Archive pour août, 2014

Entre voisins

21 août, 2014

« Vous n’êtes pas très accueillant. Lorsque j’ arrive chez vous, j’ai l’impression que vous avez hâte que je reparte. Quand vous venez chez moi, nous prenons le temps de boire un coup et de causer… »

« Oui, mais vous me refilez de la mauvaise bière et vous me parlez de choses qui ne m’intéresse pas… »

« Aucune importance. L’essentiel est de marquer un moment de convivialité. Si vous croyez que ce que je vous raconte m’intéresse… »

« Bon d’accord, je vais vous chercher un verre de jus d’orange. Je le prends au supermarché au rayon des promotions, ça ira bien pour un moment de convivialité avec vous… »

« Hmm ! Il est délicieux ! Pour le prix, vous faites une affaire ! »

« Vous trouvez ? Moi, je pense qu’il est mauvais et qu’ils se débarrassent comme ils peuvent de leurs stocks. »

« Je disais ça pour être poli. Quand on vous offre quelque chose, il faut savoir apprécier. »

« Bon, alors encore un verre ? Ce serait sympa de m’aider à le finir. »

« Non, non, je vous remercie, ce ne serait pas très raisonnable d’abuser ! »

« Bon, alors j’ai une vieille boite de biscuits à finir… »

« Non, bien vrai… Je viens de déjeuner ! Ma femme va encore faire des remarques sur mon surpoids ! »

« Si je comprends bien, vous ne voulez pas de mes efforts de convivialité, je suis à la limite d’être vexé. »

« Le problème, c’est que vous faites tout pour que je ne revienne pas. Vous devriez ouvrir une boite de biscuits neuve, au moins ça ? »

« Est-ce que j’ai le droit d’écouler ceux que j’ai acheté en solde par paquets de vingt ? »

« Non plus… vous n’auriez pas quelque chose de normal que vous pourriez m’offrir sans dire ce que ça vous a coûté ! »

« C’est compliqué, j’ai bien le fond de la bouteille de champagne que nous avons ouvert à Noël. Je ne vous dis pas le prix, vous ne voudriez pas me croire ! »

« Euh… bon, il se fait tard, j’ai ma femme qui m’attend… »

« Non, non, il n’est pas tard du tout…. Mais enfin si vous avez un rendez-vous avec votre femme, je ne vais pas vous retenir. Le mieux, ce serait que je passe chez vous cet après-midi pour continuer la conversation… »

« Euh… je ne sais pas, j’ai plein de rendez-vous aujourd’hui… »

Un géomètre

20 août, 2014

Louis a un cercle d’amis

Auxquels il a donné ses coordonnées

Il s’exprime souvent par paraboles

Et rarement en ligne droite.

Mais, quand c’est nécessaire, il sait être carré

Alors, les traits de l’ovale de son visage se durcissent.

Puis, pour se défouler, il va faire du trapèze

Même quand il a mal aux sinus.

Relooking

19 août, 2014

« Chez moi, je porte des vieux vêtements, dépareillés, avachis, troués, qui sentent mauvais. Je me sens beaucoup mieux que dans mon costard cravate au bureau. »

« C’est normal, c’est un réflexe animal. On a tous besoin d’un nid taillé à ses propres dimensions. Quand vous mettez votre costard, c’est que vous partez hors du nid, en représentation sociale. Il faut donc être beau et sentir bon si possible. »

« Oui, mais moi je suis stressé. Il faut continuellement faire attention à ne pas se tâcher. Je me sens gauche et emprunté. On pourrait être bien dans sa peau vestimentaire, même en représentation. Nous y gagnerions en efficacité. Mais mon chef exige la cravate. Il ne veut pas de débraillé artistique. Il dit qu’on n’est pas dans la Silicon Valley, où les génies de l’informatique viennent au boulot attifés n’importe comment.. »

« Vous savez qu’on a inventé le style semi-débraillé. Essayez le jean, ça fait chic. Le problème, c’est que le semi-débraillé étudié peut convenir en représentation, mais pas n’importe quel semi-débraillé ! »

