Archive pour octobre, 2014

Une histoire idiote

20 octobre, 2014

Karl était boucher

Il lisait Gogol.

Carla vendait des tartes

Et élevaient des bêtes.

Comme ils étaient pauvres, ils mangeaient des nouilles.

Un jour Karl avait fait son ballot

En emportant une gourde.

Il était parti à la cloche de bois

Vers Louise, une prof de maths qui étudiait les angles obtus.

Mais devant Carla, Karl niait

Il disait avoir juste fait un saut.

Riche et pauvre à la fois

19 octobre, 2014

« Ah, Charles ! J’envie votre petite vie bien tranquille, un petit salaire à la fin du mois, un petit appartement, une petite femme… Un petit tour au marché le samedi matin… Une petite location au Lavandou en été…. Tranquille comme Baptiste, quoi ! »

« Euh, moi, j’aimerais bien avoir votre vie. Une grande villa avec piscine, un grand jacuzzi, une grande domesticité, une grande limousine conduite par un grand chauffeur… »

« Mon pauvre, vous savez pas ce que c’est. Un jour à New-York, le lendemain à Tokyo. La guerre permanente contre les concurrents. Le stress, la crainte de l’infarctus…. Tandis que vous, peinard sur la plage du Lavandou… »

« Vous ne savez pas ce que c’est non plus. La crainte de ne pas finir le mois, l’humiliation devant le banquier dès le moindre découvert, les déjeuners du dimanche chez la belle-mère, votre gamine qui vous reproche votre train de vie médiocre… tout en n’en fichant pas une rame au collège ! Merci la vie ! »

« Oui, peut-être, mais vous vous n’avez pas la justice sur le dos dès que vous avez oublié un compte en Suisse. Vous n’êtes pas assailli par la presse dès que vos usines polluent un tout petit peu la campagne. Vous n’êtes pas victime du racisme anti-riche… »

« Ça ne risque pas. Je voudrais bien vous y voir. Vous ne mettez pas le même costard tous les jours depuis quinze ans. Vous n’êtes pas obligé de conduire vous-même votre bagnole à la révision en priant les dieux pour qu’elle tienne encore un an. Vous n’avez pas à penser à aller au pressing pour récupérer la robe de Madame ou au veto pour faire vacciner le chat de la gamine. »

« Peut-être, mais si vous croyez que ça m’amuse de me taper les garden-parties à l’Elysée ou des voyage en Afrique dès qu’un dictateur a envie de faire des affaires avec moi. Vous ne pouvez pas savoir, ça me donne le tournis. Des fois, je me vois effondré sur un canapé, une petite bière à la main en train de regarder le foot à la télé… »

« Le foot à la télé, c’est ma seule distraction de la semaine…. Tandis que vous, c’est tous les soirs : exposition, vernissage, théâtre … Entouré de femmes superbes dans des robes somptueuses qui se pressent avidement autour de votre smoking blanc ! »

« Pff… Elles sont incultes et idiotes tandis que vous, vous pouvez partager la chaleur de votre foyer avec votre petite femme aimante et modeste. C’est ça qui me manque le plus… Au lieu de ça, j’en suis à trois divorces, figurez-vous. Vous n’imaginez les frais ! »

« Vous vous rattrapez sur la nourriture. Vous êtes invité partout. Vous n’avez jamais besoin de prononcer en rentrant chez vous, la célèbre phrase meurtrière pour tous les couples : qu’est-ce qu’on bouffe ce soir ? »

« Peut-être, mais en attendant, je suis obligé de me bourrer de petits fours et de champagne. Résultat, je fais de l’obésité et du diabète alors que vous, vous pétez la forme. Je rêve d’un petit bœuf aux carottes que je pourrais déguster avec femme et enfants sur la toile cirée familiale. »

« On échange ? Je vous laisse la femme, le bœuf aux carottes, la toile cirée… »

« Je n’ai pas de chemise froissée, ni de pantalon de velours informe… »

« Je vous les échange aussi contre votre smoking blanc. »

Nos mauvais poèmes

18 octobre, 2014

César

A fait l’école des Beaux-Arts.

Mais il n’est pas un Mozart.

Ce n’est pas un hasard

S’il tient un magasin de falzars.

Car c’est un véritable lézard.

Partout où il passe, c’est le bazar.

Ou alors le blizzard.

Il est vraiment bizarre.

Ce César.

Quand ?

17 octobre, 2014

Germain habite à Caen.

Il n’a pas lu Kant.

Mais il a son quant-à-soi.

Au cinéma, il a vu ‘Quand passent les cigognes’

Et ‘Quand Harry rencontre Sally ‘.

