Belles plantes

« Il parait que nous descendons des plantes ! »

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »

« Oui, il y a eu les plantes, puis les animaux, puis les êtres humains dotés de notre intelligence »

« Donc le chêne de mon jardin est peut-être de ma famille. »

« Peut-être. Quand on y réfléchit, les plantes se nourrissent, s’exposent ou non à la lumière, supportent plus ou moins bien le voisinage des autres, produisent des fruits, vieillissent, meurent… Enfin comme nous, quoi. Certains prétendent même qu’il y a des arbres qui se déplacent en tirant sur leurs racines. »

« Allons bon ! Il va falloir que je surveille mon chêne pour qu’il ne fiche pas le camp chez le voisin. J’ai assez de soucis avec lui comme ça ! »

« Figurez-vous que certaines plantes se protègent comme nous, contre des adversaires potentiels en sécrétant des poisons contre des insectes ennemis. C’est incroyable. »

« Après tout pourquoi pas ! Moi, je suis bien obligé de me défendre contre Martinot qui essaie de me piquer mes dossiers au bureau. Voilà encore un point commun avec les plantes. »

« Une autre ressemblance, c’est que la plupart des plantes perdent leurs feuilles comme nous, nous renouvelons nos cellules cutanées toutes les trois semaines. »

« La différence c’est quand même que, chaque automne,  je me coltine le ramassage des feuilles mortes dans mon jardin. Je n’ai encore jamais vu personne ramasser mes cellules cutanées. Vous en avez encore beaucoup comme ça ? »

« Euh… certains disent qu’on a de plus belles plantes si on leur fait écouter de la musique. De la musique classique si possible. Je ne connais pas de bégonias capables de se contorsionner en écoutant Johny Halliday. »

« Même moi, je n’y arrive pas. »

« D’autres pensent obtenir de meilleurs résultats en parlant à leurs plantes. »

« Ce serait un comble. Moi je n’arrive pas à améliorer les résultats de mes gamins en les engueulant. Par contre je pourrais avoir de très belles plantes vertes en leur faisant la causette ? »

« Je sens comme une réticence ironique dans votre voix. Vous êtes un rationaliste, je suppose. Le monde n’est pas forcément ce que l’on croit. Enfin ce que la pensée matérialiste et unique a établi une bonne fois pour toute. »

« Vous avez peut-être raison, mais c’est déjà suffisamment compliqué comme ça sans en rajouter. J’ai déjà du mal à m’entendre avec ma femme, mes voisins, mes collègues, mon chat … Je ne vais pas me mettre à être saisi d’inquiétude chaque fois que mon géranium me regarde de travers. »

« Vous préférez rester dans l’ignorance ? »

« A tout prendre, oui. Mon coefficient d’incertitude est assez élevé comme ça. J’aime bien que tout soit à sa place. Que le repas soit prêt à l’heure. Que mes chaussettes soient dans le bon tiroir. Que le bus ne soit pas en retard…. Et que le chêne du jardin reste à sa place ! Si vous jetez le doute sur tout ça, je ne sais pas si vous vous rendez compte que vous allez déstabiliser tout le quartier. »

« Bon… d’accord. Pas d’ennui avec le police !»

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