Archive pour décembre, 2014

Vive la mobilité !

21 décembre, 2014

« C’est comme ça. Maintenant, il faut aller vite, très vite. Les jeunes parlent à toute allure. Je ne comprends rien, ils mangent ou abrègent les mots, ça n’a pas d’importance. L’essentiel  est d’arriver le plus rapidement possible au bout de la phrase. »

« La vitesse est valorisée excessivement. Par exemple, les voitures peuvent rouler jusqu’à des vitesses incroyables. »

« En fait, elles ne sont pas achetées pour leur performance maximale puisque, de toute façon, il est interdit de dépasser le 130. Elles attirent plutôt par la vitesse qu’elles pourraient potentiellement atteindre. »

« La rapidité, c’est aussi ce qui fait le succès du fast-food ou de déjeuner-sandwich. Prendre une demi-heure pour se restaurer tranquillement est très mal vu dans les entreprises. »

« Je crois que ce n’est pas la vitesse qui est bien vue, c’est le fait de rester à la même place qui est mal noté par la société parce que ça coûte cher. Prenons l’exemple les embouteillages de voitures. Vous êtes assis bien tranquillement à votre volant en croyant que vous n’embêtez personne. Erreur ! Tout ça coûte des milliards à la société ! En d’autres termes, elle vous interdit d’aller trop vite en voiture, mais rester sur place, ce n’est pas bien non plus. Vous devez être mobile. »

« Pour le resto, c’est pareil. Il faut aller au resto pour soutenir le commerce, mais il ne faut pas s’éterniser à table pour ne pas encombrer inutilement la place qui pourrait être occupée par un autre consommateur. »

« Ne m’en parlez pas. A l’hôpital, c’est le même problème. Ils n’ont qu’une hâte, c’est de vous voir libérer le lit. Il ne faut pas dire trop vite que vous vous sentez mieux, sinon… Hop ! Dehors. »

« C’est comme ça. Il y a une injonction généralisée à être mobile. Si vous avez envie de passer tranquillement vos congés chez vous, vous êtes un vieux crouton ou alors un vieil ours ou bien un type complètement ringard qui n’est pas ouvert aux beautés du monde. »

« Si je comprends bien, ce qui ennuie les autres, c’est mon immobilité. »

« Oui, votre enveloppe corporelle n’a d’intérêt qu’en mouvement. C’est pour ça que l’Education Nationale va supprimer le redoublement à l’école. Vous vous rendez compte : votre gamin deux ans de suite à la même place ? Près du radiateur ? »

« En entreprise, c’est encore pire. Rester plusieurs années au même poste de travail est une atteinte à la production nationale. Ça s’appelle la souplesse de la main d’œuvre. »

« Il faudrait travailler à un éloge de l’immobilité. »

« Ce n’est pas si facile que ça de ne pas bouger. On peut même arriver à s’ennuyer. »

« Encore une contradiction fondamentale. L’homme aime bien ses habitudes, mais il veut bouger de temps en temps. Ou alors il y est poussé par la pression sociale et invité à faire comme s’il aimait le mouvement. »

« Bon, alors comment on s’en sort ? »

« On ne s’en sort pas. Ces contradictions dégénèrent forcément. Quand tout le monde se déplace, ce sont des embouteillages sur l’autoroute. Lorsque tout le monde change ou est changé d’emploi, c’est l’embouteillage à Pôle Emploi. Autrement trop de mobilité aboutit à l’immobilité. »

« Oui et si vous changez trop souvent de téléviseur ou de voitures ou de téléphone portable, vos vieux instruments encombrent les déchetteries. Les ressources naturelles s’épuisent pour suivre la demande. Et à la fin, Le Monde s’arrête. Ce sera l’immobilité absolue et éternelle. »

 

 

Et qui ?

20 décembre, 2014

Justin n’est pas un type équivoque.

Il a le sens de l’équité

C’est un être équilibré

Qui pratique le commerce équitable.

Il travaille aux services de l’équipement.

Il a son bac… enfin l’équivalent.

Le dimanche, il fait de l’équitation.

Le reste lui est équilatéral.

Histoire de tirets

19 décembre, 2014

C’était un crève-la-faim

Un rien–du-tout.

Il était un peu tire-au-flanc

Un peu je-m’en-foutiste

Il jouait les bouche-trous

Dans une pièce cucu-la-praline.

Monsieur Tout-le-Monde

Lui faisait un pied-de-nez

En dégustant son pot-au-feu

Et en faisant le fier-à-bras.

Ces deux individus ne seront jamais au coude-à-coude.