« Ma vieille chemise de trappeur que j’avais pour partir en vacances quand j’étais jeune, ça peut le faire ? »

« Euh… non pas vraiment… A la rigueur, votre maillot de l’équipe de France… et encore, celle de 1998. Au bureau, ça vous donnera une touche acceptable d’originalité et de décontraction ! »

« Et mes vieilles chaussettes trouées… Elles ne me compriment pas à la cheville, je me sens comme dans des pantoufles. C’est important de se sentir bien du pied. »

« Evitez quand même de vous déchausser. Et débrouillez-vous pour ne pas sentir des pieds en pleine réunion de service. »

« Je pourrais aussi mettre ma casquette de joueur de base-ball.  J’aurais l’air de celui qui est très influencé par les méthodes américaines. »

« Ce n’est pas idiot, les patrons aiment bien ce qui vient des Etats-Unis. Evitez quand même le tee-shirt orné d’un gros numéro comme les joueurs de football américain. Ou alors les inscriptions du genre « I love New-york ». Il ne faut  quand même pas trop en faire. »

« Et la djellaba que j’ai achetée durant mes dernières vacances au Maroc. Je suis tellement bien dedans ! »

« Euh…pourquoi pas le niquab pendant que vous y êtes !  Au bureau, non ! Vous allez avoir des problèmes. De même, ne pas compter sur vos bermudas en plein été, vos collègues n’ont pas envie de se renseigner sur l’état de vos mollets. Même si c’est pratique pour arriver en vélo. »

« Si je comprends bien, il faut venir au bureau en vélo pour des raisons écologiques, mais on n’a pas le droit de transpirer du mollet ni d’ailleurs. Il faut rester maître de son apparence. C’est très frustrant. »

« Pendant que j’y pense, évitez aussi les Marcel qui se voient sous votre chemise. Ça vous donne un aspect vintage, mais c’est quand même un peu trop dépassé ! Et puis enlevez-moi ce gros gilet en laine. Ah bon, c’est celui de votre grand-père ? »

Alphabet

18 août, 2014

Georgette coupe son bois à la hache.

Elle est très musclée, elle.

J’en reste bouche bée.

Georgette, c’est un cas.

Je l’aime bien.

Elle n’a de haine pour personne.

Après avoir pris le thé,

Nous jouons aux dés.

Alors, elle parle de son père qui git près de l’église.

Les experts

17 août, 2014

« Comment ? Vous n’arrivez pas à remplir votre feuille d’impôts ? Vous la faites exprès ou quoi ? Vous n’êtes pas bon citoyen. »

« Bin, le problème c’est que je n’y comprends pas grand-chose et que je n’ai pas vraiment envie de comprendre…  C’est comme les assurances… »

« Comment ? Vous ne compreniez rien à vos contrats d’assurances ? Surtout à ce qui écrit en tout petit ? Mais mon pauvre vous êtes mal barré ! Vous devez être expert en tout : fiscalité, assurance, immobilier, automobile… »

« Il faut s’y connaitre aussi en automobile ? »

« Oui, et puis aussi en machines à laver et en électricité, sinon vous vous faites avoir par le premier artisan venu, qui lui est expert en détection de nullards. »

« C’est compliqué de vivre tranquillement. »

« Ce n’est pas compliqué, c’est interdit. Il faut être capable de répondre à tous les impondérables qui surviennent tous les jours d’une manière parfaitement aléatoire. Vous n’avez pas à vivre tranquillement. »

« Et comment, je fais,  moi pour progresser en machines à laver ? Il y a des formations en machine à laver, en aspirateurs ? »

« Vous pouvez commencer par lire les modes d’emploi au lieu de les ranger dans un tiroir. »

« Oui, mais alors, il va falloir que j’apprenne le coréen. Quand je rentre du boulot à huit heures du soir, c’est un peu contraignant. »

