Archive pour le 12 août, 2014

Heureux au travail ?

12 août, 2014

« Moi, je mène mes employés à la baguette. Il n’y a que comme ça que ça marche ! »

« Oui, mais est-ce qu’ils sont heureux ? »

« Ce n’est pas le problème, ils doivent être productifs, sinon c’est la porte. »

« Mais quand même, quand ils sont heureux, ils travaillent mieux ! »

« Mais, mon pauvre ! Travailler, c’est prendre de la peine et quand vous avez de la peine, vous ne pouvez pas être heureux ! Vous ne pouvez pas voir la pluie et le soleil en même temps !  Est-ce que vous croyez que je suis heureux, moi ? »

« Apparemment, non… mais vous pourriez vous préoccuper du sort des autres … »

« Le problème, ce n’est pas d’être heureux. Même les actionnaires, ils ne sont pas heureux ils se contentent d’être contents alors les salariés… Vous ne voulez tout de même pas qu’ils soient heureux de rendre les actionnaires contents ? »

« Bon, alors on pourrait imaginer que vos salariés s’intéressent à leur travail… »

« Euh… c’est difficile aussi. Ils ne s’intéressent qu’aux pauses café. Quand je leur donne mes instructions, ils n’ont pas l’air très intéressé. Remarquez, je les comprends, moi les ordres de la direction, ça ne me passionnent pas non plus. »

« Prenons le problème autrement. Travailler est une contrainte. Le salaire est sa contrepartie. N’avoir qu’une relation contractuelle avec le reste de l’humanité, ce n’est pas très gratifiant. »

« Si je comprends bien, vous voudriez que le travail soit une occasion de rigolade. Il faudrait imaginer un monde où chacun ferait ce qui lui procure du plaisir, ce qui n’empêcherait pas de lui donner un salaire. Ce serait un monde où l’on serait soit joueur de foot, soit vedette de la télé ! On n’irait pas loin avec ça… »

« Euh… il pourrait y avoir des moines aussi qui ont envie de prier ou alors des conducteurs de poids lourds… il y a des chauffeurs qui aiment passionnément conduire… »

« Oui, mais il n’y aurait pas beaucoup de ouvriers spécialisées dans le maniement du marteau-piqueur ! Ou de boulangers qui se lèvent à trois heures du matin ! »

« C’est vrai, mais on peut ne plus faire de trous dans les rues et faire son pain à la maison. Je reconnais qu’il faut quand même des éboueurs et qu’il est très difficile de fabriquer des vocations d’éboueurs. »

« Euh… on pourrait être éboueurs tour à tour… Ce serait une sorte de corvée comme au Moyen-Age. »

« Oui, faisons comme ça. Construisons un monde où il n’y aurait plus de travail, il ne resterait plus que des corvées ! »