Nos hommes

18 décembre, 2014

« Comment ? T’es mariée depuis vingt-deux ans ? Avec le même ? Ce n’est pas possible… ça existe encore ? J’espère au moins qu’il est soumis. »

« Euh… c’est un militant de l’égalité des sexes… »

« Mais c’est complètement dépassé. Maintenant, il ne s’agit plus d’égalité, il s’agit d’assurer la supériorité des femmes sur les hommes. »

« Nous partageons les tâches du ménage : il fait les courses, la cuisine, il va aux réunions de parents d’élève, il mène les gamins au jardin d’enfants… »

« C’est tout à fait insuffisant ! Il ne faut rien partager ! Il faut qu’il fasse tout, sauf ce qui te fait envie de faire.  Par exemple, le shopping. Ce n’est pas compliqué : tu passes une journée dans les magasins, tu achètes n’importe quoi – sur un coup de tête si possible – , il porte les paquets, il ne doit pas soupirer d’impatience en levant les yeux en l’air et doit avoir l’air de s’intéresser à ce que tu fais. »

« C’est peut-être beaucoup demander. »

« Non, il ne faut pas lui laisser l’espoir qu’une rébellion est possible. Bien sûr, il apporte ton déjeuner au lit, même quand il est malade. »

« Euh… parfois, je lui fais une petite surprise.. « 

« Pff… C’est la cata ! Au lieu de lui faire des surprises, tu ferais mieux de lui faire des remontrances. Pour n’importe quoi. Les traces de dentifrice sur le lavabo par exemple. C’est un grand classique, ça marche très bien. Tu peux mettre en évidence son sans-gêne. »

« Il va bouder une journée. »

« Justement ! Tu pourras ensuite lui reprocher sa propension à faire la gueule pour pas grand-chose. Dans un couple, c’est intolérable. »

« J’essaie d’être conciliante. On peut éviter des conflits inutiles si tout le monde y et du sien. »

« Non. Il n’y a pas de conflit inutile. S’il a l’impression d’une accalmie, il pourrait en prendre à son aise. Peut-être même que l’estime qu’il a pour lui-même pourrait remonter. »

« Et alors… »

« Et alors, ça ne va pas du tout. S’il accède à un minimum de dignité, il va chercher à te raisonner et à te convaincre de le respecter. Méfie-toi… »

« Mais je le respecte… »

« Alors là, je ne peux pas grand-chose pour toi. Le mien n’ose même plus lever les yeux sur moi, sinon je le condamne à recommencer tout le repassage. Bien entendu, il s’occupe de tout le bricolage dans la maison… »

« Euh… pour la plomberie, il vaut peut-être mieux faire venir un spécialiste. »

« Non. J’espère au moins que tu lui fais honte d’être obligé de gaspiller le budget du ménage alors qu’il pourrait se fouler un peu pour réparer la plomberie, l’électricité, la machine à laver , le PC, la tablette numérique, la voiture et bien évidemment savoir se débrouiller avec les problèmes d’assurance, de banque, d’impôts…. Enfin le basique, quoi ! »

« Le principal, c’est qu’on soit heureux… »

« Quoi ? En plus, il est heureux en ménage ? Toi, je veux bien, mais lui… »

Nous et les robots

16 décembre, 2014

« L’avenir sera rempli de robots. »

« Oui, et sera rempli de chômeurs aussi. Un taux de chômage à 10 % sera considéré comme une bénédiction. »

« Ceux qui sont contre les robots aujourd’hui sont ceux qui jetaient les métiers à tisser dans le Rhône hier. Il y a un truc qui s’appelle le progrès technique, il faut savoir s’adapter, y compris et surtout en changeant ses habitudes.

« Moi, il y a cinquante ans que je m’adapte. Le monde ne s’adapte pas souvent à moi. »

« Si. Vous bénéficiez de nouvelles technologies comme tout le monde : l’écran plat, le robot ménager, le portable… »

« Euh… je ne suis pas sûr d’être plus heureux pour autant. Et avec vos robots presque humains, ça ne va pas s’améliorer. Qu’est-ce qu’il va me garantir qu’ils ne vont pas me maltraiter ? »

« Il faudra leur mettre en place des limites. Peut-être faudra-t-il les élever comme des enfants, les mettre à l’école des robots. »

« Ils vont eux-mêmes faire des enfants. Vous vous rendez compte. Bientôt nous ne serons plus chez nous sur cette Terre. »

« Ne faisons pas de science-fiction. Pour le moment, c’est nous qui les maîtrisons. Et puis, je ne suis pas sûr qu’ils auront un jour notre degré d’intelligence. »

