Archive pour décembre, 2014

Bout à bout

10 décembre, 2014

Johny vivait sans tabou.

Il aimait le bourbon

Et prenait des bains de boue.

Il jouait souvent aux boules

En faisant le boute-en-train.

Pour se détendre, il jouait du tambour.

Pour boucler ses fins de mois,

Il était un peu marabout

Promiscuité

9 décembre, 2014

« J’ai horreur de la foule. »

« Moi aussi. Je n’aime pas être entouré d’un grand nombre de personnes. Je me sens oppressé. Et puis, vus de près les gens ont l’air méchant. L‘idéal, ce serait d’être dans une foule que je pourrais regarder de loin. »

« Moi, je tombe toujours à côté de ceux qui sentent mauvais : l’alcool, le tabac, la transpiration ou, dans le meilleur des cas, celui qui s’est aspergé d’eau de Cologne. »

« Je connais ça. En plus, on est obligé d’avoir l’air indifférent. De faire comme si on ne sentait rien. Si on se bouche le nez l’air dégouté, c’est la bagarre assurée ! »

« Il  y a aussi ceux qui profitent du métro pour se presser contre vous. C’est dégoutant, mais on ne peut pas lui dire que c’est dégoutant vu qu’on ne peut plus se déplacer. Au mieux, on peut se retourner sur soi-même, avec le risque de se trouver face à plus dégoutant. »

« Pire encore : si par hasard vous vous trouvez projeté contre une jolie femme ou un beau mec, vous avez intérêt à prendre une mine blasée. Si vous avez un regard concupiscent, c’est le harcèlement sexuel assuré. Trois ans de prison minimum… »

« Sauf pendant les soldes, là c’est chacun pour soi. On risque aussi trois ans de prison… mais ce sera pour coups et blessures volontaires… »

« Bref, quand je suis dans la foule, j’ai toujours un sentiment d’insécurité. Quand je suis seul aussi d’ailleurs. Mais ce n’est pas la même insécurité. »

« Moi quand je marche sur le trottoir, je chemine le plus loin possible du mur pour ne pas me faire coincer. Il se trouve toujours des paumés pour vous aborder. Pour vous demander leur chemin par exemple. »

« Dans ce cas, moi je dis tout le temps que je ne sais pas, même si je suis en face de chez moi, pour éviter les coups tordus. Et puis les gens n’ont qu’à consulter leur GPS au lieu de m’embêter. »

« Le plus désagréable, c’est de sentir complètement anonyme dans la foule. Nous ne sommes qu’un numéro qui se déplace mécaniquement d’un point à un autre parmi d’autres numéros. »

« C’est vrai, ça ne devrait pas être désagréable d’être entouré de fans dès qu’on met les pieds dehors. Des gens qui crient votre nom, qui vous tendent un bout de papier pour avoir un autographe. Moi, je m’y vois bien. Mais personne ne hurle mon nom… »

« Remarquez, on n’est jamais content, on n’aime pas la foule, sauf si on est le centre d’attention. »

« C’est vrai, nous avons le déplacement en foule morne et triste. D’ailleurs, voyez la tête des gens dans la rue, ils ont tous l’air catastrophés ou amers. On dirait qu’ils supportent tous toute  la misère du monde. Surtout quand ils vont au boulot. »

« C’est exact. Ils ne font pas beaucoup d’efforts pour m’inciter à être gai. Il y a une sorte de contamination de la tristesse. Plus, les autres sont lugubres, moins j’ai envie de rigoler et plus je me déteste. La foule qui se marre, c’est un concept qui reste à inventer. »

« Le pire du pire, c’est que les pickpocket en profitent pour s’attaquer à votre portefeuille. »

« Euh… on n’en pas encore vu un qui essaie de vous faire les poches en rase campagne. »

« Résumons-nous : vous me collez, vous sentez mauvais, vous êtes triste, vous êtes sur le point de m’agresser et vous êtes un probablement un peu voleur. Comment voulez-vous que je vous trouve sympathique ? »

Bord de mer

8 décembre, 2014

Les autres riaient de lui sous cape.