Il chante parfois ‘Quand on a que l’amour’

Ou bien ‘Petit Papa Noêl, quand tu descendras du ciel’

Car, un jour, il fera fortune, quand les poules auront des dents.

Les honneurs

16 octobre, 2014

« Moi je n’aime pas les honneurs. »

« Vous êtes trop modeste. Avec tout ce que vous faites pour les autres, vous méritez bien qu’on vous rende hommage. »

« Euh… les hommages, c’est quand on est décédé. Moi, je n’aime pas trop qu’on m’en parle maintenant.  Et puis je ne fais que mon travail, après tout. »

« Oui, mais vous le faites bien, toujours prêt à suppléer les autres, à en faire un peu plus que la norme. Si, si vous êtes un exemple ! »

« Quand on me félicite, je ne sais pas quelle tête je dois faire. Si je plastronne, on va me dire que je fais mon malin ou que je ferais n’importe quoi pour me faire remarquer. Si je reste dans mon coin, on me dira que je fais de la fausse modestie. »

« Je reconnais que ce n’est pas facile d’être loué. Prenez exemple sur moi : accueillez les félicitations avec un léger sourire de reconnaissance, comme si c’était tout à fait naturel. Comme le fait que vous soyez meilleur que les autres allait de soi. »

« Euh… c’est peut-être un peu prétentieux. Le plus admirable n’est-il pas celui qui n’est pas très bon et qui, pour une fois, se surpasse ?»

« Si on va par-là, on va féliciter les médiocres. Votre dévouement constant à la collectivité n’a rien à voir. Soyez fier et modeste de ce que vous faites. »

« Finalement, ça m’arrangerait si vous ne me couvriez pas de louanges. Je ne sais plus ou me mettre. »

« Entre gens de qualité, il faut savoir se serrer les coudes. Si vous n’acceptez pas de félicitations, il se pourrait qu’on ne me félicite plus. Moi, j’aime bien. »

« Bon, alors je pourrais accepter les honneurs en disant que c’est grâce à vous si je les ai mérités. »

« Ce serait bien. Comme ça, on me louera deux fois : pour ce que j’ai fait et pour ma profonde modestie qui me conduisait à ne pas me mettre au premier plan. »

« Oui, mais du coup, je risque d’être couronné pour mon honnêteté qui m’a amené à faire rejaillir sur vous les honneurs que j’aurais pu m’approprier. »

« C’est vrai. Alors, on fait comment ? »

« Le mieux serait de supprimer les distinctions, les médailles, les passages à la télé… Les récipiendaires sont gênés et les autres se sentent un peu dévalués. La seule récompense de vos bienfaits, c’est vous-même qui vous pouvez vous la décerner en ayant fait votre devoir. »

« C’est embêtant comme solution parce que personne ne saura que je me suis longuement félicité de ce que j’ai fait. »

A table !

15 octobre, 2014

Louis n’a pas eu de pot.

On l’a ramassé à la petite cuillère.

Avec ses concurrents, il a mené une lutte au couteau.

Mais ses prix se situaient dans le haut de la fourchette.

Louis a donc bu la tasse.

Il est resté en carafe.

Mais il n’en fait pas tout un plat.

Il sait voir le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide.

Vive le Roi !

14 octobre, 2014

« Vous aimeriez être le Prince de Galles ou de Monaco ? Ou alors la reine d’Espagne ou des Pays-Bas ? »

« Euh…  c’est une situation curieuse. On a l’impression que ces gens ont pour mission divine de ne rien faire, surtout ne rien faire ! En fait leur seul boulot, c’est d’exister. De symboliser le temps qui passe. C’est difficile d’incarner un concept comme le temps… . »

« Ils ne font rien, mais doivent savoir beaucoup de choses. Monter à cheval, danser la valse, faire la révérence, se tenir en société, connaître l’arbre généalogique de toute la noblesse d’Europe …  Ce sont des trucs qui ne servent à rien, mais c’est quand même un vrai savoir-faire. »

« Remarquez que je connais plein de gens qui ne font rien et qui gagnent largement leur vie en donnant l’impression du contraire. »

« Oui, mais dans le cas des nobles, ce n’est pas une impression, c’est quasiment une vocation. Ne pas la respecter, c’est déroger. En plus, ils sont très surveillés. Je ne vois pas le Prince de Galles flemmarder au lit sous prétexte qu’il n’a pas envie de se lever aujourd’hui. Contrairement à notre collègue Dumoulin qui prend toujours des airs surbookés tout en restant chez lui quand ça lui chante… »

« De toute façon, pour être noble, il faut être bien né. Moi avec mon papa charcutier et ma maman postière, je n’ai aucune chance… »