« Vous n’en êtes pas certain, ça ne me rassure pas. Je supporterai assez mal qu’un robot plus intelligent que moi, mette son nez dans mes affaires. Finalement la question c’est de les maintenir en esclavage. Mais en général, ça se termine mal, les esclaves, ça se révolte. »

« Sauf que les robots, ça ne se fatiguent pas. »

« Ah, on a inventé des matériaux qui ne s’usent pas ? Et puis, il y a aussi la fatigue nerveuse. Le jour où mon robot personnel en aura marre de faire mon lit tous les jours, il va me faire des histoires. Je serai obligé de me faire mon petit déjeuner moi-même et peut-être le sien aussi. »

« Allons, allons ! Un robot n’aura jamais d’âme encore moins d’amour-propre. Il faudrait d’abord qu’on réussisse à construire les algorithmes correspondants et par conséquent  qu’on découvre les mystères de l’âme humaine. Si vous relisez tous les écrivains qui se sont penchés sur la question depuis la nuit des temps sans trouver la clé, vous pouvez être tranquille…

« Euh… je ne suis toujours pas rassuré. Les hommes ont une puissance de raisonnement limité, c’est pour ça qu’ils ont deux mille ans à se mettre à l’ère du numérique. Des cerveaux électroniques qui auraient été mis sur terre à l’époque de Jules César auraient été beaucoup plus vite. Nous sommes très lent, moyennement intelligent et c’est tant mieux. »

« On a longtemps patiné, mais tout s’accélère. En 100 ans, on a découvert l’électricité, la voiture, les rasoir électrique, le téléphone portable … »

« D’accord, mais ce sont des choses qui ne sont pas autonomes. On peut encore appuyer sur un bouton pour les mettre hors service. J’ai encore la liberté de marcher à pied au lieu de prendre la voiture ou bien de ne pas me raser. »

« Bon, alors vous me la prenez ma tondeuse à gazon télécommandée. »

« Oui, mais je prends le modèle de base ; celui qui ne replante pas le gazon après l’avoir coupé. »

Un billet X

15 décembre, 2014

Max est musicien.

Il joue du saxo.

Puis récite des textes.

Il ne vit pas dans le luxe

Dans la région de la Saxe.

Il paye une taxe

Pour habiter dans un box

Avec une actrice X

Très sexy.

 

Il faut se battre

14 décembre, 2014

« Vous êtes pour le PSG ou l’OM ? Pour ou contre la PMA, la GPA ? Pour ou contre l’UMP ? Pour ou contre l’IF ? Allons, allons, il faut vous décider ! »

« J’en sais rien. Je m’en fiche. Pourquoi faut-il donc prendre parti ? »

« Je vois ce que c’est. Monsieur est du parti de ceux qui aiment tout le monde. Monsieur est un démagogue. Eh bien, c’est interdit ! Vous devez être d’un côté ou de l‘autre et éventuellement casser la figure à ceux qui n’ont pas votre avis. Ça s’appelle avoir le courage de ses opinions. »

«Le courage ne consiste-t-il pas à regarder ce qu’il y a de bon dans chaque point de vue pour essayer de les rapprocher ? »

« De pire en pire. Vous n’avez rien compris. La vie consiste à se battre. C’est grâce au combat que les meilleurs se dégagent. Avec des gens comme vous, la sélection naturelle ne fonctionne plus. Vous êtes un mou, et vous forgez une civilisation de mou. Hou ! Honte à vous ! »

« Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à chercher des solutions qui recueillent un certain niveau de consensus entre les habitants qui ont – sauf vous – l’envie de vivre en paix, plutôt que de s’échiner à trouver un sujet de discorde avec les voisins. »

« Vivre en paix est absolument impossible. Depuis des millénaires les hommes se cognent les uns contre les autres pour des questions de territoires, de religion. Ou des bêtises lorsqu’on ne trouve plus d’autres motifs. »

« Bon d’accord. Alors dites-moi : quand vous êtes dans le camp des vaincus, qu’est-ce que vous faites ? »

« D’abord, je rumine ma déception. Et puis dès que j’en ai l’occasion, je cherche à prendre ma revanche sur un autre plan.  Si je soutiens l’OM et que le PSG gagne, j’attends les supporters du camp adverse à la sortie pour leur tomber dessus. Si je suis pour la droite et que c’est la gauche qui gagne, je m’arrange pour manifester contre toutes les mesures de la gauche et vice-versa. »

« Euh… c’est un peu primaire, non ? »

« Oui, nous sommes des êtres primaires. Vous ne voudriez pas que j’admette mon statut de vaincu. Ce ne serait pas digne du tout. Je vous rappelle que nous sommes sur terre pour nous battre. »

