Archive pour le 5 août, 2014

Nous sommes poussière

5 août, 2014

« Vous ne vous prenez pas pour quantité négligeable. »

« Non. Je suis quelqu’un, enfin une personne dont il faut tenir compte. J’ai des sentiments, des émotions, une intelligence. J’ai besoin de respect. »

« Euh… il faudrait mieux penser les choses autrement pour ne pas être déçu. Moi, je pense que je suis un tas de poussières parmi sept milliards de tas de poussières. Donc bien peu de choses. Si, par mégarde ou non, quelqu’un me marche dessus, il n’y a pas lieu de s’en étonner. D’ailleurs, je m’attends plus à être foulé au pied qu’à être portée aux nues. »

« Vous manquez sérieusement d’ambition. »

« Oui, mais au moins je suis plus tranquille que vous qui vous donnez tant de mal pour surpasser les autres pour être écrasé comme moi, à la fin des fins. N’oublions pas que notre tas de poussière retournera sous Terre après usage. »

« Peut-être, mais nous pouvons faire quelque chose de notre passage sur cette planète. »

« Je suis d’accord à condition de ne pas se donner l’illusion d’être éternel. Votre présence, votre opinion n’ont aucune espèce d’importance pour les autres. Enfin, sauf pour quelques héros qui se dévoueront pour vous écouter et qui accorderont autant d’attention à vous qu’à eux-mêmes. Finalement, si on existe, c’est dans le regard des autres. Tous les philosophes le savent. »

« Je fais bien de m’admirer souvent dans le miroir parce que le autres ne me dévisagent pas. Ou alors quand ils le font, je ne sens pas beaucoup d’excitation dans leurs yeux. »

« C’est normal, vous êtes trop arrogant. Les gens sont des tas de poussières, ils ont envie de côtoyer des tas de poussières, ça les rassure. »

« Avec ce genre de réflexion, on ne va pas beaucoup s’amuser. Vous n’avez jamais eu envie de faire quelque chose d’original, voire d’exceptionnel ? »

« Si, mais enfin si je rate ou si je n’ai pas le courage, je ne suis pas surpris. On a jamais vu un tas de poussières s’élever jusqu’aux étoiles. »

« Moi, j’y crois, ça m’évite de me morfondre dans un coin attendant benoîtement d’être avalé par le Grand Aspirateur de la vie. »

« Bon d’accord, vous êtes le stade au-dessus du tas de poussières. Mais avouez que vous nous devez une fière chandelle. »

«Ah bon ? »

« Oui, c’est par comparaison avec nous tous, que vous avez l’impression de vous situer au-dessus de la fange. Je vais même vous rassurer : quand vous retomberez dans la boue, on ne vous en voudra pas. Je serai là pour vous accueillir. »

« Merci bien. »