Archive pour le 16 octobre, 2014

Les honneurs

16 octobre, 2014

« Moi je n’aime pas les honneurs. »

« Vous êtes trop modeste. Avec tout ce que vous faites pour les autres, vous méritez bien qu’on vous rende hommage. »

« Euh… les hommages, c’est quand on est décédé. Moi, je n’aime pas trop qu’on m’en parle maintenant.  Et puis je ne fais que mon travail, après tout. »

« Oui, mais vous le faites bien, toujours prêt à suppléer les autres, à en faire un peu plus que la norme. Si, si vous êtes un exemple ! »

« Quand on me félicite, je ne sais pas quelle tête je dois faire. Si je plastronne, on va me dire que je fais mon malin ou que je ferais n’importe quoi pour me faire remarquer. Si je reste dans mon coin, on me dira que je fais de la fausse modestie. »

« Je reconnais que ce n’est pas facile d’être loué. Prenez exemple sur moi : accueillez les félicitations avec un léger sourire de reconnaissance, comme si c’était tout à fait naturel. Comme le fait que vous soyez meilleur que les autres allait de soi. »

« Euh… c’est peut-être un peu prétentieux. Le plus admirable n’est-il pas celui qui n’est pas très bon et qui, pour une fois, se surpasse ?»

« Si on va par-là, on va féliciter les médiocres. Votre dévouement constant à la collectivité n’a rien à voir. Soyez fier et modeste de ce que vous faites. »

« Finalement, ça m’arrangerait si vous ne me couvriez pas de louanges. Je ne sais plus ou me mettre. »

« Entre gens de qualité, il faut savoir se serrer les coudes. Si vous n’acceptez pas de félicitations, il se pourrait qu’on ne me félicite plus. Moi, j’aime bien. »

« Bon, alors je pourrais accepter les honneurs en disant que c’est grâce à vous si je les ai mérités. »

« Ce serait bien. Comme ça, on me louera deux fois : pour ce que j’ai fait et pour ma profonde modestie qui me conduisait à ne pas me mettre au premier plan. »

« Oui, mais du coup, je risque d’être couronné pour mon honnêteté qui m’a amené à faire rejaillir sur vous les honneurs que j’aurais pu m’approprier. »

« C’est vrai. Alors, on fait comment ? »

« Le mieux serait de supprimer les distinctions, les médailles, les passages à la télé… Les récipiendaires sont gênés et les autres se sentent un peu dévalués. La seule récompense de vos bienfaits, c’est vous-même qui vous pouvez vous la décerner en ayant fait votre devoir. »

« C’est embêtant comme solution parce que personne ne saura que je me suis longuement félicité de ce que j’ai fait. »