« On peut peut-être être assez intelligent pour écouter ce que les autres ont à dire et éventuellement changer d’avis. »

« Vous rigolez ! Changer d’avis, moi ! Ce serait un aveu de faiblesse inadmissible. Je n’oserai même plus rentrer chez moi. Que penseront mes enfants ? »

« Même quand vous avez tort ? »

« Surtout quand j’ai tort ! J’ai peut-être tort, mais j’ai raison de prendre parti ! C’est comme ça qu’on fait progresser la collectivité. Ceux qui pensent comme vous que tout le monde a raison font faire du surplace à la société ! »

« Il y a des sujets sur lesquels on est obligé d’avoir le même avis. La terre est ronde par exemple. »

« C’est pas sûr. Elle est légèrement aplatie aux pôles. Mais je ne vais pas fonder le parti de ceux qui croient que la terre est un ballon de rugby. »

« C’est dommage, je pourrais me dresser contre vous. »

Navigation en vue

13 décembre, 2014

Maurice est un homme qui ne louvoie pas.

C’est un avocat qui plaide souvent à la barre.

Il sait être à l’écoute des autres.

Il a trouvé Driss

Affalé contre un arbre.

Driss était à la dérive.

Il lui a trouvé un lit et l’a bordé.

Aujourd’hui, ils jouent aux quilles

Et ont élevé un phoque ensemble.

Quand ?

12 décembre, 2014

Jean, le Pélican

Est ami avec Luc, le Toucan.

Ils survolent le Vatican

Et le sommet des volcans.

Les jours de fête, ils font du boucan.

Parfois, ils volent des noix de pécan.

Ils sont craquants

Ces trafiquants.

Un exclu ?

11 décembre, 2014

« Je ne suis qu’un pauvre homme. Pas très intéressant. »

« Mais non, mais non. Pourquoi dites-vous ça, mon vieux ? Il ne faut pas vous dévalorisez. Vous êtes un homme plein de ressources. »

« Non, non ! Vous dites ça pour me faire plaisir ! Je le sens bien ! Je ne sais rien, je ne connais rien. Chaque fois que je raconte quelque chose, je me trompe ou alors tout le monde s’en fout. Les gens se demandent pourquoi je leur parle. Il y en a même qui doivent se demander pourquoi j’existe. »

« Allons, allons, c’est un petit coup de déprime, ça va passer. »

« Euh… non. Déjà, à l’école personne ne voulait de moi dans son équipe de foot. Certes, je ne jouais pas très bien. Mais enfin, j’avais une marge de progrès… »

« Bof… à l’école, on a tous connu des problèmes ! »

« Pas autant que moi. Après, ça s’est aggravé. A Pôle Emploi, ils se sont débrouillés pour perdre mon dossier. Je n’étais même pas un chômeur officiel ! »

« En effet, c’est consternant… »

« J’ai fini par trouver un job à cause d’un DRH qui s’est trompé de dossier. Il avait retenu quelqu’un qui me ressemblait, en beaucoup plus brillant. »

« Donc, vous avez un job… »

« Si on veut. Je suis celui dont tout le monde se demande ce qu’il fait. Celui auquel on confie les dossiers sans importance dont personne ne veut. Celui qu’on envoie aux réunions auxquelles on doit aller mais qui ne servent à rien. J’ai représenté ma société dans plein de cérémonies interminables : des remises des prix, des départs à la retraite, des mariages … Enfin, vous voyez le genre ! »

« Mais c’est pas mal ça ! La vie est pleine de rites qui ne servent à rien sauf à rappeler qu’on vit ensemble et qu’il doit donc y avoir des moments de convivialité. »

« Ah bon ? Vous croyez ? Je serai donc un chargé de mission aux rites ? »

« Oui. Pensez aussi à tous ceux qui ne font rien et qui font semblant de faire quelque chose pour ne pas sentir exclus. Ce sont les mêmes qui racontent n’importe quoi en société pour qu’on ne les oublie pas. Vous êtes beaucoup plus heureux qu’eux. »

« Vous avez raison. De toute façon, plus exclu que moi, ça n’existe pas. Je suis tranquille sur ce plan –là ! »

« Vous voyez. Et puis, en plus, je trouve très intéressante la manière dont vous racontez votre condition d’exclu. Ça me change de tous ceux qui racontent le processus de leur réussite et leurs espoirs d’ascension sociale. Vous n’avez pas d’espoir, j’espère ? »

« Absolument aucun. Au point où j’en suis, je ne vois pas bien pourquoi la société s’intéresserait à mon cas. Il n’y a aucune raison que je progresse ni dans mon boulot, ni dans le regard des autres. »

« Ouf, vous m’avez fait peur »

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