constate au moment de passer à la caisse que j’ai perdu l’argent… »

« Effectivement, vous étiez mal barré. Et après ? »

« Après ça ne s’est pas arrangé. Comme j’avais peur des instits, j’étais obligé d’apprendre mes leçons et donc de bien travailler à l’école. »

« C’est ennuyeux. Vous vous êtes réveillé plus tard ? »

« Oui, au lycée. J’avais toujours peur des profs, mais comme j’étais paralysé par ma peur, je ne raisonnais pas beaucoup, ce qui fait que je suis devenu mauvais élève. »

« Ouf ! Il était temps d’être normal. »

« Au boulot, comme j’ai peur de l’autorité, je ne prends pas de risques, ni d’initiatives qui pourraient me mettre en difficulté vis-à-vis de la hiérarchie. »

« Vous ne devez pas être bien noté ? »

« Ça dépend. Je ne me fais pas remarquer par mon esprit d’innovation. Ceci dit, les chefs m’aiment bien quand même parce que je fais ce qu’ils veulent sans discuter. Comme ils me font peur, ils sont tranquilles : ce n’est pas moi qui soulèverais l’étendard de la révolte. »

« Vous êtes un cas curieux. En principe, quand on a peur, on ne le dit pas tout de go, la bouche en cœur. On fait tout pour le cacher. »

« J’ai essayé de dissimuler ma peur. Mais plus je la cache, plus j’ai l’impression que les autres la devine. Alors, tant qu’à faire, autant dire que la vie me fait peur. »

« C’est assez paradoxal : on pourrait vous répondre que vous avez beaucoup de courage de dire que vous avez peur, alors que tout le monde fait semblant d’être fort. »

« D’un certain point de vue, je suis tranquille. Personne ne s’avisera de s’attendre à des exploits de ma part puisque je suis le premier à dire que j’ai la trouille de tout. A la moindre tentation de me distinguer, j’aurais le bénéfice de la surprise. »

« Si je comprends bien, vous cultivez votre nullité pour en tirer parti.  C’est un peu pervers comme raisonnement. »

« Eh voilà, je me fais engueuler. J’avais peur de m’adresser à vous. J’aurais mieux fait d’écouter ma peur comme d’habitude. »

« Ne vous énervez pas. J’essaie de comprendre. »

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