Mais il n’est pas resté en rade

Ou sur le sable.

Il s’est acheté une Golf

Sans jeter son argent

Par les baies.

Les autres ne se tiennent plus les côtes.

Ils piquent un fard en le croisant.

C’est interdit !

7 décembre, 2014

« On n’arrête pas de m’interdire des trucs. Ça a commencé à l’école. Il ne fallait pas bavarder en classe. Moi, j’oubliais tout le temps mon rapporteur, j’étais bien obligé d’emprunter celui de mon voisin. »

« Imaginez le brouhaha, si chaque élève oublie son rapporteur. Et puis, ça apprend à ne pas oublier ses affaires à la maison. C’est ça apprendre à travailler ! »

« Bon d’accord ! Mais après je ne comprends pas pourquoi, il était interdit de parler au chauffeur du bus scolaire. D’autant plus que le père Mercier avait envie de nous parler. Il était tout content de nous raconter sa vie dont on se fichait royalement. »

« Ce n’est pas bien non plus. Parler monopolise l’attention du chauffeur sur ce qu’il dit alors que le silence l’oblige à se consacrer à ce qu’il fait. Vous vous rendez compte des risques que vous avez pris et fait prendre ? »

« Et dans les galeries commerciales, on m’interdisait de jouer dans les escalators. C’était pourtant marrant de descendre alors qu’on montait, ça apprend à relativiser les évènements de la vie et à maîtriser les mouvements de son corps dans l’espace. »

« Ouh ! Là ! Là ! Mais vous êtes fou. On ne va pas dans les grands magasins pour faire un exercice de maîtrise corporelle. Vous pouvez vite tomber ou faire tomber une vieille dame qui elle, n’a aucune envie de savoir si elle contrôle son corps dans un univers relatif. »

« Bon, très bien … Alors, est-ce qu’on peut m’expliquer pourquoi il est interdit de donner à manger aux animaux du parc zoologique. Pour les gamins, ça permet de créer une vraie relation entre l’humain et l’animal. Au lieu de cette communication, maintenant le gamin en est réduit à regarder béatement l’animal et à s’ennuyer ferme. »

« Et alors ? Les animaux sont nourris par le personnel du parc. Ils n’ont pas à déjeuner avec les cochonneries qu’ingurgitent les gamins ! »

« Bon alors, qu’on me dise pourquoi je ne dois pas faire de bruit après 22 heures. Moi, je suis de la nuit.22 heures, c’est l’heure à partir de laquelle je mets la musique à fond et je commence à me sentir bien dans ma peau. »

« Euh… les voisins s’en fichent un peu. Il y en a qui aimeraient bien dormir… »

« Pff… tout est interdit quoi… Je n’ose même pas vous parler de l’interdiction de fumer en public… »

« Vous faites bien. La fumée me dérange. Si vous sortez votre paquet de clopes devant moi, c’est assimilable à une tentative d’assassinat. J’en serai fort marri. »

« Et pourquoi faut-il marcher sur le trottoir d’en face ? Je ne tue personne quand je marche où il me fait plaisir de marcher. »

« Non, mais vous pouvez gêner des ouvriers qui travaillent. Et puis, on ne marche pas n’importe où dans la ville. Par exemple, on ne traverse pas la rue en dehors des clous. »

« C’est pourtant marrant de zigzaguer entre les voitures, ça me donne un sentiment de liberté. D’ailleurs, plus généralement, braver les interdits me donne le sentiment de goûter à la liberté. »

« Vous n’avez rien compris. Vous n’avez pas à être libre. Votre liberté s’arrête où commence celle des autres. Et comme, on est de plus en plus nombreux, son champ d’action se restreint comme peau de chagrin. »

Babar

6 décembre, 2014

Jean Bart était un grand corsaire

Qui a passé sa vie à la barre de ses navires

Et non pas au bar comme certains.

Il pêchait le bar

En chantant comme un barde

Un peu barjo

Pendant que ses avocats plaidaient à la barre

Ce dont il se fichait royalement. Point-barre.

