Archive pour le 26 août, 2014

Nos rêves d’adolescents

26 août, 2014

« Je suis très audacieux. Par exemple, je parle aux gens que je ne connais pas dans la rue. »

« Et il vous répondent ? »

« Pas tous. Certains disent qu’ils n’ont pas le temps. D’autres me demandent d’arrêter les conneries. Les femmes sortent leurs bombes lacrymogènes ou alors s’enfuient en hurlant. »

« Et ceux qui vous répondent ? »

« Ils me demandent si je vais bien, d’un air de s’interroger sur ma santé mentale. »

« Ah bon ! »

« Je les rassure tout de suite. Je leur demande s’ils ont la vie qu’ils souhaiteraient avoir. Alors ils me redemandent si je suis sûr que ça va bien. »

« C’est vrai que c’est une question difficile à entendre. »

« Quelques-uns réfléchissent une seconde et me disent que, s’ils commencent à se demander s’ils ont fait ce qu’ils ont voulu, ils vont être vite malheureux. »

« Vous ne pourriez pas poser des questions plus optimistes ?  Vous savez bien qu’à partir de 30 ans, on est obligé d’abandonner ses réveries d’adolescents ? »

« Cela n’empêche pas de trouver du plaisir où il y en a. Et puis, si on n’en trouve pas, on en fabrique. L’un d’entre eux m’a dit qu’il était particulièrement heureux d’avoir appris le matin-même, grâce à la télé, qu’on prononçait ‘reblochon’ et non pas ‘roblochon’ »

« C’était de l’humour ironique. »

« Euh… peut-être, mais on a le droit de regarder la vie avec de la distance, plutôt que de s’impliquer jusqu’au cou dans une existence fastidieuse. »

« Vous imaginez une société où chacun aurait la vie qu’il a toujours désirée ? Elle ne serait composée que d’actrices, d’acteurs, de pilotes d’avions, de pompiers, de joueurs de foot… Il faut bien que 90 % de la population se résigne à faire ce qu’on lui permet de faire pour que les dix autres pour cent s’amusent un peu. La société a besoin d’éboueurs, de femmes de ménages, de comptables, de ministres…. »

« C’est-à-dire que moi, je n’ai pas tellement envie que vous deveniez un acteur de cinéma célèbre pendant que je lutterai pour survivre quotidiennement dans un anonymat sordide et un job qui me sort par les yeux. »

« Bon, alors, arrêtez de poser des questions idiotes dans la rue puisque vous connaissez la réponse et que cette dernière vous plonge dans la jalousie morbide et un risque de dépression approfondie. »

« Si je comprends bien, selon vous, il vaut mieux ne pas s’interroger entre nous. »

« Si ! Vous pouvez vous interroger vous-même, mais n’obligez pas les autres à avouer leurs échecs. C’est très cruel. »