Archive pour le 10 août, 2014

Encore la difficulté de vivre

10 août, 2014

« Vous n’avez jamais un sentiment d’étouffement devant la vie que nous menons ? »

« Euh… parfois, mais si vous commencez à vous laisser impressionner par toutes les petites choses emmerdantes de l’existence, vous ne vivez plus. »

« Vivre c’est aller de compromis en compromis. Par exemple, tous les matins, vous êtes obligé de vous serrer dans le bus ou le métro contre un individu que vous ne connaissez pas ou qui sent éventuellement mauvais. »

« Vous n’avez qu’à la haïr à cet instant. D’ailleurs, il est probable qu’il vous hait aussi en cet instant. Il faut rendre coup pour coup. »

« Et quand votre chef de service rabroue toutes vos initiatives, vous n’avez pas cette sensation de suffocation qui vous prend à la gorge ? Moi c’est l’impression que j’ai quand j’ai Dumolard sur le dos. »

« Là, on n’est même plus dans le compromis, on est dans la soumission bestiale. »

« Oui, vous avez raison. Il faut au moins conserver sa faculté à passer des compromis. Vous n’avez que deux solutions si vous ne voulez pas sombrer dans l’animalité : assassiner votre chef de service ou bien accepter les règles de la société pour devenir chef à votre tour et torturer vos subalternes. »

« C’est gai, votre truc. Moi, j’aime mieux tuer personne et passer des compromis sans me rendre compte que ce sont des compromis. Il peut y avoir aussi des compromis heureux. Quand j’ai épousé Ginette, j’ai abandonné ma liberté de jeune homme, mais j’étais content de le faire. »

« Et ça n’a pas duré…»

« Non. Il faudrait passer des compromis révisables. Sinon, ça s’appelle un piège. »

« Moi, j’ai du mal à faire semblant de ne pas m’apercevoir que je passe mon temps à faire des compromis, c’est de là que me vient cette sensation d’étouffement.. »

« Essayez de vous dire que vous vous en fichez complètement. Par exemple, quand votre chef vous casse les pieds, vous mettez en marche votre pilotage automatique et vous faites ce qu’il veut en pensant à quelque chose qui vous fait plaisir. C’est très important d’avoir un pilotage automatique… Si vous n’en avez pas, c’est que vous volez sur un ancien modèle… »

«Vous avez sans doute raison. Je suis sur un avion du temps de l’aéropostale, tout est manuel, on est seul responsable de ce qu’on fait. C’est pour ça que j’arrive épuisé à destination, enfin quand j’y arrive… »

« Oui, je vais vous donner des leçons de pilotage automatique, c’est très reposant. Vous pouvez aller d’un point à l’autre sans vous poser trop de questions. Vous ne vous fatiguez pas et vous ne fatiguez pas les autres. C’est gagnant-gagnant. »

« Euh… je veux bien piloter un airbus… mais est-ce qu’on est plus heureux dans un airbus que dans un vieux coucou ? »