Archive pour le 7 décembre, 2014

C’est interdit !

7 décembre, 2014

« On n’arrête pas de m’interdire des trucs. Ça a commencé à l’école. Il ne fallait pas bavarder en classe. Moi, j’oubliais tout le temps mon rapporteur, j’étais bien obligé d’emprunter celui de mon voisin. »

« Imaginez le brouhaha, si chaque élève oublie son rapporteur. Et puis, ça apprend à ne pas oublier ses affaires à la maison. C’est ça apprendre à travailler ! »

« Bon d’accord ! Mais après je ne comprends pas pourquoi, il était interdit de parler au chauffeur du bus scolaire. D’autant plus que le père Mercier avait envie de nous parler. Il était tout content de nous raconter sa vie dont on se fichait royalement. »

« Ce n’est pas bien non plus. Parler monopolise l’attention du chauffeur sur ce qu’il dit alors que le silence l’oblige à se consacrer à ce qu’il fait. Vous vous rendez compte des risques que vous avez pris et fait prendre ? »

« Et dans les galeries commerciales, on m’interdisait de jouer dans les escalators. C’était pourtant marrant de descendre alors qu’on montait, ça apprend à relativiser les évènements de la vie et à maîtriser les mouvements de son corps dans l’espace. »

« Ouh ! Là ! Là ! Mais vous êtes fou. On ne va pas dans les grands magasins pour faire un exercice de maîtrise corporelle. Vous pouvez vite tomber ou faire tomber une vieille dame qui elle, n’a aucune envie de savoir si elle contrôle son corps dans un univers relatif. »

« Bon, très bien … Alors, est-ce qu’on peut m’expliquer pourquoi il est interdit de donner à manger aux animaux du parc zoologique. Pour les gamins, ça permet de créer une vraie relation entre l’humain et l’animal. Au lieu de cette communication, maintenant le gamin en est réduit à regarder béatement l’animal et à s’ennuyer ferme. »

« Et alors ? Les animaux sont nourris par le personnel du parc. Ils n’ont pas à déjeuner avec les cochonneries qu’ingurgitent les gamins ! »

« Bon alors, qu’on me dise pourquoi je ne dois pas faire de bruit après 22 heures. Moi, je suis de la nuit.22 heures, c’est l’heure à partir de laquelle je mets la musique à fond et je commence à me sentir bien dans ma peau. »

« Euh… les voisins s’en fichent un peu. Il y en a qui aimeraient bien dormir… »

« Pff… tout est interdit quoi… Je n’ose même pas vous parler de l’interdiction de fumer en public… »

« Vous faites bien. La fumée me dérange. Si vous sortez votre paquet de clopes devant moi, c’est assimilable à une tentative d’assassinat. J’en serai fort marri. »

« Et pourquoi faut-il marcher sur le trottoir d’en face ? Je ne tue personne quand je marche où il me fait plaisir de marcher. »

« Non, mais vous pouvez gêner des ouvriers qui travaillent. Et puis, on ne marche pas n’importe où dans la ville. Par exemple, on ne traverse pas la rue en dehors des clous. »

« C’est pourtant marrant de zigzaguer entre les voitures, ça me donne un sentiment de liberté. D’ailleurs, plus généralement, braver les interdits me donne le sentiment de goûter à la liberté. »

« Vous n’avez rien compris. Vous n’avez pas à être libre. Votre liberté s’arrête où commence celle des autres. Et comme, on est de plus en plus nombreux, son champ d’action se restreint comme peau de chagrin. »