Archive pour le 25 décembre, 2014

Je m’excuse

25 décembre, 2014

« Vous avez remarqué : il y a beaucoup de personnes qui passent leur temps à s’excuser ou à dire qu’elles sont désolées après vous avoir dit quelque chose qui vous contrarie, tout en sachant très bien qu’ils vous contrarient. »

« Oui, moi je ne m’excuse pas. Ce n’est pas la peine, c’est même assez hypocrite. Si j’ai envie de vous contrarier, je ne vous pas de quoi je m’excuserai.»

« La plupart du temps, ils s’excusent de dire des choses blessantes. Dans notre civilisation, il n’est pas très bien vu d’agresser les autres.

« Si ça les gêne, ils n’ont qu’à ne pas agresser les autres. »

« Le problème, c’est que ça les contrarie d’agresser, mais que dans la même seconde, ils ressentent la satisfaction quasi-érotique de s’imposer face à leur interlocuteur. En quelque sorte, ils s’excusent du plaisir qu’ils ont pris en lui disant ses quatre vérités. »

« Nous revoilà sur des principes judéo-chrétiens. Il est mal de faire de la peine aux autres. Il est mal d’y prendre du plaisir. Alors, on s’excuse de tout… Euh… mais j’y pense : en général, il manque une pénitence. »

« Sauf si vous êtes rongé par le remords. C’est le cas des gens qui, après vous avoir dit que vous n’êtes qu’un nullard, vous sortent qu’ils sont désolés. Ils sont désolés de vous avoir insultés, désolé d’avoir pris du plaisir, désolé de tout…  »

« En fait, ils ne sont pas désolés, ils sont soulagés. Soulagés parce qu’ils ont assouvi l’envie de vous insulté, soulagés parce qu’ils se sont excusés, soulagés parce que vous ne leur avez pas cassé la figure… soulagés, quoi. Finalement, je ne vous aime pas. Je ne m’en excuse absolument pas. D’abord parce que je ne suis pas sûr que ça vous fasse de la peine et ensuite parce que, si ça vous fait de la peine, ça ne me dérange pas beaucoup puisque je ne vous aime pas. »

« Mais je pourrais vous faire remarquer que vous n’êtes pas un bon chrétien, puisque vous n’aimez pas votre prochain auquel cas vous entreriez dans un processus d’auto culpabilisation qui peut vous conduire à vous excuser auprès de moi. »

« Euh bin… non. Je peux m’en tirer autrement. Quand on s’excuse, c’est qu’on pense qu’on a blessé son vis-à-vis. Si vous rouspétez parce que vous êtes blessé, je vous dirais que, si je ne vous aime pas, ce n’est pas à cause de votre personnalité, c’est mon ressenti personnel que j’exprime et qui ne peut donc vous atteindre. Je peux même ajouter que ce n’est que mon opinion et que je comprends que d’autres puissent vous aimer, même si je le désapprouve. Les amours-propres sont saufs. Et moi, je ne m’excuse toujours pas. CQFD. »

« Vous pourriez au moins être désolé. »

« Non plus. Etre désolé évoque un paysage ravagé par les intempéries. Je ne suis absolument pas ravagé par le simple fait que je ne vous aime pas. »

« Oui, mais vous pourriez être désolé par le fait de ne pas appartenir à la catégorie des gens qui m’aiment et de rater ainsi une connaissance riche d’enseignements. »

« Je n’envie pas les gens qui vous aiment, je ne suis donc pas désolé. Et je ne vois donc pas  pourquoi je dirais que je suis désolé. » 

« Donc, vous aimez me blesser en me déclarant que vous ne m’aimez pas. Vous ressentez de la satisfaction à me le dire. Par conséquent au lieu de me dire : je suis désolé, vous devez me dire : je vous remercie ! »