C’est du vent !

5 décembre, 2014

Si ! Rocco ! Nous nous reverrons !

Dit-elle au marin

En prenant le Mistral.

Elle lui fit la bise

Sur son grain de beauté

Et partit en coup de vent.

Pour autant

Il ne ressentit pas une bouffée de chaleur

Car il devait s’occuper des Rafales sur son porte-avion.

Egalitarisme

4 décembre, 2014

« Je suis contre l’égalitarisme ! »

« Comment ça ? Vous êtes un personnage discriminant ! C’est odieux ! »

« Pas du tout ! Réfléchissez ! Si j’ai le même revenu que vous, la même maison, la même télé, la même voiture, etc… De quoi allons-nous parler ? »

« Euh… on n’aura pas la même femme ! »

« Si ! Parce qu’elles utiliseront les mêmes produits de beauté, iront chez les mêmes coiffeurs, liront les mêmes magazines… Vous trouvez ça marrant ! »

« Ce n’est pas possible, chacun a son identité ! On ne peut pas standardiser les individus ! »

« C’est pas si sûr ! Regardez : tous les mois d’aout, ils se précipitent tous au même endroit. Ils ont tous le même téléphone portable. Ils lisent tous le même journal sous des titres différents. »

« Il ne faut pas confondre panurgisme et standardisation. »

« Euh… admettez que la brebis qui suit bêtement la collègue qui marche devant elle, lui ressemble furieusement. »

« Certes, mais moi, j’ai aucune envie de devenir comme vous. »

« Donc, vous êtes comme moi, vous êtes contre l’égalitarisme. En plus, imaginez que nous soyons égaux, vous ne pourriez plus m’envier. Quel objectif pourriez-vous vous fixer si vous n’avez plus celui d’égaler votre voisin ? La différence, ça sert à permettre à chacun de rester à sa place et à avoir envie d’en occuper une autre plus enviable. »

« Moi, je me contenterai d’avoir votre niveau de revenu ! »

« Nous y voilà ! Vous voulez tuer le progrès. Si nous avions le même revenu, je ne pourrais plus acheter la dernière télé ou a dernière machine à laver à la mode. Certes les derniers équipements sortis sont les plus chers, mais ce sont ceux qui intègrent le plus de nouvelles technologies. C’est grâce à ma puissance d’achat que les ingénieurs peuvent innover et vous finirez par profiter de cet effort. »

« Autrement dit, je dois remercier les riches d’être plus riche que moi. »

« Oui, c’est mieux d’être inégaux, c’est un facteur de progrès collectif. C’est un soutien indispensable à la croissance. Et puis, c’est moral. On ne va tout de même pas donner les mêmes avantages aux paresseux qu’au courageux. C’est la porte ouverte au déclin social et je dirais même à la décadence de la civilisation. »

« Mais on pourrait au moins se demander pourquoi il y a des paresseux »

« Euh… non…. Ça va monopoliser des emplois pour rien puisqu’une fois qu’on aura trouvé pourquoi il y a des paresseux, ça leur donnera une bonne raison pour être paresseux. C’est un cercle vicieux. Nous sommes inégaux, mais il ne faut pas chercher à comprendre pourquoi pour ne pas penser que nous aurions des raisons d’être égaux, ce qui nous conduirait inévitablement à la chienlit. »

« Mais c’est que je n’ai pas envie de rester à ma place, moi. Je prendrais bien la vôtre ! »

« La volonté ! Voilà ce que je dis à tous ceux qui pestent ! Si vous voulez m’égaler, retroussez les manches ! »

« On pourrait vous casser la figure par exemple. Je pose une question si l’égalité conduit à la perte de repères, l’inégalité ne conduit-elle pas à la violence ? »

« Euh… Je vous laisse …. Moi, j’étais dispensé de gym au lycée, alors je préfère être inégal, mais de loin. »

Film X

3 décembre, 2014

Maurice est un héros bourré de tics

Son père, polytechnicien avait fait l’X.

