Archive pour le 19 octobre, 2014

Riche et pauvre à la fois

19 octobre, 2014

« Ah, Charles ! J’envie votre petite vie bien tranquille, un petit salaire à la fin du mois, un petit appartement, une petite femme… Un petit tour au marché le samedi matin… Une petite location au Lavandou en été…. Tranquille comme Baptiste, quoi ! »

« Euh, moi, j’aimerais bien avoir votre vie. Une grande villa avec piscine, un grand jacuzzi, une grande domesticité, une grande limousine conduite par un grand chauffeur… »

« Mon pauvre, vous savez pas ce que c’est. Un jour à New-York, le lendemain à Tokyo. La guerre permanente contre les concurrents. Le stress, la crainte de l’infarctus…. Tandis que vous, peinard sur la plage du Lavandou… »

« Vous ne savez pas ce que c’est non plus. La crainte de ne pas finir le mois, l’humiliation devant le banquier dès le moindre découvert, les déjeuners du dimanche chez la belle-mère, votre gamine qui vous reproche votre train de vie médiocre… tout en n’en fichant pas une rame au collège ! Merci la vie ! »

« Oui, peut-être, mais vous vous n’avez pas la justice sur le dos dès que vous avez oublié un compte en Suisse. Vous n’êtes pas assailli par la presse dès que vos usines polluent un tout petit peu la campagne. Vous n’êtes pas victime du racisme anti-riche… »

« Ça ne risque pas. Je voudrais bien vous y voir. Vous ne mettez pas le même costard tous les jours depuis quinze ans. Vous n’êtes pas obligé de conduire vous-même votre bagnole à la révision en priant les dieux pour qu’elle tienne encore un an. Vous n’avez pas à penser à aller au pressing pour récupérer la robe de Madame ou au veto pour faire vacciner le chat de la gamine. »

« Peut-être, mais si vous croyez que ça m’amuse de me taper les garden-parties à l’Elysée ou des voyage en Afrique dès qu’un dictateur a envie de faire des affaires avec moi. Vous ne pouvez pas savoir, ça me donne le tournis. Des fois, je me vois effondré sur un canapé, une petite bière à la main en train de regarder le foot à la télé… »

« Le foot à la télé, c’est ma seule distraction de la semaine…. Tandis que vous, c’est tous les soirs : exposition, vernissage, théâtre … Entouré de femmes superbes dans des robes somptueuses qui se pressent avidement autour de votre smoking blanc ! »

« Pff… Elles sont incultes et idiotes tandis que vous, vous pouvez partager la chaleur de votre foyer avec votre petite femme aimante et modeste. C’est ça qui me manque le plus… Au lieu de ça, j’en suis à trois divorces, figurez-vous. Vous n’imaginez les frais ! »

« Vous vous rattrapez sur la nourriture. Vous êtes invité partout. Vous n’avez jamais besoin de prononcer en rentrant chez vous, la célèbre phrase meurtrière pour tous les couples : qu’est-ce qu’on bouffe ce soir ? »

« Peut-être, mais en attendant, je suis obligé de me bourrer de petits fours et de champagne. Résultat, je fais de l’obésité et du diabète alors que vous, vous pétez la forme. Je rêve d’un petit bœuf aux carottes que je pourrais déguster avec femme et enfants sur la toile cirée familiale. »

« On échange ? Je vous laisse la femme, le bœuf aux carottes, la toile cirée… »

« Je n’ai pas de chemise froissée, ni de pantalon de velours informe… »

« Je vous les échange aussi contre votre smoking blanc. »