Faut-il travailler ?

« J’ai beau tendre l’oreille, le travail ne m’appelle pas. Il me laisse bien tranquille dans mon coin. Il faut dire que je ne l’embête pas beaucoup. 

« Mais enfin, vous n’avez pas un sentiment de culpabilité quand vous voyez partir les autres au labeur ? »

« Euh… non ! En général, ils ont l’air fatigué d’avance, ça ne me donne pas envie de prendre leur place. »

« Vous ne donnez pas l’exemple au jeunes. Vous devez prendre de la peine. »

« Pourquoi ? Je n’ai pas spécialement envie d’avoir ma part de peine, je la laisse volontiers aux autres. »

« Le travail est une valeur libératrice… »

« Bin… non Quand je vais au bureau, je suis obligé de faire ce que me dit mon chef Dumoulin, sinon il s’énerve et me répète que je suis un mauvais élément. »

« Ce qui est peut-être vrai.. »

« Non… car figurez-vous que je réfléchis au sens de ce que je fais, moi. Ce n’est pas si courant. D’ailleurs, ça m’entraîne à ne pas faire grand-chose car la vie n’a pas beaucoup de sens… »

« Il n’empêche que vous vivez quand même et que vous aimez bien avoir vos aises. Or, figurez-vous que pour avoir vos aises, il faut des moyens et donc travailler. »

« Je vois ce que c’est… on cherche à m’enfermer dans mes contradictions au lieu de me comprendre….  Si je me mets à travailler sérieusement, je vais me fatiguer et perdre l’envie de penser et du même coup ma liberté de pensée. Vous ne trouvez pas que le travail enferme l’individu dans un train-train quotidien sans perspective stimulante ?… »

« Euh… maintenant que vous le dites, je trouve que certains soirs, je suis crevé et je vais me coucher après avoir entendu ce qu’il fallait penser de la vie aux actualités de vingt heures. Mais c’est normal, pour que le travail collectif soit efficace, il faut le partager : il y a ceux qui bossent sur leur PC toute la journée et d’autres qui se préoccupent de penser à leur place : les journalistes, les politiques, les vedettes… »

« Moi, je suis du côté de ceux qui pensent, sauf que personne ne s’intéresse aux fruits de mes réflexions. C’est pourtant intéressant..  »

« Peut-être, mais on n’a pas encore validé le métier de penseur. En français, ça s’appelle un paresseux et ce n’est pas très bien vu… »

« Bon d’accord, je vais arrêter avec les arrêts maladie et essayer de travailler, mais vous, vous faites quoi, au fait ? Vous bossez souvent ? »

« Euh… là, je me rends à Pôle Emploi… »

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