Archive pour le 3 février, 2015

Le club des timorés

3 février, 2015

« Je vais fonder un club de timorés. »

« C’est intéressant : qui sont les timorés ? »

« Tous ceux qui n’osent pas, tous ceux qui ne se sentent pas à la hauteur. Tous ceux qui voudraient bien s’en sortir, mais qui n’ont pas la force. »

« Il ne va pas se passer grand-chose dans votre club. »

« Non, mais justement. En constatant qu’il ne se passe rien, certains oseront peut-être prendre des initiatives. Moins il se passera des choses, plus il pourrait s’en passer ».

« Autrement dit, vous pensez que, lorsqu’on ne se sent pas à la hauteur, mais qu’on est à la hauteur de quelqu’un qui ne se sent pas à la hauteur, on devient d’un seul coup au niveau. »

« Il y a de ça. Finalement, il faut que chacun sache que c’est normal d’avoir peur. Les anormaux sont les courageux. Je n’ai pas dit que c’était mal d’être anormal. C’est juste aller au-delà de la normalité. »

« L’homme préhistorique a mis un bout de temps avant de se rendre compte qu’il avait l’intelligence nécessaire pour inventer plein de choses qui allaient lui faciliter la vie. »

« C’est vrai, pendant longtemps, il s’agissait simplement de survivre, ce qui n’incite pas beaucoup à prendre des risques. »

« Les progrès de la civilisation étant ce qu’ils sont, il faut désormais se préoccuper des malheureux. »

« Vous pourriez donner aux restos du cœur. »

« Non, vous ne comprenez rien. Les malheureux ne sont pas nécessairement pauvres. Il peut y avoir des malheureux riches. Les malheureux, ce sont ceux qui ont peur de tout, ceux qui ne sont pas sortis de la préhistoire. Il peut sûrement exister des pauvres non timorés. C’est compliqué, mais ça existe. »

« Bon, je peux m’inscrire à votre club des timorés ? »

« C’est pas sûr. Vous avez tendance à prendre des risques. C’est embêtant. »

« Et ceux qui roulent les mécaniques en faisant semblant de prendre des risques, mais qui ne fichent rien d’autre que de plastronner ? Vous en faites quoi ? »

« Rien. Ce sont des cas pathologiques. Il faudrait que quelqu’un fonde le club de ceux qui la ramènent un peu trop. Moi, je fais dans le timoré. »

« Finalement, c’est subversif votre truc. Si vous les soignez, il n’y aura bientôt plus de timorés. Et s’il n’y a plus de timorés, qui va repérer et féliciter mon tempérament combatif ? »

« Vous avez raison, il faut qu’il reste des êtres d’avant pour que certains se prennent pour des hommes d’avenir. Mais vous pourrez toujours compter sur ceux qui font semblant de ne pas avoir peur de prendre des initiatives et qui ne font rien. »