Il a un frère missionnaire en Afrique.

Maurice dirige sa vie avec un sextant.

Il s’est marié à Louise, une sexagénaire.

Qui a donné naissance à des sextuplés.

Ils sont nu propriétaires d’une villa

Dans laquelle ils vont nus pieds.

Très mélomanes, ils font partie d’un sextuor.

Souvent, Maurice dit : « Vite, jouons ! Il me tarde ! »

Quels territoires ?

2 décembre, 2014

« Les campagnes se désertifient. On peut rouler des kilomètres sans rencontrer âme qui vive. A la rigueur quelques moutons, mais on se demande où sont passées les bergères. »

« Tout ça ne date pas d’aujourd’hui. Jean Ferrat en parlait déjà dans sa chanson sur la montagne en 1964. A force de désertifier que va-t-il rester entre les villes ? »

« Rien… des bois et des broussailles. On en reviendra au temps des gaulois. Les populations se regrouperont auprès des fleuves, dans des clairières. Le reste sera livré à l’abandon. »

« Les bêtes sauvages reprendront pied dans cet espace : le loup, le lion peut-être. Il faudra surveiller les enfants pour qu’ils ne s’éloignent pas trop de leur HLM. »

« On verra revenir aussi des bandes de brigands qui se cacheront dans le creux des forêts pour rançonner les voyageurs. »

« Remarquez, ce sera plus clair. Aujourd’hui, les brigands se pavanent en ville dans les beaux appartements et ils fraudent le fisc. »

« Vous avez raison. Chacun a sa place. Les gens honnêtes en ville, les truands dans les bois. »

« Ce sera plus juste. Comme les pauvres n’auront plus les moyens de voyager, les pilleurs s’attaqueront aux convois de riches. Robin des bois avait compris le truc. C’est le premier inspecteur des impôts des temps modernes. »

« Euh… moi, je préfèrerais quand même que des gens sérieux restent dans les campagnes. Vous ne voudriez pas vous y installer ? »

« Si, mais alors il me faudrait une école pour les gosses, un boulanger pour me faire du pain, un bistrot pour étancher ma soif et un curé pour m’enterrer dignement. »

« Ce n’est plus la campagne. Vous êtes marrant : vous voulez bien vous installer à la campagne à condition que ce soit la ville ! »

« Et Internet ? Qu’est-ce que vous en faites ? »

« C’est pas Internet qui va vous livrer votre baguette de pain ou votre pack de bières. Non, la campagne est un espace invivable par nature. Il faut pourtant qu’on désigne des volontaires, sinon hop ! Les gangsters seront de retour ! Ou alors les lions. Au choix. »

« De toute façon, avec la montée des eaux qui s’annonce d’ici cinquante ans, une bonne partie des terres vierges sera recouverte. Le problème ne sera plus de vivre à la campagne, mais sur la mer. »

« Alors là, nous voilà replonger au temps des pirates. On aura le choix entre se faire détrousser dans les bois ou piller en mer. »

« Soyons optimistes, il restera des territoires. »

« Où nous pourrons entasser tout le monde dans des immeubles de huit cent mètres de haut. Si les ascenseurs des HLM fonctionnent aussi bien qu’aujourd’hui…. Bon courage à celui qui habite aux deux cent troisième étage. »

« Et la lune ? Et mars ? Il y a encore de l’espace là-haut. Les gens qui ne supportent plus la ville ou la campagne pourront s’installer dans la stratosphère. »

« Et pour leur baguette de pain, ils font comment ? Ils emmènent le boulanger ? »

Est-ce que ?

1 décembre, 2014

Sur les banquettes de moleskine de leur bistrot

Les esquimaux boivent

Ils esquissent les traits d’une vie meilleure :

Un océan sur lequel  leur frêle esquif

Les mènerait vers une presqu’île paradisiaque

Où il n’y aurait pas de téléskis.

Puis vers minuit, ils s’esquivent pour rentrer chez eux.

Est-ce qu’ils sont bien raisonnables ?

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