« Ne faites pas le malin. Vous pourriez utiliser vos soirées pour vous intéresser à votre avis d’impôt au lieu de vous avachir devant le foot à la télé. Et les week-ends ! Qu’est-ce que vous faites de vos week-ends ? »

« J’évite de les passer à étudier mes contrats d’assurances ou à démonter mon frigo pour voir comment ça marche. »

« Vous devriez,
c’est instructif. C’est comme ça que vous êtes assuré trente-six fois pour la même chose et que les assurances font leur beurre sur le dos de votre incompétence. »

« Bon d’accord. Si je comprends bien, plus j’ai d’objets autour de moi pour me simplifier le vie, plus je me la pourris. Pour les contrats, c’est pareil, plus il y a de gens qui me veulent du bien en me protégeant, plus je cours le risque de me faire plumer. Mais quand même… pour les impôts, on pourrait faire plus simple. »

« On a déjà prérempli une partie de votre déclaration. Vous voulez quoi de plus ? »

« Euh… comme tout le monde, je signe et je retourne sans vérifier parce que c’est trop fatigant, alors j’aimerais bien qu’un vérificateur vérifie ce qu’on me raconte… »

L’aquarium

16 août, 2014

L’aïeul de Jules était grenadier dans la garde impériale.

Jules est marié à Julienne.

Il circule à dos de mulet.

Il se peigne avec la raie de côté.

Jules ne fréquente pas les bars.

 Julienne n’est pas un thon.

Ni une morue.

Elle est vive comme une ablette

Et se faufile partout comme une anguille.

Jules et Julienne se font régulièrement des poissons d’avril.

Je me suis fait une religion

15 août, 2014

Dans sa partie, c’est un Dieu

Il est attendu comme le Messie.

Il réussit le Suprême de volaille comme personne.

Ses menus sont comme ceux de son Père, Eternels.

Son vin, c’est le petit Jésus en culotte de velours.

Ses clients sourient aux anges.

Seigneur ! Que c’est bon !

Mais tout ça, ça ne se fait pas par l’opération du Saint-Esprit.

En fanfare

14 août, 2014

Louis se rend au boulot piano-piano.

Toute la journée, il triture ses trombones

Ou il joue de la batterie avec sa règle

En pensant à ses vacances et à son tuba.

Dans son métier, il ne décrochera jamais la timbale.

Son chef ne le bombarde pas à l’échelon supérieur.

Il réclame son licenciement à cor et à cris.

Il a besoin d’agents doués pour la lutte

Et non pas d’un tas de cloches.

Se faire une religion

13 août, 2014

« J’aime bien les voyages. »

« Pas moi. Je me suis donné beaucoup de peine pour être propriétaire de mon logement, ce n’est pas pour ficher le camp à la première occasion. »

« Comment vous faites pour vous ouvrir l’esprit ? »

« Je ne l’ouvre pas. Je n’ai pas trop envie de l’encombrer avec des questions sans réponse. »

« Quel genre de questions ? »

« Pourquoi y-a-t’il des riches et des pauvres sur Terre ? Vous vous rendez compte de l’arrogance qu’il y a à faire du tourisme dans des pays pauvres au seul motif de s’ouvrir l’esprit ?  Bonjour, cher ami…. Non je n’ai pas d’argent pour vous, si vous pouviez simplement m’ouvrir l’esprit… »

« Oui, mais l’argent du tourisme leur fournit un moyen de développement. »

« Si le développement consiste à fabriquer des bijoux en toc et des statuettes de pacotille… ou former des chauffeurs de chameaux pour conduire les touristes… »

« J’en étais sur : vous déformez tout. Vous êtes un vieux sédentaire. Vous ne connaissez rien à l’économie mondiale. »

« Si ! J’ai des actions de multinationale. »

« C’est encore pire. Vous empochez des dividendes qui auraient mieux à faire en finançant des activités locales dans des pays pétrolifères. »

