Archive pour le 9 décembre, 2014

Promiscuité

9 décembre, 2014

« J’ai horreur de la foule. »

« Moi aussi. Je n’aime pas être entouré d’un grand nombre de personnes. Je me sens oppressé. Et puis, vus de près les gens ont l’air méchant. L‘idéal, ce serait d’être dans une foule que je pourrais regarder de loin. »

« Moi, je tombe toujours à côté de ceux qui sentent mauvais : l’alcool, le tabac, la transpiration ou, dans le meilleur des cas, celui qui s’est aspergé d’eau de Cologne. »

« Je connais ça. En plus, on est obligé d’avoir l’air indifférent. De faire comme si on ne sentait rien. Si on se bouche le nez l’air dégouté, c’est la bagarre assurée ! »

« Il  y a aussi ceux qui profitent du métro pour se presser contre vous. C’est dégoutant, mais on ne peut pas lui dire que c’est dégoutant vu qu’on ne peut plus se déplacer. Au mieux, on peut se retourner sur soi-même, avec le risque de se trouver face à plus dégoutant. »

« Pire encore : si par hasard vous vous trouvez projeté contre une jolie femme ou un beau mec, vous avez intérêt à prendre une mine blasée. Si vous avez un regard concupiscent, c’est le harcèlement sexuel assuré. Trois ans de prison minimum… »

« Sauf pendant les soldes, là c’est chacun pour soi. On risque aussi trois ans de prison… mais ce sera pour coups et blessures volontaires… »

« Bref, quand je suis dans la foule, j’ai toujours un sentiment d’insécurité. Quand je suis seul aussi d’ailleurs. Mais ce n’est pas la même insécurité. »

« Moi quand je marche sur le trottoir, je chemine le plus loin possible du mur pour ne pas me faire coincer. Il se trouve toujours des paumés pour vous aborder. Pour vous demander leur chemin par exemple. »

« Dans ce cas, moi je dis tout le temps que je ne sais pas, même si je suis en face de chez moi, pour éviter les coups tordus. Et puis les gens n’ont qu’à consulter leur GPS au lieu de m’embêter. »

« Le plus désagréable, c’est de sentir complètement anonyme dans la foule. Nous ne sommes qu’un numéro qui se déplace mécaniquement d’un point à un autre parmi d’autres numéros. »

« C’est vrai, ça ne devrait pas être désagréable d’être entouré de fans dès qu’on met les pieds dehors. Des gens qui crient votre nom, qui vous tendent un bout de papier pour avoir un autographe. Moi, je m’y vois bien. Mais personne ne hurle mon nom… »

« Remarquez, on n’est jamais content, on n’aime pas la foule, sauf si on est le centre d’attention. »

« C’est vrai, nous avons le déplacement en foule morne et triste. D’ailleurs, voyez la tête des gens dans la rue, ils ont tous l’air catastrophés ou amers. On dirait qu’ils supportent tous toute  la misère du monde. Surtout quand ils vont au boulot. »

« C’est exact. Ils ne font pas beaucoup d’efforts pour m’inciter à être gai. Il y a une sorte de contamination de la tristesse. Plus, les autres sont lugubres, moins j’ai envie de rigoler et plus je me déteste. La foule qui se marre, c’est un concept qui reste à inventer. »

« Le pire du pire, c’est que les pickpocket en profitent pour s’attaquer à votre portefeuille. »

« Euh… on n’en pas encore vu un qui essaie de vous faire les poches en rase campagne. »

« Résumons-nous : vous me collez, vous sentez mauvais, vous êtes triste, vous êtes sur le point de m’agresser et vous êtes un probablement un peu voleur. Comment voulez-vous que je vous trouve sympathique ? »