« J’ai envie de militer pour le retour de la Royauté. Le système avait au moins un avantage, c’est que le Roi n’était pas obligé de faire des promesses qu’il n’aurait pas tenues puisque , quoiqu’il arrive, il était toujours là. Tandis que maintenant… »

« C’est vrai, il nous manque quelqu’un pour incarner le temps. Il y a bien Zidane ou alors Charles Aznavour, mais… »

« Oui, et puis il faudrait aussi incarner le peuple. Et pour incarner soixante-cinq millions de français qui ne sont d’accord sur rien, j’aime autant vous dire que ce n’est pas de la tarte… Il faudrait fonder une nouvelle dynastie. »

« Bon, je vais essayer. Si je dis que je suis Dugenou Ier, personne ne me contredira. En utilisant les réseaux sociaux, je pourrais provoquer beaucoup de ralliements en ma faveur. Je pourrais constituer un Etat virtuel. »

« C’est une idée, mais je ne suis pas sûr que les descendants du Roi de France apprécient. Ils vont lever une armée royale pour vous attaquer. Virtuellement bien sûr.»

« J’ai l’habitude : c’est comme ça qu’Hugues Capet a commencé, après tout. Le seul problème, c’est qu’il faut que je convainque mon Prince Héritier qu’il sera Dugenou 2. Il est très brillant à l’école et il ne veut pas ne rien faire. Il tient à faire une grande carrière dans la finance internationale. »

« Ce n’est pas très noble… »

Double jeu

13 octobre, 2014

Zézette

A mis ses tatanes.

Elle a remué son popotin.

Elle est allée voir ses cocottes

Et les a un peu titiller.

Ses poules ne sont pas des cacatoès.

Elle les appelle ses bibiches.

Elles viennent de Cocody.

Les frustrés

12 octobre, 2014

« Vous devez souffrir. C’est obligatoire. Avez-vous eu une jeunesse malheureuse ? »

« Non, pas vraiment. »

« C’est dommage. Avoir eu une enfance difficile forge le caractère, et puis vous auriez pu vous en flatter et vous donner en exemple. »

« Je peux me rattraper ? »

« Oui, mais il faut vous dépêcher : être largué ou connaître un revers de fortune serait du meilleur effet. »

« Mais enfin, on ne peut pas être heureux, tout simplement. »

« Non, si vous avez tout ce que vous voulez, vous ne pourrez pas croire à un au-delà meilleur. Et puis si vous êtes satisfait de votre vie, vous avez moins de besoins et par conséquent vous consommez beaucoup moins, mettant la croissance économique nationale en danger par votre indifférence. La religion et l’économie sont contre vous. Vous êtes mal barré. »

« C’est pourtant ce qu’enseigne les grands Sages : savoir se satisfaire de son sort. »

« Si vous êtes trop satisfait, vous souffrez aussi car en regardant autour de vous, vous vous demanderez pourquoi la maladie ou la pauvreté vous épargne. Vous allez vous sentir vaguement coupable d’être privilégié. C’est très mauvais pour la santé. »

« Donc, je fais comment ? »

« Plaignez-vous de quelque chose. Ayez l’air acariâtre, amer. Ça vous donnera des sujets de conversations. Si vous êtes monsieur-tout-va-bien, vous allez finir par passer pour un benêt. »

« Vous ne trouvez pas ça ridicule ? »

« Non. De toute façon, c’est inévitable. Si vous n’aspirez à rien d’autre que ce que vous possédez, vous perdez de vue le sens de votre vie. Donc d’une manière ou d’une autre, vous souffrez, même si vous êtes content de vous. »

« En résumé, il faudrait que je me choisisse une frustration. »

« Il serait temps. Je n’ai jamais vu autant d’inconscience. Tenez, moi, je voudrais être un grand artiste peintre, mais je sais que je n’y arriverai jamais. J’enrage nuit et jour. Donc, globalement, ça va bien. Vous avez bien un petit quelque chose qui vous contrarie ? »

« Si je pouvais éviter d’aller chez ma belle-mère le dimanche.. ; »

« Et bin, voilà ! Quand vous voulez ! Un conseil : continuez à y aller en priant pour ne pas y aller ! »

« Ça tombe mal, dimanche prochain, elle part en croisière. »

« Ce n’est pas grave, soyez frustré de votre absence de frustration. »

Les premiers seront les derniers

11 octobre, 2014

Le premier ministre

A une tête de premier de la classe

Il est habillé à la dernière mode

Il n’est pas tombé de la dernière pluie

L’an dernier

Il était simplement premier adjoint

Mais aux dernières nouvelles

Les derniers seront les premiers.

C’est une vérité première.

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