« Si je comprends bien, je vole deux fois les pays pauvres : je n’y vais pas dépenser mon fric et je leur vole mes dividendes. Vous vous y entendez pour culpabiliser les gens vous. Vous allez me dire aussi que je gâche de la nourriture, que ma bagnole est trop polluante, que je coûte cher à la Sécu… »

« Oui, vous avez une belle tête de coupable. Si vous pouviez vous repentir un peu… »

« Me repentir où ? Il n’y  a pas de confessionnal privé où l’on pourrait regretter d’être un mauvais citoyen. Et puis, il faudrait inventer un clergé, chargé de recueillir tous mes péchés… Vous voyez, ce n’est pas le tout de me déclare coupable, encore faut-il qu’il y ait une justice pour me juger, sinon comment voulez-vous que je me sente coupable ? »

« Vous êtes gonflé. Sous prétexte de ne rien risquer, vous allez continuer à ignorer le monde, à ne pas trier vos déchets, à abuser de la Sécu… Espèce d’irresponsable ! »

« J’ai une idée : vous qui faites des leçons de morale à tout le monde, vous pourriez être le premier curé non religieux, chargé de régenter le comportement de vos semblables, en colportant la bonne parole. Bénissez-moi, mon père ! »

« Bon d’accord… »

Heureux au travail ?

12 août, 2014

« Moi, je mène mes employés à la baguette. Il n’y a que comme ça que ça marche ! »

« Oui, mais est-ce qu’ils sont heureux ? »

« Ce n’est pas le problème, ils doivent être productifs, sinon c’est la porte. »

« Mais quand même, quand ils sont heureux, ils travaillent mieux ! »

« Mais, mon pauvre ! Travailler, c’est prendre de la peine et quand vous avez de la peine, vous ne pouvez pas être heureux ! Vous ne pouvez pas voir la pluie et le soleil en même temps !  Est-ce que vous croyez que je suis heureux, moi ? »

« Apparemment, non… mais vous pourriez vous préoccuper du sort des autres … »

« Le problème, ce n’est pas d’être heureux. Même les actionnaires, ils ne sont pas heureux ils se contentent d’être contents alors les salariés… Vous ne voulez tout de même pas qu’ils soient heureux de rendre les actionnaires contents ? »

« Bon, alors on pourrait imaginer que vos salariés s’intéressent à leur travail… »

« Euh… c’est difficile aussi. Ils ne s’intéressent qu’aux pauses café. Quand je leur donne mes instructions, ils n’ont pas l’air très intéressé. Remarquez, je les comprends, moi les ordres de la direction, ça ne me passionnent pas non plus. »

« Prenons le problème autrement. Travailler est une contrainte. Le salaire est sa contrepartie. N’avoir qu’une relation contractuelle avec le reste de l’humanité, ce n’est pas très gratifiant. »

« Si je comprends bien, vous voudriez que le travail soit une occasion de rigolade. Il faudrait imaginer un monde où chacun ferait ce qui lui procure du plaisir, ce qui n’empêcherait pas de lui donner un salaire. Ce serait un monde où l’on serait soit joueur de foot, soit vedette de la télé ! On n’irait pas loin avec ça… »

« Euh… il pourrait y avoir des moines aussi qui ont envie de prier ou alors des conducteurs de poids lourds… il y a des chauffeurs qui aiment passionnément conduire… »

« Oui, mais il n’y aurait pas beaucoup de ouvriers spécialisées dans le maniement du marteau-piqueur ! Ou de boulangers qui se lèvent à trois heures du matin ! »

« C’est vrai, mais on peut ne plus faire de trous dans les rues et faire son pain à la maison. Je reconnais qu’il faut quand même des éboueurs et qu’il est très difficile de fabriquer des vocations d’éboueurs. »

« Euh… on pourrait être éboueurs tour à tour… Ce serait une sorte de corvée comme au Moyen-Age. »

« Oui, faisons comme ça. Construisons un monde où il n’y aurait plus de travail, il ne resterait plus que des corvées ! »

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