Archive pour le 15 juin, 2014

Hier et aujourd’hui

15 juin, 2014

« Je sais, je ne suis pas à la mode. Je suis peigné avec une raie sur le côté, comme il y a quarante ans. Je n’ai pas suivi mon coiffeur lorsqu’il a voulu me faire une crête rouge et bleue sur le sommet du crâne.

-          C’était pour faire plus jeune…

-          Bof, il fait accepter son âge. J’ai même une montre à gousset que je glisse dans la poche de mon gilet avec une chainette qui barre ma panse proéminente.

-          Eh bin… on n’est pas sorti de l’auberge…

-          Je me réveille au son d’un réveil à ressort…

-          Vous savez que vous auriez la possibilité de vous éveiller en douceur en utilisant un radioréveil programmé sur de la musique classique…

-          Je sais, mais je n’ai pas eu une vie facile, j’ai l’habitude de la douleur et même une certaine affection pour elle … Et ce n’est pas fini : savez-vous que je rédige mes cartes à la main pour le Nouvel An ?

-          C’est complet ! Avec un clic sur Internet, vous inondez le monde entier de vœux standard, c’est tout de même moins fatigant !

-          Euh… tout de même, vos procédés sont un peu méprisants, moi je porte une réelle attention à ceux à qui je souhaite la bonne année…

-          Bon, admettons, vous en avez beaucoup comme ça ?

-          Oui, je fais mes courses chez les petits commerçants…

-          Mais c’est beaucoup plus cher !

-          Peut-être, mais enfin on peut parler. Je n’ai pas encore rencontré une caissière de supermarché qui me demande des nouvelles de mes rhumatismes ni de mon neveu parti étudier en Amérique.

-          En effet, c’est important. Et pour la culture, vous faites comment ?

-          Pas de problème, j’ai encore les trente-trois tours de Georges Brassens. C’est bien, je comprends toutes les paroles de ses chansons. Et puis je lis…

-          Vous lisez ? Des livres ? Des vrais livres ?

-          Plusieurs fois, pour  certains…

-          Alors là… Alors là… Il faut que je twitte cette nouvelle… Et puis laissez-moi votre adresse mail, je ne veux pas rater la suite.. 

-          Euh…. Voilà l’adresse postale. La seule que je connais. C’est là que le facteur dépose le courrier. C’est Monsieur Gérard, le facteur. Vous verrez, il est très gentil. Sauf que dans le temps, il passait deux dois par jour.

-          C’est vrai que la Poste a rentabilisé ses effectifs…

-          Comme les banques…. Je ne peux même plus aller chercher de l’argent au comptoir où je pouvais parler avec Albert, le guichetier…

-          C’est vrai aussi que les distributeurs automatiques n’ont pas beaucoup de conversation, mais je crois qu’Albert est parti en retraite, il y a quinze ans…

-          Ah bon ? De toutes façons, je ne vais plus à la banque, je préfère garder mes économies sous mon matelas, avec toutes leurs histoires de finances pourries, c’est plus sûr !

-          Euh… l’économie nationale a besoin de financement…

-          Ah bon ? Mais c’est mon argent, tout de même !

-          Euh…Je vous dépose chez vous, j’aurais besoin de vous emprunter votre vélo, celui d’avant-guerre, ça revient à la mode. Et puis votre télé m’intéresse aussi, je peux la placer chez un antiquaire… »